La guerre est déclarée

1779 Mots
Mathis Johnson Quand Lucia m'a dit que le petit n'était pas mon fils, ça m'a touché beaucoup plus que je l'aurais imaginé. J'ai senti mon estomac se nouer. Mes jambes vacillent. Comme si le sol sous mes pieds s'effondrait d'un coup. Je ne sais pas pourquoi, mais une part de moi avait espéré... Peut-être que c'était un instinct, ou juste cette envie irrépressible de me raccrocher à quelque chose, à une responsabilité, à un futur que je ne m'étais même pas sûr que c'était à envisager. Mais cette vérité, lancée avec tant de froideur par Lucia, me brisait. Je ne pouvais rien dire. J'étais figé, la gorge sèche, incapable de trouver les mots, de poser d'autres questions ou même d'émettre un son. Ce n'était pas seulement la douleur de la révélation. C'était cette sensation d'échec, de vide, la perte d'une illusion que je n'avais même pas réalisé que j'entretenais. Ce soir-là, en rentrant à la maison, c'était le bordel dans ma tête. La journée avait été longue, et tout ce dont j'avais envie, c'était d'un peu de tranquillité dans ma maison. Mais quand Maëlle s'est approchée pour m'embrasser, mon corps a réagi avant même que mon esprit ne le réalise. J'ai esquivé son b****r, un geste presque instinctif, comme si quelque chose en moi avait pris le dessus. Aussitôt, je me suis rattrapé, inclinant la tête pour l'embrasser, mais c'était trop tard. Elle avait tout remarqué. Son regard s'est immédiatement assombri, et pour avoir vécu avec elle, je savais que ça allait dégénérer. - Qu'est-ce que c'est que ça Mathis ? M'a-t-elle lancé, ses yeux déjà remplis de reproches. Je soupirai, tentant de désamorcer la situation. - C'est rien, Maëlle, je suis juste fatigué... - Fatigué ! En une même journée, tu me fais passée pour une moins que rien face à ton ex femme, tu me mens effrontément, tu me rejettes et tu oses me dire que tu es juste fatigué ? Qu'est-ce qui ne va pas avec toi, Mathis ? Elle n'entendait rien de ce que je disais. Bien au contraire, à mesure que que je m'efforçais de m'expliquer, j'empirais les choses sans le savoir. Alors, je me suis alors contenté de ne rien ajouter d'autres que "je suis désolé", espérant que cela suffirait pour qu'elle comprenne que ce n'était rien de plus qu'un mauvais moment. Mais Maëlle était déjà en pleine crise. - Je t'ai tout donné, Mathis ! Je suis enceinte de ton enfant et c'est comme ça que tu me traites ? Où est ce que j'ai échoué Mathis ? C'était toujours comme ça avec Maëlle. Elle s'emportait rapidement, et moi, je devais subir sa colère. Et maintenant qu'elle était enceinte, c'était pire. Mais ce soir, je n'avais pas la force. Au bout d'un moment, j'ai senti que ma patience se brisait. - Tu sais quoi Maëlle ? On va s'arrêter là pour ce soir. On en reparlera demain. Je vais dormir dans la chambre d'amis. Je ne lui ai pas laissé le temps de répondre. J'ai quitté la pièce, refermant doucement la porte derrière moi. Dans le couloir, mes pas résonnaient doucement, écho de ma fatigue et de ma lassitude. Une fois dans la chambre d'amis, je me suis allongé sur le lit sans même prendre le temps de me déshabiller. Le silence était apaisant, loin des cris et des reproches. La nuit a été longue et agitée. J'ai repensé à tout ce qui s'était passé ces derniers mois, à la grossesse de Maëlle, à ma rencontre avec Lucia ce jour-là à l'aéroport, à ce que j'ai ressenti lorsque j'ai perçu cet homme à ses côtés et ce petit garçon dans ses bras. Puis j'ai pensé à tout ce que j'ai vécu lorsque Lucia avait divorcé de moi pour partir avec un autre. Maëlle avait été d'une grande aide pour m'aider à surpasser tout ça. Rien que pour ça, je sais que j'ai été injuste avec elle. Le matin venu, considérant que j'avais réagi de manière stupide, je pris la résolution de m'excuser. Alors, après m'être douché, je suis passé dans le jardin cueillir des fleurs, descendis pour le petit-déjeuner. Je l'ai trouvée assise à la table dans la cuisine. Ses yeux ont rougis, mais son visage est plus calme. Un soupir de soulagement m'échappa. Peut-être que ce matin, les choses seraient différentes, me suis je dis. - Maëlle, je suis désolé pour hier soir. J'avais dans mes mains le bouquet de fleurs que j'avais concocté rapidement avec les branches de fleurs que j'ai cueillies. - J'ai mal réagi. J'étais fatigué. Mais ça ne me donnais pas le droit de ne pas prendre en considération tes ressentis. Je peux t'assurer que je ne voulais pas te blesser. Elle regarda les fleurs un moment. Son visage se détend lentement. Elle hocha la tête. Puis, elle récupère le bouquet sans un mot. Après un moment de silence, je m'approchai et lui pris la main. - Pourquoi on ne ferait pas quelque chose de bien aujourd'hui ? On pourrait commencer à préparer la chambre du bébé, qu'est-ce que t'en dis ? Ses yeux se sont illuminés légèrement à cette proposition. Elle avait tellement hâte d'aménager cet espace, de le rendre parfait pour l'arrivée de notre enfant. - Oui, pourquoi pas, dit-elle enfin, avec un demi-sourire. C'était un petit pas, mais c'était un pas vers la réconciliation. Je n'aimais pas me prendre la tête. Et ce n'était pas bien pour elle non plus de rester en colère contre moi au risque d'accumuler du stress inutile. Nous avons passé la journée à assembler les meubles dans un délire inhabituel entre nous. Pendant quelques heures, il n'y avait plus de crises, plus de reproches. Juste nous, à préparer l'avenir. Maëlle Johnson Spencer Le décalage entre ce que je ressentais et ce que je vivais auprès de mon mari s’installait chaque jour un peu plus. Mathis avait beau avoir tenté de se rattraper avec des fleurs, je savais que ce n'était qu'un pansement sur une plaie béante. Il était là, physiquement, mais son esprit semblait errer ailleurs, et cela me déchirait. Au fil de la semaine, l’angoisse continua de grandir en moi. J’avais besoin de réponses, et c’est pourquoi j’ai décidé d’attendre Lucia à la sortie de l’hôpital. Elle devait comprendre que je ne laisserais pas Mathis entre ses griffes. Lorsque j’ai aperçu Lucia à la sortie de l’hôpital, un frisson m’a parcouru tout le corps. Elle était élégante, comme toujours, avec ses cheveux soigneusement coiffés et sa tenue parfaitement choisie, un mélange de sophistication et de désinvolture. Ses yeux, perçants et pleins d’assurance, avaient ce petit éclat qui trahissait son amusement. Je pouvais presque sentir l’arrogance émaner d’elle. Comme si elle savait déjà qu’elle était en position de force. Elle était devenue cette femme qui ne se laissait pas facilement intimider. Et cette certitude en elle me rendait nerveuse. Je savais que notre rencontre ne serait pas facile. J’ai pris une profonde inspiration, et j'ai crié son nom. - Lucia ! Elle s’est arrêtée,un peu surprise. - Maëlle ? Qu'est-ce que tu fais ici ? - J'avais besoin de comprendre une chose. A quoi tu joues ? Lucia a levé un sourcil, l'air à la fois amusé et curieux. Elle croisa les bras, comme si ma question l'intriguait davantage que je ne l'aurais pensé. - A quoi je joue ? C'est une question intéressante, répondit-elle d'une voix tranquille. Et pourquoi devrais-je répondre à ça ? Sa posture, à la fois détendue et dominante, me déstabilisait. - Parce que tu es là à courir après un homme marié. Et tu sais très bien que ça ne se passe pas comme ça. J'ai l'impression que tu re crois dans tes droits de manipuler tout le monde autour de toi, y compris mon mari. Lucia se pencha légèrement en avant, un sourire énigmatique sur les lèvres. - Manipuler ? C'est un grand mot. Peut-être que je suis simplement... stratégique. Un peu comme... toi. Sa réponse me frappa comme une claque. Mais, je n'allais pas me laisser faire. - Je suis ici pour te prévenir très chère. Tu ferais mieux de prendre cela en considération. Éloigne-toi de Mathis. Nous essayons de construire une relation harmonieuse. Et je ne te laisserai pas tout gâcher. Lucia a esquissé un sourire moqueur. - Tu penses vraiment que tu es en position de me menacer ? Je ne suis pas une proie facile. Je me suis approchée les poings serrés. - Je ne blague pas. Si tu continues à l'importuner, tu vas le regretter. Elle fit un pas vers moi, défiant. - Regretter ? Oh, je suis impatiente de voir ce que tu peux me faire. Sache une chose mon vieille amie. Je suis au courant de quelque chose qui te concerne. Mon cœur s’accélère. - Quoi donc ? Elle prit un air satisfait. - L'enfant que tu attends… ce n'est pas celui de Mathis, n'est-ce pas ? Sa voix était glaciale, presque triomphante. Ces mots m’ont laissée sans voix, un choc si brutal que j’en ai perdu le fil. Un silence lourd s'est installé. J'étais figée, incapable de répondre. Comment savait-elle cela ? - Qu... Pardon ! Tu m'insultes maintenant ? - Tu croyais vraiment que ton secret était bien gardé ? - Ne me cherche pas Lucia, je le défie du regard. Lucia s'est rapprochée. - Toi, ne me cherche pas. La boule dans ma gorge s'est resserrée. - Si tu crois que tu peux détruire ma vie en t'immisçant entre nous, tu te trompes. Mathis et moi avons une vie de couple épanouie, et je ne vais pas laisser quelqu’un comme toi tout gâcher. - Si épanoui, qu'il est venu me questionner si mon enfant était le sien. Toi qui es si intelligente Maëlle, que crois tu que cela pourrait signifier ? Je déglutis. Incapable de réagir. - Tu n'es pas la seule à avoir des secrets dans ce couple. Et mon enfant, lui au moins... Elle me fit un clin d'œil. Et mon esprit refuse d'interpréter ce qu'elle était entrain de me confier à l'instant. - Fais ce que tu veux, dis-je d'une voix tranchante. Mais rappelle-toi juste d'une chose, je suis là pour rester. Si tu es prête à tout, je le suis aussi. - Ton homme ne m'intéresse pas Maëlle. Cela dit, tiens un peu mieux sa lesse. Il me suis comme un... Oups ! Fit elle en portant une main à sa bouche. Lucia est partie, me laissant avec un mélange de rage et de peur. Cette confrontation m’avait épuisée, mais elle m’avait aussi fait comprendre que je devais protéger ce que j’ava is construit avec Mathis quoiqu'il m'en coûte. Et une chose était sûre, la guerre venait d'être déclarée.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER