La nuit s’était installée dans toute sa splendeur, enveloppant la ville de son voile d’obscurité. Seule la lueur froide de la lune éclaire le sol pavé, créant des ombres dansantes qui semblaient suivre chaque mouvement. Élena se tenait là, seule dans la pièce, le silence pesant sur elle comme une chape de plomb. Le vent soufflait à l’extérieur, mais à l’intérieur, il n’y avait rien d’autre que le tumulte de ses pensées.
Elle devait choisir. Choisir entre son cœur et son âme. Une décision insurmontable. Un choix qui ne laissait place à aucune ambiguïté. Mais comment pouvait-elle prendre une telle décision ? Comment pouvait-elle sacrifier une partie de ce qu’elle était pour l’autre ?
Les mots d’Azrael résonnaient en elle, encore et encore. Chaque phrase, chaque regard, chaque geste semblait l’enfoncer un peu plus dans la confusion. Il lui avait parlé de destins croisés, de liens ancestraux, de puissances qui cherchaient à les séparer. Mais qu’étaient ces forces ? Que voulaient-elles vraiment ? Et pourquoi lui, Azrael, cet homme mystérieux, semblait-il être la clé de tout ?
Le doute s’immisça dans son esprit. Elle se leva brusquement, marchant en cercles dans la pièce, cherchant une réponse qu’elle savait introuvable. Comment pouvait-elle comprendre tout cela ? Était-elle vraiment prête à sacrifier sa liberté pour un amour qui semblait voué à l’échec ?
Un amour interdit.
Elle en frissonna. C’était exactement ça. Un amour qu’elle n’aurait jamais dû ressentir. Un amour qu’elle ne pouvait pas contrôler, mais qui la consumait chaque jour un peu plus. Elle pensa à son ancienne vie, à ses rêves d’avenir, à ses espoirs. Que deviendraient-ils si elle acceptait ce lien avec Azrael ? Serait-elle capable de vivre une vie normale après avoir choisi son cœur ? Ou bien serait-elle condamnée à errer dans un monde de ténèbres, guidée uniquement par cet amour destructeur ?
Soudain, la porte s’ouvrit doucement, brisant le silence. Azrael. Il était là, dans l’embrasure de la porte, son regard perçant plongé dans celui d’Élena. Il la scrutait, comme s’il attendait qu’elle prenne la parole, comme s’il attendait une réaction, une réponse.
— Tu n’as toujours pas décidé, n’est-ce pas ? demanda-t-il, sa voix basse et mélancolique.
Élena le fixa intensément, le cœur battant dans sa poitrine. Ses lèvres tremblaient légèrement, et un frisson parcourut son échine. Il savait. Il savait que son silence était plus éloquant que n’importe quel mot qu’elle aurait pu prononcer. Elle était perdue.
— Comment pourrais-je décider ? dit-elle enfin, sa voix tremblante. Tout ça… c’est trop. Trop de pression, trop de douleur. Je n’arrive même pas à savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.
Azrael s’avança lentement, son regard empreint de tristesse et de compréhension. Il posa une main sur son épaule, et l’étreinte était douce, mais il y avait une lourdeur dans ses gestes. Comme s’il savait que cette proximité serait bientôt quelque chose de plus lourd, de plus intime, mais aussi de plus douloureux.
— Je comprends ce que tu ressens, Élena. Il se pencha légèrement vers elle. Je sais à quel point cela te fait mal, mais tu dois comprendre que ce n’est pas un simple choix. Ce que tu portes en toi, ce pouvoir… c’est bien plus qu’un choix personnel. Ce lien va au-delà de nous deux.
Élena se mordit la lèvre inférieure, détournant le regard. Ce pouvoir. Ces mots résonnaient en elle comme un écho lointain, un bruit sourd, une vérité qu’elle n’avait pas encore pleinement comprise. Mais si ce pouvoir allait au-delà d’eux deux, alors qu’est-ce qui l’attendait une fois ce choix fait ? Une vie à deux, condamnée à se cacher dans l’ombre, ou une séparation dévastatrice ? Elle n’avait aucune réponse.
— Je ne suis pas prête, Azrael. Sa voix se brisa. Je ne suis pas prête à porter ce fardeau.
Un silence lourd suivit ses mots, un silence que ni l’un ni l’autre ne rompit pendant de longues secondes. Azrael se détourna, marchant vers la fenêtre, fixant l’horizon lointain. Son dos était tendu, comme s’il portait lui-même une lourde charge, une douleur qu’il ne pouvait partager. Puis il se tourna à nouveau vers Élena, ses yeux pleins de résignation.
— Tu n’as pas besoin d’être prête. Sa voix se fit plus ferme, mais il y avait une trace de douleur sous sa froideur apparente. Ce fardeau, tu l’as toujours porté. Tu l’as juste oublié, comme nous avons tous oublié. Mais il est là, en toi, et il ne disparaîtra pas.
Élena se mordit la lèvre, les yeux remplis de larmes qu’elle ne laissait pas couler. Ce qu’il disait, il y avait quelque chose de vrai dans ses paroles, mais cette vérité était un poison. Si elle acceptait ce fardeau, quel genre de vie pourrait-elle mener ensuite ? Quel genre de futur existait pour elle et Azrael ?
Elle le regarda longuement, son cœur se déchirant. L’amour qu’elle ressentait pour lui était plus fort que tout, mais à quel prix ? Le monde autour d’elle semblait se dérober, l’écho des voix anciennes, des dieux et des destins, la poussait inexorablement vers un choix qu’elle ne pouvait fuir.
— Alors… qu’est-ce que tu attends de moi, Azrael ? demanda-t-elle, la voix pleine de défi. Que puis-je faire ?
Il la fixa avec intensité, comme s’il mesurait chaque mot avant de le prononcer.
— Je ne t’attends pas, Élena. Il s’avança vers elle, posant une main douce mais ferme sur sa joue. Je ne t’attends plus. Mais je sais que tu ne peux pas échapper à ce que nous sommes. Nous sommes liés par plus que l’amour. Nous sommes liés par le destin.
Élena frissonna à son contact, une chaleur intense se répandant dans son corps. Mais ce n’était pas cette chaleur qui la terrifiait. C’était la vérité qu’il venait de prononcer. Destin.
— Le destin… murmura-t-elle, les yeux baissés. Ce mot… il fait peur.
Azrael haussait les épaules, un sourire triste se dessinant sur ses lèvres. Il s’éloigna de quelques pas, ses bras croisés sur son torse, son regard perdu dans le vide.
— Il n’y a pas de place pour la peur, Élena. Sa voix était grave, pleine de sagesse, mais aussi de mélancolie. La peur est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre.
Élena le regarda longuement. Il avait raison. La peur était omniprésente, oui, mais elle n’était qu’une ombre. Et les ombres, comme les vérités, se dissipaient avec le temps. Et si elle disparaissait pour révéler quelque chose d’encore plus douloureux ?
Elle inspira profondément, rassemblant tout le courage qu’elle avait en elle. Puis elle se tourna vers Azrael, ses yeux fixés dans les siens.
— Je veux savoir. Je veux comprendre. Tout.
Azrael s’approcha d’elle, le regard pénétrant. Il sourit, un sourire énigmatique.
— Alors il est temps de découvrir la vérité, Élena.
La vérité. La vérité sur leur amour, sur leur destinée, et sur le sacrifice qu’elle devrait faire.