Le poids de la destinée

1141 Mots
Élena se tenait seule dans la pièce, son regard fixé sur les ombres qui se formaient contre les murs. Azrael venait de quitter la salle avec des mots lourds de sens, mais aussi lourds de douleur. Elle était l’élue. Un rôle qu’elle ne comprenait pas pleinement, mais qu’elle sentait gravé en elle comme un poids infini. Elle n’avait jamais cru aux mythes, aux histoires de réincarnation ou de destins tissés par des forces invisibles. Pourtant, depuis qu’Azrael avait traversé sa vie, la frontière entre réalité et fiction semblait floue. Chaque geste, chaque mot qu’il prononçait la plongeait un peu plus dans un tourbillon dont elle ne savait si elle pourrait un jour sortir. Elle s’assit sur le canapé, la tête entre les mains. La vérité était plus complexe que ce qu’elle aurait pu imaginer. Un destin partagé avec cet homme, un amour qui avait traversé les âges. Mais ce qu’il lui avait révélé ne faisait que soulever plus de questions sans réponses. Que faire avec ce savoir ? Que faire avec cette connexion ? Le regard d’Élena se posa sur la fenêtre, où la lumière du jour commençait à s’estomper. La nuit tombait lentement, apportant avec elle cette sensation d’étouffement, cette chaleur oppressante, comme si le monde lui-même attendait de voir ce qui allait se passer. Le bruit d’une porte qui s’ouvrit derrière elle la fit sursauter. Azrael. Il était de retour. Ses pas résonnaient doucement sur le sol, mais l’aura qui l’accompagnait était plus lourde que jamais. Son regard était perçant, froid, mais il y avait quelque chose dans ses yeux. Quelque chose d’inaccessible, d’abîmé. Comme si la vérité qu’il lui avait révélée ne le laissait pas indemne. — Tu vas bien ? Sa voix, habituellement grave et sûre, tremblait légèrement, une infime fissure dans son masque de perfection. Élena tourna lentement la tête vers lui, observant les traits marqués de son visage. Il était loin de l’être que la société avait présenté à l’humanité. Il n’était pas un simple homme, il était bien plus complexe. Un être marqué par des siècles de douleur. — Comment puis-je aller bien après tout ce que tu viens de me dire ? Sa voix s’éteignit, un murmure tremblant. Tu m’as dit que j’étais l’élue… Mais élue pour quoi, Azrael ? Qu’attends-tu de moi ? Il s’approcha lentement, comme s’il pesait chaque mot qu’il allait prononcer. Il s’assit à ses côtés, mais aucun d’eux n’osa briser le silence pendant quelques instants. — Je sais que tout ça est difficile à accepter. Il posa une main sur son épaule, la chaleur de sa peau la traversant comme une onde. Mais il n’y a pas de retour en arrière. Pas de retour en arrière… Ces mots résonnèrent dans l’esprit d’Élena. Le poids de cette vérité semblait l’enfoncer un peu plus dans l’obscurité. Il n’y avait pas de retour possible. La route était tracée. Un destin qui la liait à cet homme, à cette existence qu’elle n’avait pas choisie. Azrael se leva soudainement, son expression se durcissant. Ses yeux brillaient d’une lueur étrange, presque animale. — Le temps presse. Sa voix était maintenant tendue, comme un fil prêt à se rompre. Tu dois comprendre ce qui nous lie. Le destin que tu portes en toi… il n’est pas seulement le tien. Élena se leva à son tour, son cœur battant la chamade. Le regard d’Azrael était plus intense que jamais. Il avait quelque chose à lui dire. Quelque chose qu’il n’avait pas encore révélé. Mais qu’était-ce ? — Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda-t-elle, sa voix perçant le silence lourd qui régnait entre eux. Pourquoi ce lien ? Pourquoi moi ? Azrael tourna le dos à Élena, se dirigeant vers la fenêtre, les bras croisés derrière son dos, comme s’il cherchait les mots dans les ténèbres extérieures. Le vent soufflait légèrement, et ses cheveux noirs se soulevaient dans la brise nocturne. Il se tourna lentement vers elle, son visage marqué par une douleur profonde qu’il avait tenté de dissimuler, mais qui transparaissait à travers ses traits. — Parce que tu n’es pas qu’une simple humaine. Ses yeux plongèrent dans les siens. Tu es la clé. Le point de rupture entre les mondes. Elle sentit son souffle se couper. La clé… de quoi, exactement ? — Les anciens dieux, Élena, ils ne veulent pas que ce lien existe. Il avança de quelques pas, se rapprochant d’elle, son corps vibrant de cette énergie qui lui était propre. Ton amour pour moi… cet amour qu’aucun de nous ne peut contrôler… c’est un danger. Pour eux. Et pour nous. Élena se sentit vaciller sous la force de ses mots. L’amour. Un danger ? Comment pouvait-il dire cela ? Comment l’amour qu’elle ressentait pour lui, et qu’il semblait partager, pouvait être une malédiction ? — Tu veux dire que nous sommes condamnés ? demanda-t-elle, le cœur lourd de cette vérité qu’elle avait du mal à accepter. Azrael la fixa longuement, un regard qui en disait long sur la souffrance qu’il portait depuis des siècles. Un regard marqué par la trahison, la douleur et l’impuissance. — Oui. Il hocha lentement la tête. Nous sommes condamnés à nous aimer dans un monde qui ne peut pas accepter notre lien. Les mots d’Azrael frappèrent Élena comme un coup de poing. Condamnés à nous aimer. Cela semblait à la fois beau et cruel. Mais dans ses yeux, elle voyait la vérité. Un amour éternel, mais hors de portée, une passion qui ne pouvait exister que dans l’ombre. Elle s’approcha de lui, cherchant des réponses dans la lueur de son regard. — Et que devons-nous faire, Azrael ? Nous devons vivre dans l’ombre de notre amour ? Nous cacher ? Elle s’était arrêtée juste devant lui, mais ses yeux brûlaient d’une lueur de défi. Azrael ne répondit pas immédiatement. Il se pencha doucement, sa main frôlant la sienne avec une tendresse infinie. L’instant sembla suspendu dans le temps, comme si le monde lui-même retenait son souffle. — Non. Sa voix était basse, presque inaudible. Tu dois choisir, Élena. Choisir entre ton cœur et ton âme. Le destin que nous avons… il ne te permettra pas d’avoir les deux. Un silence lourd tomba entre eux. Élena sentit son cœur se déchirer sous l’intensité de ses mots. Choisir entre son cœur et son âme. Cela signifiait qu’elle devait se décider entre l’amour qu’elle ressentait pour Azrael et la vie qu’elle avait connue avant lui. Les deux chemins semblaient impossibles à suivre. Et pourtant, dans les yeux d’Azrael, elle voyait la vérité. Elle n’avait pas le choix. Le lien était déjà trop fort. Elle se laissa tomber sur le canapé, les yeux fermés, les mains crispées sur les bras du fauteuil. Elle ne savait pas comment tout cela finirait. Mais elle savait une chose : l’amour qu’elle portait à Azrael allait la détruire… et la sauver à la fois.
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