Seize ans plus tard-3

2005 Mots
L’éclair une fois disparu laisse place à un nuage de fumée, se transformant par la suite en un dragon de la taille d’un être humain. Il apparaît en position semi-assise, les pattes avant levées vers le ciel. Il est impressionnant. Sa tête regarde en direction du dôme. Sa mâchoire est à peine ouverte. Il donne le sentiment d’avoir été envoyé à cet endroit contre son gré. Avec ses deux pattes levées, le dragon fait penser à quelqu’un qui implore ses dieux de ne pas l’expédier sur terre. Son corps est recouvert d’or fin. Ses grands yeux sont en rubis étoilé. Les griffes de ses deux pattes arrière ressemblent à de la topaze. Les quelques écailles recouvrant son dos sont en pierre de Jade. Lee Lou n’ose poser ses index sur les yeux du dragon, comme elle l’avait fait auparavant avec celui de la poignée de la grande porte. Et pourtant sa curiosité la démange. Sans trop de précipitation, elle s’approche, tend ses mains, les ramène très vite vers sa poitrine. Après trois tentatives, elle craque. La tentation est plus forte que la raison. À haute voix, elle s’adresse au dragon : — Je t’en supplie, ne me mange pas. Pour commencer, ses doigts fins frôlent les joues du dragon, le froid qui en émane lui donne la chair de poule. Elle n’aurait jamais pu imaginer qu’un corps recouvert d’or pouvait être si froid. Le métal rigide, sinueux offre un aspect désagréable au toucher, une sensation complètement à l’opposé de celle que l’on peut avoir en touchant la peau. En approchant ses mains des yeux, les index de la jeune fille s’écartent des autres doigts de la main, pour laisser libre cours au toucher des rubis étoilés. Sans aucune hésitation, elle donne une petite pression dessus. La métamorphose se produit instantanément. La tête du dragon se met à pivoter de droite à gauche, ses pattes arrière se dressent, ses griffes remuent les unes après les autres. L’animal sort de sa léthargie. Les deux pattes avant toujours en direction du dôme s’illuminent. De ses ongles acérés, jaillissent dix petits éclairs faisant apparaître l’hologramme d’un visage de vieux Maître chinois, ressemblant à ceux que Lee Lou a pu découvrir dans la pièce précédente. Tout en la regardant, le vieux Maître chinois sourit, bridant encore plus son regard en amande. Lee Lou ne sait plus trop ce qu’elle doit faire. Est-ce la troisième épreuve ? Sachant lui aussi lire dans les pensées, le vieux Maître chinois explique : — Alors c’est toi l’élu ! Nous savions que ce jour viendrait bientôt. — Nous ?...Demande-t-elle ? Qui ça « nous » ? — Nous, les sages. Gardiens des huit temples existant dans ce monde, répond-il. Les sept autres élus désignés vont eux aussi bientôt atteindre leur temple et effectuer à leur tour les trois épreuves. Pour le moment, tu es la première à y être arrivée. Félicitations ! Lee Lou en entendant ce doux compliment sent monter en elle une bouffée d’énergie. Constatant qu’un dialogue est possible avec cet hologramme, elle poursuit : — Qui représente ces visages sculptés sur les murs dans l’autre pièce ? — Comme moi, ce sont d’anciens Maîtres en arts martiaux. Il fait une pause puis explique : — Une fois que nous mourrons, notre âme suit la route de la voix de la réincarnation, puis notre image se grave dans les murs de ce temple, et nous en devenons les gardiens. Lee Lou très attentive ne retient qu’une chose : le fait d’avoir été la première à y être arrivée. Sa rencontre sur les eaux avec son Maître Lee Chang n’était donc pas le fruit du hasard. Pourtant la troisième épreuve n’a toujours pas été accomplie. Inquiète, elle se renseigne auprès du vieux Maître chinois, qui continue à sourire : — Et la troisième épreuve, quelle est-elle ? — Simplement recevoir tes pouvoirs. Ensuite, nous irons au temple d’entraînement où je t’enseignerais les techniques pour bien les utiliser. Le tournoi aura lieu quand tous les élus seront prêts, lui indique le vieil homme. Combien de temps va-t-elle passer dans ce temple ? Pour Lee Lou, la vie va ressembler un peu à celle qu’elle avait avec son Maître Lee Chang sur l’île. Tout à coup, le dragon qui se trouve en face d’elle disparaît pour laisser la place à ses souvenirs. Elle n’a alors que deux ans. Elle est sur la plage avec son Maître. Elle imite tous les mouvements qu’il effectue avec précision. Plus tard, la jeune fille pourra donner un nom à ces mouvements : le « tai-chi ». Il est arrivé pendant ces entraînements-là que Lee Chang exécute sciemment des figures acrobatiques finissant par faire tomber Lee Lou sur ses fesses. Mais au lieu de pleurer, la petite fille accompagne les rires de son Maître, qui résonnent encore dans sa tête aujourd’hui. Quelques années plus tard vers ses neuf ans, Lee Chang lui installe dans la mer un mannequin en bois, assez loin pour que l’eau lui atteigne le niveau des mollets. Ce mannequin en bois, aussi appelé « mook jong » est un solide tronc de section ronde à hauteur de Lee Lou. Son Maître le lui avait confectionné spécialement pour elle. Une fois planté verticalement dans la mer, Lee Lou a pu commencer ses exercices d’offensif-défensif. Divers coussinets de cuir attachés sur les faces avant et latérales lui permettent de savoir à quels emplacements elle va pouvoir donner des coups d’impact avec les poings. À hauteur de sa sangle abdominale, deux tiges de bois rond pointent hors du madrier lui permettant de s’exercer sur les techniques de blocage en les heurtant avec ses avant-bras le plus fort possible. Enfin, au bas du poteau une sorte de béquille lui permet d’exercer ses jambes pour le balayage, le crochetage et le fauchage. Une seule vraie difficulté a été rajoutée par son Maître : la mer. Il aura fallu des heures d’entraînement à Lee Lou pour parvenir à déplacer ses jambes aisément. Ce souvenir devrait paraître douloureux et pourtant ce ne sont que de très bons moments passés avec son Maître. Petit à petit, le dragon réapparaît devant elle, toujours accompagné au centre du dôme par la présence d’un vieux Maître chinois, sourire aux lèvres. Pressentant qu’il est temps pour elle de recevoir les pouvoirs, elle dit tout haut : — Je suis prête. Que faut-il faire maintenant ? Ne perdant pas de temps, le vieux Maître chinois explique : — Positionne-toi face au dragon, pour le « salut ». Lee Lou connaît parfaitement le déroulement du « salut », comme le lui a enseigné son Maître, il est un précepte commun à tous les arts martiaux. C’est une marque de respect envers l’autre, tout comme il peut être une préparation au combat ou à un retour au calme. Faisant face au dragon, Lee Lou le buste et la tête bien droits, les talons joints légèrement tournés vers l’extérieur pend ses bras le long de son corps, les paumes contre ses cuisses. Relevant par la suite ses poings serrés au niveau des côtes flottantes, la jeune fille finit son « salut » par une petite inclination de la tête vers l’avant. Le dragon fait de même, il incline sa tête vers l’avant en marque de « salut ». Les pouvoirs vont enfin être transmis à Lee Lou. Le vieux Maître chinois dont les bras viennent d’apparaître soudainement les tend vers le dôme. Son regard dirigé lui aussi en direction de la coupole lance un fantastique rayon de lumière traversant la vitre. Des nuages noirs, épais, parviennent d’on ne sait où recouvrant entièrement le temple. Lee Lou impressionnée n’ose bouger. Elle attend ses pouvoirs sans trop savoir comment cela va se dérouler. Néanmoins, l’arrivée de nuages l’effraie quelque peu. Le vieux Maître chinois, les bras toujours tendus vers le dôme réalise un geste brusque en direction de la jeune fille. Sur ce fait, un éclair surgit, suivi à la seconde près par un coup de tonnerre. Attirant la paume des mains de Lee Lou pour pouvoir décharger en elle toutes ses énergies positives, il lui transmet le pouvoir d’électricité. Les yeux fermés, la jeune fille ressent une forte chaleur lui traverser les mains, circulant à l’intérieur de ses veines. Tout se passe si vite, et pourtant cela ne l’empêche pas de s’écrouler à genou, épuisée, les mains posées au sol. Au même instant, les yeux des deux dragons à l’entrée du temple s’illuminent. Les socles sur lesquels ils se trouvent se rapprochent l’un de l’autre. Les symboles « YIN YANG » se rejoignent pour ne plus former qu’un cercle au centre des deux socles scellés. Le temple est définitivement fermé. Plus personne ne peut entrer dans le temple du dragon. Maître Lee Chang, assis dans son patio sur son fauteuil à bascule, le regard en direction de la mer semble se souvenir lui aussi de Lee Lou durant ses exercices d’entraînement. Puis, peu à peu, ses yeux se ferment, son souffle ralentit, ses mains tombent de chaque côté de son corps, sa tête s’incline du côté du cœur. Plus jamais il n’aura l’honneur de revoir la jeune fille, qui un heureux jour, a croisé sa route. Peu à peu, la respiration saccadée de Lee Lou retrouve un rythme régulier. Mais voilà que ses esprits à peine retrouvés, une sphère bleutée chargée d’électricité se matérialise autour d’elle l’enveloppant intégralement. Avec cette forte luminosité rayonnante, la jeune fille n’est plus percevable à l’intérieur de cette boule survoltée. De minimes décharges électriques circulent en alternance illuminant la totalité de la pièce. La silhouette de Lee Lou, toujours à genou, les mains posées sur le sol, réapparaît lentement. La sphère diminue d’éclat et finit par disparaître entièrement, dévoilant une jeune fille complètement transformée. Un magnifique kimono capuchonné blanc nacré lui recouvre le corps. Les manches amples laissent à peine distinguer ses mains toutes menues. Le capuchon recouvre le visage de Lee Lou jusqu’au niveau de ses yeux ne laissant percevoir qu’une seule mèche de ses cheveux argentés. Sous son kimono, Lee Lou porte une chemise et un pantalon de soie blanche. À ses pieds, des chaussons en toile blancs vont lui permettre des déplacements fluides et légers. Au moment même où elle ouvre les yeux, deux iris de couleur bleu clair quasi azuréens se laissent découvrir. En remplacement des vaisseaux sanguins, de petits éclairs apparaissent sur le blanc de l’œil devenu argenté en direction des pupilles. Tout comme le ferait une jeune fille sortant d’une cabine d’essayage dans un magasin de vêtement, Lee Lou inspecte sa nouvelle tenue. Ses doigts encore fragiles parcourent son kimono des hanches jusqu’au sommet de la tête. Passant une main dans ses cheveux, elle en retire une mèche qui à sa grande surprise n’est plus d’origine. Elle décide de vérifier si toute sa chevelure a changé. Elle tire en arrière le capuchon de son kimono qui tombe jusqu’au milieu de son dos, prend une grosse poignée de cheveux, qui comme elle s’y attendait est devenue argentée. Levant par la suite lentement ses bras tremblants, Lee Lou prise d’une panique soudaine agite énergiquement ses manches afin qu’elles se retroussent pour lui permettre de vérifier que ses mains n’ont pas subi elles aussi une quelconque métamorphose. Après un vif regard, Lee Lou est ravi de constater que celles-ci n’ont pas été touchées. Déjà déroutée par ce qui vient de lui arriver, elle ne sait plus où elle en est. Les bras continuellement levés à mi-hauteur, le regard suppliant vers le vieux Maître, elle attend que celui-ci lui explique la suite des évènements. Elle aimerait poser cent questions, mais ne sait par laquelle commencer. Tout à coup, le visage du vieux Maître s’évanouit dans les airs. Au même endroit sous le dôme en verre, un nuage de fumée flotte jusqu’à se dissiper. Une silhouette fantomatique rejoint Lee Lou au centre de la pièce. Se matérialisant petit à petit, le vieil homme se poste en face de la jeune fille, posant l’un après l’autre ses pieds au sol. Il est vêtu d’une veste à col mao et d’un pantalon en coton léger et ample. Sa veste est noire tout comme son pantalon est serré à la cheville par un laçage. À ses pieds, il porte des chaussons de toile noire, bas, comme ceux de Lee Lou. Le sourire aux lèvres, bridant toujours autant son visage, un halo de lumière s’illumine au-dessus de sa tête, mais ce dernier reste pratiquement invisible pour la jeune fille. Puis prenant les devants il demande : — As-tu une question à me poser ? Lee Lou aurait voulu lui répondre, « des tas de questions », mais elle se contente de dire d’une voix douce : — Les pouvoirs… comment dire… les ai-je eus ? Accentuant son sourire, il répond : — Bien sûr que tu les as reçus ! Cette chaleur qui est passée en toi n’était pas due aux deux cheminées non loin de là, mais bien aux pouvoirs. Il va falloir maintenant que je t’enseigne tout mon savoir ainsi que toutes les techniques pour bien les utiliser. Une autre question la préoccupe. Il faut qu’elle sache :
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