VIII – Ferroni

707 Mots
VIII FERRONILondres. À Waterloo Station, Ferroni débarqua du train, dans son costume en lin. En nage, il héla un taxi pour Soho. Quinze minutes plus tard, il entra dans un pub. Un homme, aux allures de gentleman, l’attendait au fond du bar. — Bonjour Sir Ford. — Cher Ferroni, je suis à la fois heureux de vous revoir mais aussi quelque peu surpris. Je vous croyais retiré des affaires. En quoi puis-je vous être utile ? — Pourriez-vous me trouver des informations sur la société Medialine, qui possède un bureau ici même sur Londres ? L’homme griffonna sur un bloc-notes « Medialine », se leva et laissa son chapeau melon sur la table en signe de retour prochain. Il ne revint que vingt minutes plus tard. Ferroni patientait, une bière posée devant lui. — Voilà ce que je peux vous indiquer. La société qui vous intéresse est française et utilise les services de l’entreprise anglaise Roxy Office. Les locaux de cette dernière sont situés dans le quartier des affaires à Canary Wharf. Elle propose des bureaux virtuels aux compagnies étrangères ainsi qu’une adresse postale sur Londres et un numéro de téléphone. Roxy Office met à disposition de ses clients une secrétaire personnelle qui répond à tout appel les concernant. Il est même possible de transférer ces appels sans que l’interlocuteur ne se rende compte de l’existence d’un intermédiaire. Tous les messages sont transmis par courrier électronique. L’entreprise étrangère peut apposer en toute légalité ses coordonnées londoniennes sur son papier à en-tête et sur ses cartes de visite. En réalité, le bureau de Medialine sur Londres n’existe pas… Un leurre, cher ami. Quant à savoir si cette société a une réelle activité de l’autre côté du Channel, je ne pourrais le dire. Sir Ford épousseta les bords de son chapeau, puis l’enfonça sur sa tête. Ferroni termina sa bière, pressentant que Medialine était une coquille vide. Frottant ses yeux rougis par la fatigue, il prit congé. Depuis vingt-quatre heures, il galopait comme à la belle époque, n’ayant de cesse de mener son enquête souterraine. Il réactivait ses vieilles relations anglaises et aussi ses entrées à la police scientifique française. Bien qu’entrées de service, elles s’avéraient fort efficaces. Il ignorait où se cachait Jim et préférait ne pas le savoir. C’est Jim qui l’avait contacté jusqu’à présent et le numéro restait masqué. Alors qu’il venait de franchir la porte du pub, Jim le rappela sur son cellulaire. — Ferroni, avez-vous appris quelque chose ? — Jim, les nouvelles sont alarmantes. — Qu’est-ce que vous avez trouvé ? — Comment elle a été assassinée. Asphyxie totale, hémorragie, on l’a étranglée. — L’étrangleur portait-il des gants ? — Oui. Mais ce qui est stupéfiant c’est que celui qui l’a agi, n’avait que quatre doigts à la main droite. — C’est trop fort ! — À toi aussi, il manque l’index ? — Malheureusement, cela ne repousse pas… Tu me crois ? Je suis innocent. — J’ai pleinement confiance en toi… mais c’est quand même très bien monté comme affaire. Ils n’ont pas lésiné sur les petits détails. — Le genre de détail qui me mène droit en prison. — Exactement, mon petit Jim. — Elle est décédée à quelle heure ? — Trois heures du matin. — Je l’ai quittée à deux heures trente. — Tu peux le prouver ? — Non. — Pour le souper vous étiez ensemble ? — Oui et dans un restaurant. Lieu public avec des tas de témoins… — Elle appréciait les filets de sole. — Quelle horreur ! Ils ont trifouillé dans son estomac ? — J’ai eu vent du rapport d’autopsie ! — Ils ont déniché autre chose contre moi ? — Les résultats des résidus de peau retrouvés sous les ongles d’Hélène Cornwell, eh bien… il y avait les traces de ton ADN. — Nous avons eu un rapport sexuel. De toute façon, mon ADN et mes empreintes, il devait y en avoir partout. — Effectivement et, en prime, du sperme sur les draps. — Mais, pourquoi j’aurais laissé mes empreintes et mis des gants pour l’étrangler ? — C’est vrai que cette question doit perturber la police. Cette incohérence est la seule bonne nouvelle. — Est-ce qu’elle a été retrouvée morte dans son lit ? — Non, sur un sofa dans le living et tout habillée. — Alors quelqu’un l’a rhabillée ? — Peu crédible, crois-moi, un cadavre, c’est dur à fringuer. Elle a dû se vêtir toute seule. — Elle devait attendre quelqu’un après moi, un autre rendez-vous. Il faut trouver qui… — Autrement dit, débusquer l’assassin. Je suis un expert en adultère et non en criminologie, cependant je ferai tout mon possible ! Ah, au fait, ta société Medialine n’est pas londonienne mais française. Je poursuis mes recherches, rappelle-moi demain à la première heure. — Et Sébastien ? — Ne t’inquiète plus pour lui. La police l’a vite relâché. À demain. Pas un mot sur la localisation de Jim, Ferroni souhaitait rester dans l’ignorance.
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