19 heuresValemblois n’était en poste à Strasbourg que depuis cinq semaines, et Kuntz ne l’avait encore jamais rencontré. Fluet, le teint pâle d’un étudiant bûcheur, le cheveu soigné, des lunettes rondes à fine monture dorée chevauchant le nez pointu, le juge, dès l’abord, donnait l’image du petit gars bien-sous-tous-rapports. Il portait un élégant costume à veston croisé, d’un gris un peu clair pour le classicisme étroit de Kuntz, une cravate bleu azur à large nœud. Tout dans sa personne, le geste, la voix, mince et chantante, était apprêté, fragile, gentiment désuet. Il s’excusa pour le décor de son bureau, qu’il estimait lugubre. — Vous n’êtes pas de cet avis, monsieur le commissaire ? Joseph Kuntz, qui s’en foutait, dit que ça ne l’avait pas frappé. Valemblois insista, déclara qu’il


