Le Choc de la Trahison
Le silence dans le salon était assourdissant. Clarisse, dévisagée par son mari, réalisa que son chantage venait de se retourner contre elle. Elle avait l'habitude de menacer, pas d'être menacée par la vérité.
— Tu ne ferais jamais ça, Japhet, articula Clarisse, les yeux écarquillés. Le Fon va te ruiner ! Il va te déshonorer publiquement pour avoir menti sur ton mariage et avoir entretenu une liaison avec ta... ta nièce !
— Je préfère être déshonoré en révélant la vérité, plutôt que d'être complice de la mort de Marlyse et de ton chantage, Clarisse. De plus, Amira n'est pas ma nièce. Elle est l'héritière désignée de Marlyse et la fille d'un autre Kouam. Tes mensonges sont terminés.
Japhet avait effectivement joint l'un des notables (le Kwifon) qui avait une oreille auprès du Fon de Bouda. Il avait demandé une audience urgente pour régler une affaire de dette de sang et de tromperie foncière impliquant les clans Fotsing et Kouam.
L'enjeu n'était plus la fausse grossesse, mais la survie sociale et financière.
Clarisse, sentant le sol s'ouvrir sous elle, se jeta aux pieds de Japhet.
— Non ! Je t'en prie ! Sans toi, je n'ai plus rien ! Je n'ai pas d'enfant, je n'ai pas de position ! Tshameni va me tuer !
— Tshameni est ton allié, Clarisse. Tu lui as vendu mon honneur et la mémoire de Marlyse pour ta sécurité. Maintenant, tu vas payer.
Le Pacte de Bouda
Japhet s'approcha d'Amira. Leur union était désormais une alliance de survie et de justice.
— Nous partons pour Bouda ce soir. Nous devons arriver avant le Kwifon demain. Nous allons y aller ensemble, Amira. Mais tu dois être prête à affronter toute la famille.
— J'ai peur, avoua Amira, serrant la photo du message de "L'Aigle" sur son téléphone. Mais je ne suis plus seule. Nous avons le legs de Marlyse et maintenant, nous avons la vérité.
Japhet lui rappela le risque.
— Si le Fon ne croit pas notre histoire sur la mort de Marlyse et te voit comme une simple maîtresse, tout est perdu.
Amira lui tendit son téléphone avec la photo du message de Tshameni (L'Aigle) à Clarisse.
— Voici une preuve que Tshameni et Clarisse communiquaient. Et que Tshameni posait la question d’un autre enfant. Cette question est la clé, Tonton. C'est la vérité que Marlyse voulait que nous trouvions.
Ils firent un pacte silencieux. Amira ne se concentrerait pas sur le fait d’être sa maîtresse ou l'héritière, mais sur la recherche de la vérité sur cet « autre enfant » de Marlyse, car c'était la plus grande faiblesse de Tshameni et Clarisse.
L'Évasion et l'Avertissement Final
Tard dans la nuit, Japhet et Amira se préparèrent à partir. Ils laissèrent Clarisse dans le salon, prostrée.
Alors qu'Amira mettait sa valise dans la voiture, Clarisse sortit de l'ombre, son visage livide et ses yeux brillants d'une détermination nouvelle et terrifiante.
— C'est bien, Amira. Tu t'en vas. Mais tu vas me le payer. Tu penses que Japhet est ton sauveur ? Il t'a utilisé. Il a toujours été faible face au sang des Kouam. Et tu es la plus belle des illusions qu'il ait jamais eues.
Clarisse s'approcha de la voiture et chuchota à Amira.
— Tu veux la preuve que j'ai aidé Tshameni ? La voici : Marlyse n'a jamais avorté. L'enfant est né, un garçon. Tshameni l'a pris et l'a caché, et moi, j'ai fermé les yeux pour épouser Japhet. Si tu continues cette guerre, tu ne vas pas seulement déshonorer Japhet. Tu vas mettre la vie de cet enfant en danger. C'est mon dernier service pour toi, nièce. Fuis.
Amira recula, horrifiée. Un enfant. Le fantôme de l'enfant de Marlyse et de « l'autre » (peut-être un homme de sa famille ou un amant français) était réel. Et il était l'otage de Tshameni.
Japhet sortit en courant, voyant l'expression d'Amira.
— Elle t'a dit quoi ?
— Elle a dit que l'enfant de Marlyse est vivant. Un garçon. Et que Tshameni le détient, répondit Amira, la voix étranglée.
Japhet s'effondra presque contre la voiture, le cœur brisé par cette nouvelle révélation. Son amour perdu avait eu un fils, et il n'en avait rien su.
— Maintenant, on y va, Japhet. Nous n'y allons plus pour le terrain. Nous y allons pour sauver un enfant.
Le 4x4 quitta Yaoundé, fonçant vers le secret des hautes terres de Bouda. Japhet et Amira étaient silencieux, unis par un amour naissant, la culpabilité et le poids du secret.
Quelques heures plus tard, alors qu'ils traversaient une forêt dense, Japhet jeta un coup d'œil dans le rétroviseur. Une voiture les suivait, sans phares, mais avec une vitesse suspecte.
Japhet accéléra.
— C'est Tshameni, Amira. Il sait où nous allons.
— On ne peut pas le semer ?
— Pas ici. La route est trop droite.
Soudain, le téléphone de Japhet sonna. C'était un numéro masqué. Il répondit, les mains tremblantes.
Une voix d'homme, gutturale, prononça une seule phrase :
« L'audience avec le Fon a été annulée. Quelqu'un est arrivé avant toi, Japhet. Il a dit que tu lui as volé non pas une femme, mais un fils. Prépare-toi à payer ta dette de sang. »
Japhet écrasa le frein. Tshameni avait devancé leur plainte. Et il avait jeté une accusation beaucoup plus grave et traditionnelle sur Japhet : l'enlèvement d'héritier.
La première bataille n'était pas pour le terrain. C'était pour l'enfant.