Le salon de la villa, d’ordinaire si vaste et majestueux, semblait soudain s’être rétréci, les murs se rapprochant comme pour nous étouffer. Je lui courus après, mes pieds nus frappant le carrelage froid, un bruit sourd qui scandait ma détresse. Karim marchait devant moi, sa carrure massive fendant l’obscurité, l’enveloppe d’Ahmed serrée dans sa main comme un trophée de guerre. Ses pas étaient longs, assurés, bien plus rapides que mes enjambées désespérées. — Karim ! Karim, s’il te plaît… j’en ai besoin ! criai-je, ma voix se brisant contre son dos immobile. Il ne se retourna pas. Il ne ralentit pas. Il ne m’accorda même pas le luxe d’un regard. Je pouvais sentir sa colère rayonner de lui, une chaleur sombre et toxique qui imprégnait l’air. Le silence qu’il m’opposait était une torture


