L'Arrivée à Bouda et la Désillusion
Le jour se levait à peine lorsque Japhet et Amira arrivèrent à Bouda. Au lieu de se rendre directement à la concession Fotsing, ils allèrent chez Kouemou, le cousin de Marlyse, qui les attendait.
Kouemou confirma la terrible nouvelle. L'audience avec le Fon (le chef) avait été devancée. Tshameni avait payé grassement le Kwifon (le notable en charge des affaires) pour être entendu en priorité.
— Tshameni n'a pas parlé de terrain, Japhet. Il a parlé de l'enfant de Marlyse. Il a dit que Marlyse avait confié l'enfant à toi avant de mourir, mais que tu avais renié le mariage pour épouser Clarisse. Et que depuis quinze ans, tu as caché et élevé cet enfant sous un faux nom.
L'accusation était subtile et mortelle. Elle ne parlait pas d'enlèvement, mais de détournement d'héritier. La peine traditionnelle était le bannissement, la confiscation de tous les biens, et la perte de son nom de famille.
— L'enfant est-il vraiment vivant ? demanda Japhet, le désespoir dans la voix.
— Oui. Clarisse n'a pas menti sur ça, répondit Kouemou. Mais Tshameni a dit que l'enfant, Yannick, était son otage à l'heure actuelle, pour forcer Japhet à se présenter devant le Fon et révéler où il l'a caché.
La Confrérie des Guerriers
Kouemou expliqua que l'audience était fixée pour la fin de la journée. Le temps était compté.
— Tu ne peux pas te défendre sans une preuve que Tshameni est le vrai ravisseur, Japhet. Et tu dois révéler la vérité sur Amira.
Amira intervint, montrant la photo du message de Clarisse sur son téléphone.
— Tshameni a demandé à Clarisse si l'enfant était le sien ou « l'enfant de l'autre ». S'il avait l'enfant, pourquoi posait-il cette question ?
Kouemou fut frappé par la justesse de la question.
— Il le détient peut-être, mais il ne sait pas qui est le père biologique.
Japhet réalisa alors le rôle crucial de cet « autre ».
Si cet homme était le père, Tshameni ne pouvait pas utiliser l'enfant pour réclamer la terre, car il n'aurait aucun lien de sang.
— L'autre est notre seule chance. Nous devons le trouver avant l'audience !
Ils avaient besoin d'aide pour enquêter rapidement dans le village. Kouemou révéla alors son appartenance à une ancienne société secrète de Bouda, la Confrérie du Léopard. Cette confrérie s'occupait traditionnellement de la justice et de la protection des orphelins.
— Nous allons t'aider à localiser Tshameni et l'enfant, Japhet. Mais vous devez d'abord vous rendre à l'audience, vous défendre. Amira, tu devras jouer le rôle que Japhet t'a assigné : l'épouse légitime de son cœur.
L'Audience Solennelle
Dans l'après-midi, Japhet et Amira se présentèrent devant le Fon. Le Fon était assis sur son trône traditionnel, entouré des Kwifon et des chefs de famille. L'atmosphère était lourde de jugement et de tradition.
Tshameni était déjà là, vêtu de vêtements traditionnels, son visage dur et triomphant. Clarisse était présente à ses côtés, jouant le rôle de l'épouse trahie, mais ses yeux trahissaient la peur.
Le Fon commença.
— Japhet Fotsing, tu es accusé d'avoir trahi l'honneur de ton clan et d'avoir détourné un héritier sacré, Yannick, le fils de Marlyse Kouam. Parle, et que la vérité soit entendue.
Japhet, soutenu par la présence d'Amira à ses côtés, fit face à l'assemblée.
— Je suis innocent de tout vol d'héritier, Fon. Je suis ici pour dénoncer une conspiration. Ma femme, Clarisse, et son allié Tshameni, sont les vrais coupables. Ils m'ont forcé à un mariage de chantage pour cacher la vérité : Clarisse a aidé Tshameni à cacher l'enfant de Marlyse pour que je l'épouse, et Tshameni le détient en otage.
Tshameni se leva, furieux.
— Mensonge ! Le seul mensonge est la fausse grossesse de cette concubine !
— Je ne suis pas une concubine, Fon ! intervint Amira, sa voix claire et forte. Je suis la demi-sœur de Marlyse et la gardienne de son dernier vœu. Et Tshameni cherche à détruire mon enfant à naître car il a peur de l'héritage de Marlyse.
Amira exhiba le pendentif de Marlyse et la photo du message de Clarisse. L'assemblée murmura. Le Fon demanda à voir la preuve.
Japhet présenta les preuves. Tshameni se sentit acculé. Il se tourna vers Clarisse, un regard de fureur et de trahison.
— Dis-leur, Clarisse ! Dis-leur que l'enfant de Marlyse est son fils ! Dis-leur la vérité sur le père !
Clarisse s'effondra en larmes, incapable de parler. Le Fon frappa le sol avec son sceptre, exigeant la vérité.
Alors que l'assemblée attendait la suite du témoignage, Tshameni joua son dernier atout. Il sortit de sa poche une vieille lettre, scellée, adressée au Fon.
— Cette lettre n'est pas de moi, Fon. Elle est de Marlyse ! Elle l'a écrite juste avant sa mort ! Elle révèle le nom du père de Yannick et son intention de laisser le terrain à... Clarisse !
Japhet était abasourdi. La lettre de Marlyse contredisait la sienne.
Tshameni avait une fausse lettre, ou alors, Marlyse avait trahi Japhet avant de mourir. La vérité était enterrée dans la concession.