La nuit enveloppait le monde de son manteau d'obscurité, et le vent soufflait avec une douceur trompeuse, caressant les murs de la vieille bâtisse où se trouvaient Elena et Azrael. L'atmosphère était chargée d'électricité, un frisson latent dans l'air, un présage invisible, suspendu entre la passion et la peur.
Elena sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine. Elle se tenait devant Azrael, son regard brûlant ancré dans le sien, incapable de s'éloigner. Chaque seconde qui s'écoulait les rapprochait inexorablement de ce point de bascule. Il était là, si près, et pourtant il incarnait tout ce qu'elle ne comprenait pas encore. Cet amour interdit, cette attirance dévastatrice, cette énergie brute qui les liait...
Azrael, immobile, l'observait avec cette intensité troublante qui semblait sonder son âme. Sa respiration était mesurée, mais son regard trahissait le tumulte en lui. Lui aussi se battait contre quelque chose. Contre elle. Contre eux.
— Tu trembles, murmura-t-il.
Elle ne répondit pas. C'était une évidence.
Il fit un pas en avant, réduisant l'espace infime qui les séparait encore. Son parfum l'envahit, un mélange de nuit et d'orage, une essence qui lui était devenue familière et terrifiante à la fois.
— Tu as peur de moi, Elena ? souffla-t-il.
Elle leva les yeux vers lui, ses pupilles sombres reflétant la lumière fragile de la lune.
— Non. J'ai peur de ce que tu fais naître en moi.
Azrael ferma les yeux un instant, comme si ces mots le frappaient en plein cœur. Puis, sans un mot de plus, il porta une main à sa joue. Le contact fut électrique. Elle sentit une chaleur envahir son corps, irradiant de cet unique point de contact comme une onde insidieuse.
Et alors, ce fut inévitable.
Leurs lèvres se frôlèrent, légèrement d'abord, un souffle retenu entre eux. Puis, dans un élan incontrôlable, ils se trouvèrent. Un b****r volé, brûlant et désespéré, témoin de cette flamme interdite qui les consumait.
Elena sentit son échine s'arquer sous l'intensité du moment. Ses doigts se crispèrent contre la veste d'Azrael, comme si elle pouvait se raccrocher à lui, à cette seule certitude dans un monde qui s'effondrait autour d'elle.
Mais alors que leurs corps s'imbriquaient dans cette danse mortelle, une brûlure soudaine lui transperça la peau. Un cri étouffé s'échappa de ses lèvres, rompant la magie fragile de leur étreinte.
Elle s’éloigna brusquement, le souffle court, portant une main à son épaule. Une douleur lancinante s’y propageait, et sous ses doigts tremblants, elle sentit la chair s’embrasser. La panique monta en elle alors qu’elle découvrait l’origine de cette souffrance : une marque apparue sur sa peau, luisante d’une énergie obscure, palpitante comme une chose vivante.
Azrael, figé, la regardait avec horreur.
— Non... non, murmura-t-il.
Elena haleta, les larmes lui montant aux yeux.
— Qu’est-ce que... qu’est-ce que c’est ?!
Azraël s’approcha, posant une main sur son bras, mais elle le repoussa instinctivement. Elle ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. Une douleur fulgurante lui traversa le corps tout entier, comme si chaque fibre de son être résonnait avec cette marque maudite.
— La malédiction... elle s’est réveillée, murmura-t-il d’une voix brisée.
Le sol se mit à trembler sous eux. Un vent glacé balaya la pièce, soulevant la poussière et faisant claquer les rideaux contre les murs. Quelque chose était en train d’arriver.
Puis, dans un souffle d’ombre, une silhouette émergea de nulle part.
Une présence spectrale, une ombre mouvante aux yeux flamboyants. Sa voix, grave et métallique, résonna dans la pièce.
— Le lien a été scellé. La promesse est tenue.
Elena, terrifiée, se recroquevilla contre le mur, ses doigts pressés contre sa marque brûlante.
Azrael fit un pas en avant, son aura dégageant une colère froide.
— Elle n’était pas prête.
L’ombre rit, un son creux et menaçant.
— Cela n’a jamais été une question de volonté. Le sang a parlé, le destin a été tracé.
Elena sentit la réalité lui échapper. Tout son corps était envahi d’une énergie qu’elle ne comprenait pas, d’une force qui la terrifiait. Elle voulait fuir, s’échapper de cet endroit, de ce cauchemar, mais ses jambes refusaient de bouger.
Azrael, lui, était resté impassible, mais ses poings étaient serrés, et un éclat meurtrier brillait dans son regard.
— Tu n’as aucun droit sur elle, gronda-t-il.
L’ombre oscilla, s’étendant comme une brume funeste.
— Elle est à nous désormais. Comme tu l’as toujours su.
Un hurlement déchira la nuit. Pas un cri humain, mais quelque chose de plus profond, de plus ancien. Une douleur primordiale, une phrase prononcée depuis des éons.
Puis, sans prévenir, la pièce fut engloutie dans les ténèbres.
Elena sentit la réalité se déchirer autour d’elle.
Et avant qu’elle ne puisse comprendre ce qui lui arrivait, elle sombra dans l’oubli.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle n’était plus dans la bâtisse.
Un ciel pourpre s’étendait au-dessus d’elle, traversé par des éclairs silencieux. L’air était dense, chargé d’une énergie qui lui donnait l’impression d’étouffer. Un paysage irréel s’étalait devant elle : une plaine obscure, où des ombres mouvantes chuchotaient dans une langue inconnue.
Elena se releva, titubante. Sa marque brûlait toujours, pulsant au rythme d’un battement qu’elle ne reconnaissait pas comme le sien.
— Où… suis-je ?
Une main se posa sur son épaule. Elle sursauta, se retournant d’un geste brusque.
Azrael était là.
Mais quelque chose en lui avait changé. Ses yeux, d’ordinaire d’un bleu abyssal, étaient désormais traversés de lueurs dorées, comme si un pouvoir ancien venait de s’éveiller en lui aussi.
— Nous sommes dans le Nemeton, murmura-t-il. Un espace entre les mondes.
— Pourquoi ? Comment ?
— La malédiction a été activée. Ton sang et le mien… ils nous ont liés plus profondément que nous ne l’imaginions.
Elena sentit la panique monter. L’énergie du lieu vibrait autour d’elle, la traversant comme une vague irrésistible.
— Il faut partir d’ici.
Azrael hocha la tête.
— Mais ce ne sera pas si simple.
Un grondement résonna dans l’air, et les ombres qui murmuraient au loin se mirent en mouvement.
Elles approchaient.
Et Elena comprit qu’elles ne les laisseraient pas partir si facilement.