Et violents, exaspérés encore, dans leurs uniformes en guenilles, gris de poussière, Coutard et Picot se coupaient du pain, avalaient de gros morceaux de fromage, en jetant le cauchemar de leurs souvenirs, sous la jolie treille, aux grappes mûres, criblées par les flèches d’or du soleil. Maintenant, ils en étaient à l’effroyable déroute qui avait suivi, les régiments débandés, démoralisés, affamés, fuyant à travers champs, les grands chemins roulant une affreuse confusion d’hommes, de chevaux, de voitures, de canons, toute la débâcle d’une armée détruite, fouettée du vent fou de la panique. Puisqu’on n’avait point su se replier sagement et défendre les passages des Vosges, où dix mille hommes en auraient arrêté cent mille, on aurait dû au moins faire sauter les ponts, combler les tunnels.


