Réginald raccroche, Aaron est assez curieux.
Aaron : « vous avez encore du nouveau pour moi ? »
Réginald : « le procès aura lieu demain dans l’après-midi. Préparez-vous à vous battre
parce que votre vie en dépendra »
Aaron : « oui, monsieur »
C’est sur ces mots d’encouragement que Réginald sort de la salle de visite. Il est à peine sorti des locaux de la prison centrale lorsqu’il se fait approcher par Roberta Neville. Elle l’attendait à l’extérieur. Elle tient une enveloppe de couleur blanche entre les mains. Elle est assez en colère.
Roberta (lui montrant l’enveloppe) : « qu’est-ce que vous manigancez encore ? C’est quoi ceci ? »
Réginald : « ho ! Bonjour madame. Je vais bien, merci et vous ? »
Roberta : « vous vous moquez de moi ? »
Réginald : « ceci est une citation à comparaître au procès qui aura lieu demain. Ne me dites pas que vous avez cru que malgré votre signature sur la déclaration sous serment d’il y a quelques jours, vous alliez lâchement vous cacher sans dévoiler votre grossière erreur au grand jour ! »
Roberta : « avec l’affidavit que j’ai signée, vous avez tout ce que vous voulez et vous
devriez me laisser tranquille »
Réginald : « tout ce que je veux, c’est libérer mon client du gouffre dans lequel vous l’avez jeté »
Roberta : « vous cherchez à me faire passer pour une avocate incompétente et négligente
et je préfèrerai encore que ce procès n’ait pas lieu plutôt que d’entacher mon image »
Réginald : « incompétente… non ! Négligente, égocentrique et un peu dérangée… oui. J’ai fait ce que je devais faire : représenter mon client. C’est apparemment le cadet de vos soucis dans ce cas précis »
Roberta : « peu importe ce que vous pensez, je suis là pour vous demander des comptes
concernant cette citation »
Réginald : « dans ce cas, on se verra demain au procès. Vous avez fait une erreur et vous
devez l’assumer sans compter sur des échappatoires »
Roberta lance un regard de défi à Réginald, lui il est complètement indifférent. Il stoppe un taxi et se rend à son cabinet. Une fois arrivé, il s’enferme dans son bureau et se met à préparer la défense de son client en analysant tous les éléments dont il dispose dans le dossier. La nuit
tombe, elle passe, le jour suivant se lève. C’est le jour du procès. A quelques minutes de l’heure fatidique, dans la salle d’audience, Réginald et Aaron sont dans la salle, de même que le procureur Sanders. La salle est quasiment pleine lorsqu’Hermann entre avec à ses côtés la fille d’Aaron, Amina. En la voyant arriver, Aaron se lève de sa place et se dirige vers elle. Il voudrait
au moins la serrer dans ses bras, mais le juge entre et tout le monde se lève. Alors, il est obligé de revenir à sa place et d’attendre que le procès finisse. Le procès commence, le juge appelle l’accusé et énumère les chefs d’accusation qui justifient sa présence devant la cour suprême, puis Aaron s’assied et Réginald appelle comme témoin Roberta Neville. Cette dernière se lève
et se dirige vers la barre. Après avoir été mise sous serment, Réginald se lève pour l’interroger.
Les choses deviennent intéressantes.
Réginald : « votre honneur, je demande à considérer le témoin comme hostile »
Sanders : « pour quelle raison ? Madame Neville n’a encore rien eu à dire, bon sang ! »
Réginald : « pour la simple et bonne raison qu’hier, elle m’a dit… »
Roberta : « je lui ai dit que je préfèrerais que ce procès n’ait pas lieu plutôt que d’avoir l’air incompétente… »
Réginald : « exactement, vous voyez monsieur le procureur ? »
Juge : « ah d’accord. Dans ce cas, je vous l’accorde, maître Princeton »
Réginald : « madame Neville, lorsque vous étiez l’avocate commise d’office d’Aaron
Cruz, vous a-t-il dit qu’il était avec la dénommée Lili au moment où le meurtre a été commis ? »
Roberta : « oui, en effet »
Réginald : « il avait donc un alibi et un témoin pour le confirmer. Est-ce exact ? »
Roberta : « oui »
Réginald : « avez-vous eu un quelconque contact avec le témoin ? »
Roberta : « oui, bien sûr »
Réginald : « alors expliquez-moi pourquoi ce témoin n’a jamais été appelé à la barre lors du procès qui a eu lieu douze ans plus tôt ? »
Roberta : « Lili a disparu avant le procès, elle n’était joignable nulle part. Nul ne savait si elle a quitté la ville, ni même si elle est restée dans ce département, ou encore si elle se trouvait dans ce pays »
Réginald : « c’est trop facile de dire cela. L’avez-vous cherchée ? »
Roberta : « quelle question ! »
Juge : « répondez à la question »
Roberta : « oui, je l’ai cherchée »
Réginald : « l’avez-vous cherchée sérieusement ? »
Roberta : « non, mais vous vous foutez de moi. J’ai fait ce que j’ai pu »
Réginald : « dites plutôt que vous ne l’avez pas cherchée, vous n’avez rien fait, vous
n’avez pas essayé quoique ce soit »
Roberta : « j’ai fait ce que j’ai pu avec les moyens qui furent à ma disposition en ce temps-là »
Réginald : « moyens qui n’ont abouti à rien. Mais si vous l’aviez retrouvée, Lili aurait
prouvé que mon client n’a rien fait puisqu’ils étaient ensemble. Elle aurait confirmé son alibi »
Roberta : « Lili était une toxicomane qui avait déjà été condamnée une fois. Le procureur Sanders l’aurait éviscérée devant les jurés »
Réginald : « si vous aviez déjà un avis arrêté comme celui-là, pourquoi avez-vous essayé
de la retrouver dans ce cas ? »
Roberta ne peut répondre. Elle a dit qu’elle a essayé de retrouver le témoin, mais cette dernière phrase qu’elle a dite elle-même la met dos au mur. Alors Réginald continue son
argumentaire.
Réginald : « permettez-moi de répondre à votre place. Vous l’avez peut-être cherchée
avec tous vos prétendus efforts, vous l’avez retrouvée, mais vous avez abandonné mon client à son triste sort. Lors du procès, il a été condamné à mort à cause de vos préjugés personnels. Et vous préfériez qu’il reste là où il est d’une part à cause de vous plutôt que d’admettre votre erreur dont la gravité est allée crescendo »
Roberta ne peut répondre, elle se contente de fixer Réginald. Ce dernier retourne à sa place et laisse la place au procureur Sanders. Celui-ci se lève et pose immédiatement une question à Roberta.
Sanders : « madame Neville, est-ce que, selon vous, Aaron Cruz est innocent ? »
Réginald : « objection, votre honneur, cette question orientée entraine déjà une
conclusion »
Sanders : « votre honneur, la partie adverse s’est engagée dans ce chemin bien plus tôt en faisant témoigner madame Neville, l’ancienne avocate de l’accusé. Personne n’est donc plus qualifiée que celle qui l’avait défendu avant maître Princeton »
Le juge prend quelques secondes pour réfléchir. Il est vrai que la question posée par Sanders à Roberta entraine automatiquement une conclusion, celle de dire par la bouche de Roberta qu’Aaron est coupable. Cependant, Réginald avait également l’intention de faire parler Roberta dans l’intention de dire aux jurés que son client est innocent. Alors que va dire le juge par rapport à l’objection ?
Juge : « objection rejetée. Madame Neville, veuillez répondre à la question »
Roberta : « mon avis sur la culpabilité d’Aaron Cruz relevait de la certitude. J’étais sûr que c’était lui et sachez que je le suis encore jusqu’à maintenant »
Juge : « l’audience reprend dans une quinzaine de minutes »
Le juge se lève et s’en va. Roberta se lève de la barre et se dirige vers l’extérieur de la salle d’audience. Elle est courroucée. Hermann se rapproche de Réginald, il a une idée pour faire pencher le procès en leur faveur.
Aaron : « la situation se présente bien d’après vous ? »
Réginald : « je dirai qu’on est au coude à coude. Honnêtement, on a des chances mais
cela ne dépend que des jurés et le chef d’accusation pèse beaucoup contre vous »
Aaron : « donc ce sera dur »
Réginald : « le procès n’est pas encore terminé. Ne perdez pas la foi »
Hermann (à Aaron) : « il a raison, ne perdez pas la foi »
Aaron (à Réginald) : « c’est qui, ce type ? »
Réginald (à Aaron) : « je vous présente mon patron, Hermann »
Aaron et Hermann se serrent la main. Aaron se précipite vers sa fille, les retrouvailles sont chaleureuses. Pendant ce temps, Réginald et Hermann discutent.
Hermann : « j’ai une idée pour avoir l’avantage, mais c’est également un risque à prendre »
Réginald : « au point où on en est, je n’ai pas le choix. Je vous écoute »
Hermann : « faites témoigner votre client. Il faut qu’il raconte son histoire »
Réginald : « pourquoi ? »
Hermann : « il faut que les jurés se fassent leur propre idée d’un type qui a le monde entier pour adversaire. Il n’a pas pu se défendre convenablement il y a douze ans… »
Réginald : « il en a l’occasion maintenant… merci pour cette idée »
Hermann : « on va voir ce qui se passera »
Hermann retourne s’asseoir. Aaron revient près de Réginald. Ce dernier en profite pour lui expliquer l’idée qu’il vient de recevoir.
Réginald : « Aaron, j’ai quelque chose à vous proposer »
Aaron : « dites-moi de quoi il s’agit »
Réginald : « vous devez aller à la barre »
Aaron : « quoi ? Mais… »
Réginald : « c’est risqué, mais c’est utile pour que les jurés se fassent leur avis sur la question de votre culpabilité en écoutant votre histoire à vous »
Aaron : « c’est la carte que vous avez décidé de jouer maintenant ? Dans ce cas, je vais y aller. S’il le faut pour que mon innocence soit enfin admise… »
Réginald : « vous êtes d’accord ? »
Aaron : « la dernière fois que j’avais demandé à témoigner, mon avocate ne m’avait pas laissé faire. Maintenant que j’en ai l’occasion, je ne vais pas m’en priver »
Réginald : « eh bien, soit »
Le juge revient, le public se lève.
Juge : « l’audience peut reprendre. Maître Princeton, avez-vous quelqu’un d’autre à envoyer à la barre ? »
Réginald : « la défense appelle Aaron Cruz à la barre »
Aaron se lève et marche jusqu’à la barre, puis il s’assied. Ses mains tremblent et son cœur bat la chamade.
Réginald : « monsieur Cruz, racontez-nous votre passé avec Lili »
Aaron : « Lili et moi, on se shootait à la d****e tout le temps. C’est une période de ma vie que je souhaite oublier, mais le passé reste toujours dans le présent à cause des conséquences des actes que nous posons. Cependant, une chose est sûre, je n’ai rien fait à ce gosse »
Réginald : « pourtant vous avez été accusé de meurtre »
Aaron : « je n’ai jamais tué qui que ce soit. J’ai essayé de sauver la peau de ce garçon »
Réginald : « comment ça ? »
Aaron : « Lili et moi avions envie de manger, alors nous sommes sortis pour se chercher un en-cas. C’est là qu’on l’a vu, un gosse couché par terre, sur le trottoir. Il était couvert de sang. Lili a eu peur, alors elle est restée en retrait. Moi, j’ai un enfant, vous comprenez ? Alors je n’ai pas hésité, je me suis approché. Il avait besoin d’aide, j’ai demandé à Lili d’appeler les
secours. Mais, pour le garçon, c’était déjà trop tard. J’ai vérifié son pouls, il n’y avait que dalle
comme battement. Je suis resté près du corps jusqu’à ce que la police arrive, et sans que je ne m’en rende compte, on m’a arrêté et j’ai été inculpé pour un meurtre et plus tard condamné à mort »
Réginald : « aviez-vous une famille avant d’aller en prison ? »
Aaron : « oui, j’étais marié, je suis père d’une fille. Ma femme m’a quitté un an après
que j’ai été condamné. Elle me disait que c’était trop dur à supporter »
Réginald : « et votre fille ? La voyez-vous souvent ? »
Aaron (les larmes aux yeux) : « non, je n’ai pas vu ma fille depuis plus de dix ans. C’est grâce à vous que j’ai pu la serrer dans mes bras aujourd’hui, elle est assise là »
Réginald : « Aaron, qu’aimeriez-vous qu’elle sache lorsqu’elle vous regarde maintenant ? »
Aaron (se met à pleurer) : « je voudrai qu’elle sache que j’ai certes perdu douze ans pour
un crime que je n’ai pas commis, mais je ne regrette pas d’avoir été emprisonné si cela m’a permis de la retrouver et d’arrêter de me droguer. Je refuse de mourir avec l’idée que ma fille me considère comme un tueur »
Réginald : « ne vous inquiétez de rien, elle n’a certainement pas cette idée en tête. Monsieur le juge, je n’ai pas d’autres questions »
Réginald retourne à sa place, Sanders se lève.
Sanders : « votre honneur, nous nous réservons le droit d’interroger l’accusé. Mais, puisque monsieur Cruz prétend souffrir d’avoir été séparé de sa fille, je voudrai faire venir la mère de la victime, Eva Ankara, à la barre »
Aaron Cruz se lève et retourne à sa place tandis qu’Eva se dirige vers la barre.
Sanders : « madame Ankara, je vous remercie d’avoir accepté de venir ici. Je n’ose pas imaginer ce que vous traversez depuis des années. Que pouvez-vous dire à propos de votre fils ? »
Ankara : « qu’y a-t-il d’autre à dire… à part que Van était tout pour moi. Il était gentil, attentionné, il était plein d’humour et plein de vie. C’était mon rayon de lumière dans ce monde obscur, mon petit enfant »
Sanders : « vous l’aimiez de tout votre cœur, ça se voit »
Ankara : « bien sûr que je l’aimais. Je lui demandais de faire attention avant de traverser la route, de ne pas se hâter d’entrer dans le monde des filles et d’aller à l’école afin d’être un intellectuel capable de fonder une famille plus tard… famille qu’il n’aura pas pu fonder au final
parce qu’il a été assassiné par un homme sans foi ni loi. Je le mettais en garde contre la d****e, l’alcool, toutes ces choses, vous comprenez ? Cette nuit-là, je me suis assise à l’extérieur, je l’ai attendu. Mais il ne rentrait pas »
La jeune mère éprouvée se met à pleurer.
Sanders : « et finalement il n’est jamais rentré »
Ankara : « et je me fous éperdument de ce que cette junkie avait à dire dans cette affaire. On a retrouvé cet animal puant à côté de mon petit garçon, il avait plein de sang dans les mains. Il m’a pris ma raison de vivre en un instant. Pour quelle raison a-t-il fait cela ? Facile à deviner, c’est un drogué »
Sanders : « que pensez-vous de ce qu’il a dit devant les jurés tout à l’heure ? »
Ankara : « il parle de seconde chance avec sa famille, et la mienne alors ? Mon petit
garçon… cette nuit-là, il a détruit ma vie en m’enlevant mon enfant. Aurais-je une seconde chance ? Ai-je même d’abord pu profiter de la première chance ? Non, par sa faute »
Sanders : « je n’ai pas d’autres questions, monsieur le juge »
Sanders se retire, laissant la place à Réginald.