4 - BESTIA

1089 Mots
4 BESTIAQuelques minutes auparavant, Thiébaud Raquin avait fini par s’assoupir, tant il était épuisé par les souffrances qu’il avait endurées. Il était exténué d’avoir été meurtri au plus haut point. Pour échapper à l’atrocité de sa situation actuelle, son cerveau n’avait pas trouvé d’autre parade tout à l’heure que de lui remémorer un vieux cauchemar issu d’un traumatisme d’enfance. Un réflexe défensif bien fragile pour un esprit exténué par de dures épreuves. Il va encore me torturer… Son abdomen de se noua instantanément devant le souvenir de la terrible épreuve qu’il venait de subir. Il tremblait déjà à l’idée d’endurer de nouvelles blessures sur son corps dénudé. Il avait pourtant longuement supplié son bourreau et cherché à l’apitoyer sur son sort. En vain. Il avait intensément prié pour que Dieu mette fin à son tourment. En vain. Car le mal rôdait. Encore. Encore et toujours… Il sentait bien qu’une présence inhumaine l’observait. Il la devinait. Ici !!! Toute proche de lui. L’appréhension du quinquagénaire était accentuée par le fait qu’il ne distinguait absolument rien avec ses yeux bandés. Il ne verrait donc pas surgir les nouvelles attaques perfides. Il ne pourrait pas se protéger des coups vicieux. Et la bête était toujours là. Près de lui. Il en était certain. Le supplicié ressentit une extrême angoisse qui se manifesta par une oppression de plus en plus pesante sur sa poitrine. La peur le tétanisait. Sa colonne vertébrale était prise de frissons vertigineux. Son calvaire était également accentué par sa position suspendue au plafond par les poignets, avec ses pieds touchant à peine le sol. Je n’en peux plus… Au début, il avait bien essayé de tenir sur la pointe de ses orteils pour soulager sa cage thoracique, mais de violentes crampes dans les mollets l’en avaient rapidement dissuadé. Son supplice semblait sans fin, mais cela n’était rien par rapport aux tortures qu’il avait subies. Elles avaient arrêté, certes. Mais pour combien de temps ?… Un mauvais pressentiment l’envahissait. Sournoisement. Inquiet, il tendit l’oreille. Les alentours étaient plongés dans le silence et seul un relent de putréfaction parvenait à ses narines. Il renifla l’air comme un animal sans défense se doutant de la présence d’un prédateur. Un léger courant d’air chargé d’une puanteur épaisse et moite lui souleva le cœur. L’atmosphère devenait nauséabonde. Pestilentielle. Il est encore là !!! Le démon rôde !!! Il pensa que cela ne pouvait être que de lui que provenait cette odeur fétide de bête en décomposition. Mais qui était-il ? Ou plutôt, à quoi avait-il affaire ? Quelle était la nature de cet être (?) abominable qui allait sans aucun doute tourner à nouveau vicieusement autour de lui avant de le lacérer une fois de plus ? Brutalement. Cruellement. Cette chose immonde se faisait sans doute un plaisir de l’enfermer dans des sphères d’indicibles frayeurs et d’épouvantables douleurs, dont Thiébaud Raquin savait que seule sa mort constituerait l’unique échappatoire. En attendant une fin inéluctable, il s’asphyxiait. Le bâillon l’empêchant d’alimenter correctement ses poumons en oxygène, il en résultait une extrême difficulté pour lui à déglutir. C’est insupportable ! Raquin haletait. Suffoquait. Étouffait. Sa gorge était tellement nouée par la crainte qu’il lui semblait qu’une main puissante cherchait à l’étrangler… De plus en plus angoissé, il tenta de comprendre ce qui se tramait insidieusement à ses dépens. Qui est-il ? Pourquoi fait-il cela ? Dans quel but ? Que me veut-il ? Pourquoi moi ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi, p****n ???!!! Il savait pourtant au fond de lui-même que ses questions resteraient malheureusement sans réponses. Clic… Soudain, un bruit. Il sursauta. Le prisonnier avait l’intime sentiment que la présence vicieuse se rapprochait dangereusement de lui. De plus en plus près. Jusqu’à le frôler. Perfidement… Une voix grave murmura dans son dos. NUNC ! L’être bestial, puant et sans âme avait fini par s’exprimer après l’avoir épié en silence. Patiemment. Avec une extrême détermination dans son infinie cruauté. Raquin pensa qu’il devait se délecter de voir sa proie à sa merci et le faisait mariner sans doute volontairement pour accroître son plaisir. Effectivement, le coup ne vint pas immédiatement. De longues et pénibles minutes s’écoulèrent. … Interminables… … AD SINISTRAM Une autre parole avait surgi du fond des ténèbres, sur sa gauche. Il changeait de place. Il tournait désormais rapidement autour de lui. Dans le sens des aiguilles d’une montre. De plus en plus vite. Mais où est-il ?… ANTE. La lugubre voix s’était brusquement manifestée devant lui. Il jouait de toute évidence à lui faire peur. Il jouissait certainement à l’idée de lui faire peur. Puis, il y eut un frôlement. Sournois. Fourbe. Vicieux. Une véritable caresse de mort. Terrifiante. Raquin avait sursauté, de peur que cela soit encore un mauvais coup. Il se raidit instinctivement. De grosses gouttes de sueur se mirent à couler le long de ses tempes. Tous ses sens étaient aux aguets. Il percevait distinctement sa respiration hachée et son cœur affolé qui tambourinait dans sa poitrine. Il perçut un autre bruissement. Plus feutré. Comme celle de pieds (de pattes ?) qui traîneraient sur un sol dallé, à droite de lui. Thiébaud entendit ensuite une longue psalmodie en latin, comme si on lui dédiait une sinistre oraison funèbre. Il continua à chercher le sens des paroles que l’on prononçait tout près de ses oreilles. Mais avaient-elles un sens ? C’est quoi ce dingue ? Ce type, cette chose, est complètement malade ! La puanteur de l’air augmentait. Puissante et nauséeuse, comme celle d’une charogne. C’est pas possible ! Comment peut-il puer de la sorte ? Un crissement métallique retentit. Il venait de prendre un objet en fer. Le bruit, qui se répéta, était semblable à celui d’une lame qu’on frotterait contre un mur de pierres, comme pour l’aiguiser. MANUS DEI. Cela se trouvait désormais derrière lui. Puis, presque aussitôt à droite. Il ne comprenait pas comment il pouvait se déplacer aussi vite. Le coup fut brutal. Il hurla comme un damné. On venait de lui entailler le dos. Une fois de plus. La brûlure de la blessure fut des plus intenses. CORPUS CHRISTI. Thiébaud Raquin pleura. Il ne se souvenait plus depuis combien de temps il était là. Trois jours ? Quatre ? Une semaine ?… Son martyr s’éternisait. Son corps ensanglanté n’en pouvait plus d’être meurtri par des griffes d’acier et des lames aiguisées. Il avait désormais hâte que cela finisse. Qu’on l’achève. Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ? Pourquoi m’avoir abandonné, moi qui crois en toi ? DURA NECESSITAS. Raquin avait longuement prié pour que la Vierge Marie lui donne la force d’affronter ces épreuves, à défaut de le protéger. L’espoir qu’une intervention divine mette fin à son calvaire l’avait quitté. Désormais, il n’attendait plus rien et voulait que cela finisse rapidement. Il aspirait à mourir, il réclamait qu’on l’achève, mais il sentait bien que son martyre était loin d’être terminé. Il en était maintenant persuadé. Cette chose sans âme qui le torturait était le mal personnifié dans une créature abominable. Le plus ignoble et sadique des démons de l’enfer. Son corps ensanglanté fut agité de tremblements incontrôlables. Dans son dos, un tintement métallique fut suivi d’un effrayant crépitement de braise. FOCUS Une lame rougie au feu vint brutalement frapper sa peau nue à l’endroit où il s’y attendait le moins.
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