Karma

1825 Mots
Lucia Monica J. Fabien Je m'avançai, tentant de masquer mon trouble. Dr Bounce semblait ignorer mon inconfort, et cela ne faisait qu’accentuer ma frustration. J'avais toujours pensé qu'elle avait un certain respect pour mon travail, pour mes efforts. Comment avait-elle me confronter à Mathis sans me prévenir au préalable ? Cela me donnait l'impression qu'elle ne tenait pas compte de mes sentiments. Mathis, de son côté, affichait une expression indéchiffrable. Je ne savais pas comment réagir face à lui. Après ce qui s'était passé au gala, le voir là, confortablement installé, ne faisait qu’intensifier mon malaise. La Dr Bounce, avec son sourire apaisant, tenta de briser la glace. - Lucia, écoute, Mathis a demandé à s'entretenir avec toi, elle commence assez vaguement. - Et vous m'avez trainée ici supposant que mon avis comptait pour du beurre. - J'avais pensé que vous deviez discuter entre vous pour… arranger... Ou du moins clore ce chapitre… La rage montait en moi, brûlante, irrationnelle, et pourtant justifiée. Je la regardai droit dans les yeux, espérant qu’elle comprenne à quel point j’étais furieuse. Mais à la place, elle essaya de se justifier, tentant de faire passer cette rencontre pour quelque chose de bienveillant, de presque nécessaire. Je la coupai, incapable d’entendre une excuse de plus. - Et moi, je pensais que je pouvais vous faire confiance. Mais là, vous m’avez tendu un piège. Vous saviez à quel point c’était compliqué pour moi. Que mon histoire avec cet homme... Son visage se ferma légèrement au moment où je mentionne Mathis. Elle soupira, baissant les bras comme si elle réalisait à peine qu'elle n’aurait pas dû . - Je suis désolée, Lucia. Sans un mot de plus, elle quitta la pièce, nous laissant seuls. C’était inconcevable qu’elle m’ait atirée ici pour rencontrer Mathis, sans me prévenir, sans se soucier de l’impact que cela aurait sur moi. J’avais cru, naïvement, qu’elle avait au moins un minimum de respect pour ma situation. Mais non, apparemment, mon bien-être n’était qu’un détail secondaire dans son esprit. Le silence entre Mathis et moi était pesant, presque suffocant. Je pouvais sentir son regard sur moi, comme s’il essayait de décoder mes pensées, de percer mes défenses. J’évitais son regard, me concentrant sur les livres soigneusement rangés sur l’étagère derrière lui. Et puis, sa voix rompit le silence. Froide, directe, comme si c’était la seule chose qui comptait pour lui. - Juan Camillo… Est-ce mon fils ? Les mots résonnèrent dans mon esprit comme un écho douloureux. Mon cœur fit un bond, se serrant sous le poids de sa question. Une question que j’avais redoutée, que j’avais évitée, mais qui, maintenant, me frappait avec une intensité dévastatrice. Je le regardai, la gorge nouée, sentant la rage et la douleur se mélanger en moi. Il était là, face à moi, avec sa question à la c*n, demandant des réponses que je n’étais pas prête à donner. Les souvenirs, les émotions, tout se précipitait en moi comme un torrent inarrêtable. Je pris une profonde inspiration, essayant de ne pas laisser la colère prendre le dessus. Sa question flottait toujours dans l'air, lourde et chargée d'émotions. Juan Camillo… Mon fils. Mon bébé. Celui que j'ai élevé, nourri, protégé... Et maintenant, Mathis voulait des réponses. Et que croit il ? Que je vais lui fournir l'occasion de s'immiscer dans notre vie ? Je croisai son regard, plantant mes yeux dans les siens et je laissai tomber la réponse qu’il est venu chercher. Une réponse qui, je l’espérais, mettrait fin à cette confrontation. - Non, Mathis. Juan Camillo n’est pas ton fils. C'est celui que j'ai eu avec Emi. Tu sais, Emiliano Vargas. 1,80 environ, yeux verts, regard intimidant... Tu vois qui c'est, non ? Il resta silencieux, ses traits figés. Pour la première fois, son masque impassible se fissura légèrement. Je pouvais voir l'ombre d'une émotion traverser son visage, mais il s'efforça de la cacher. - Pas mon fils ? Répéta-t-il lentement, comme s’il avait du mal à comprendre. Je pris une nouvelle inspiration, sentant le poids de mes paroles, mais déterminée à maintenir ma position. - Et ouais. D'ailleurs, pourquoi je te réponds même ? Tu as perdu le droit de poser cette question à la minute où tu... Tu sais quoi ? Juan Camillo a un père, et ce n’est pas toi. Dieu merci. Il serra les poings, mais ne dit rien. Je pouvais sentir sa frustration. Mais, cela ne changeait rien à ma détermination. J’avais pris ma décision il y a longtemps. Il n’avait pas sa place dans cette histoire. Maëlle Johnson Spencer Je ne pouvais pas croire que, parmi tous les hôpitaux de cette f****e ville qu'on aurait pu choisir pour mon suivi de grossesse, Mathis m'ait amenée dans celui où son ex-femme avait travaillé. J'avais même oublié cette partie là quand j'ai commencé dans mes premiers mois. Et visiblement elle avait repris du boulot. Depuis quand ? Va savoir. Elle était là, avec son air professionnel, mais je pouvais sentir sa suffisance. Et le moins que l'on puisse dire, elle en impose par sa présence maintenant. Ce n'est plus cette fille à l'allure inoffensive d'avance. Mathis, de son côté, s'est figé, comme s'il avait perdu tous ses moyens. L'intensité avec laquelle il la dévisageait, comme s’il voulait retourner dans le passé, ça m’a f****e en rogne. J’étais là, à côté de lui. C'était à peine s'il s'en souvenait. Jamais, il ne m'a regardé de cette façon. Même avant ce foutu mariage de m***e avec Lucia. Je ne pouvais pas m'empêcher de ressentir une pointe de jalousie. Je savais qu’il avait fini par tomber amoureux d'elle. Mais j'avais espéré que le fait qu'il a su qu'elle l'ait trompé et ait eu un enfant avec un autre aurait changé quelques choses. Et cette... rencontre imprévue me confirmait le contraire. Il n'était pas allé vers elle. Mais c'était tout comme. Je le voyais se crisper, ses traits se durcir alors qu'il essayait de masquer son trouble. Je pouvais presque entendre le battement de son cœur à travers le silence qui s'était installé. Il s'est littéralement écrasé face à elle. Je me suis sentie comme une intruse parmi eux. J'ai tenté de garder mon calme, mais la frustration montait en moi. Depuis le retour de cette femme, Mathis avait pris cette habitude de se laisser happer par son passé, que ça donnait l'impression que je n'étais que la femme avec la bague et non son épouse. Ce matin en me réveillant, je n’aurais jamais cru que cette journée puisse se terminer de manière aussi… sordide. La consultation s’était bien passée, enfin, aussi bien que ça pouvait se passer après ce moment gênant avec Lucia. Mais quelque chose me rongeait, comme une sorte de pressentiment. De retour à la maison, Mathis s’était montré distant. Il avait à peine parlé pendant le trajet. Les yeux fixés sur la route, il était perdu dans ses pensées. J’avais essayé de briser le silence à plusieurs reprises, mais tout ce que j’obtenais, c’était des réponses monosyllabiques. A peine rentrés, il s’est rapidement éclipsé, m’embrassant du bout des lèvres. - Je dois passer au bureau. J’ai des trucs à terminer, ça risque de prendre du temps, m’a-t-il dit, le regard fuyant. - D’accord… Fais attention à toi, répondis-je, bien que j’aie eu envie de lui hurler dessus. Parce que franchement, qui allait croire à cette excuse bidon après ce qu’il s’était passé aujourd'hui ? Je l’ai regardé quitter la maison, le cœur lourd. Incapable de me sortir de la tête qu'il se foutait de moi actuellement. Quelques heures plus tard, après avoir vainement essayé de me calmer avec un thé, j’ai cédé à l'envie de vérifier s’il était vraiment au bureau. J’ai donc appelé sa secrétaire. - Bonjour ! C'est Maëlle. Je voudrais parler à mon mari. Depuis ce matin je n’arrive pas à le joindre. Elle a hésité une fraction de seconde avant de répondre. - Madame, votre mari n'est pas venu travailler aujourd'hui. Le monde s'est arrêté. Je l'avais senti, au fond de moi. Une intuition désagréable que je tentais de réprimer depuis la consultation. Finalement, j'avais vu juste. Je l’ai remerciée. Puis, j'ai raccroché. J’ai fixé mon téléphone un instant. Mon énorme ventre m’étouffait presque, me rappelant que je portais l’enfant de cet homme qui n'avait aucune scrupule pour me mentir. C'est dans ces moments que je regrette d'être tombée enceinte. Je l’ai appelé. Il decrocha à la troisième sonneries. - Mathis, où es-tu ? Demandai-je en essayant de garder mon calme. - Je suis au bureau, répondit-il du sans la moindre hésitation dans la voix. J’ai senti mon cœur se serrer. J’inspire profondément. - Ah, vraiment ? Pourtant ta secrétaire m'a assuré le contraire. Silence. Un silence écrasant, lourd de sens. Puis il a fini par lâcher, d'une voix crispée : - Maëlle, tu n’as pas à appeler mon bureau pour vérifier où je suis. Ça devient… malsain. Malsain ! J'explose de rire. Non, mais, il se fout de qui ? - Malsain ? Tu es sérieux, Mathis ? Depuis ce matin, tu es distant, tu me mens, et tu oses dire que c’est moi qui deviens malsaine ? Où est-ce que tu es, Mathis ? Tu es avec elle, c’est ça ? Tu es avec Lucia, n’est-ce pas ? Le silence se fit plus long cette fois. Mon cœur battait à tout rompre, chaque seconde me confirmant ce que je refusais d’admettre. Je m’effondrai sur le canapé, posant une main sur mon ventre comme pour me rappeler pourquoi je devais rester calme. Finalement, il reprit, plus doux cette fois, l'air terriblement coupable : - Maëlle… Écoute, ce n’est pas ce que tu crois. J’avais juste besoin de... réfléchir. - Réfléchir ? Tu te fous de moi, Mathis ? Réfléchir à quoi ? A ce que tu ressens pour elle ? Je t'ai vu la dévisager comme si elle était encore la femme de ta vie. Tu ne m'as jamais regardée de cette façon. Jamais. Et maintenant tu vas me dire que tout ça, c’est dans ma tête ? - Arrête, soupira-t-il. Arrête, Maëlle. C’est toi que j’aime. Lucia et moi, c’est du passé. Je secouai la tête, mes larmes coulant malgré moi. - Alors pourquoi je te sens si loin de moi ? Pourquoi je me sens... si seule, Mathis ? J’attendis une réponse, mais rien ne vint. Rien. Une partie de moi espérait encore qu'il dirait quelque chose pour me rassurer, mais ce silence en disait long. Trop long. Je raccrochai. Le téléphone tomba de ma main tandis que je me laissai aller, le visage enfoui dans mes mains, ma respiration saccadée. L’air semblait manquer dans la pièce, chaque inspiration me faisait mal, comme si je respirais des éclats de verre. Puis, comme si j'étais boostée par une force venue d'ailleurs, j’essuyai mes larmes et me redressai. Je ne pouvais pas laisser cela arri ver. J'ai trop donné pour réussir à devenir madame Johnson pour tout laisser me filer entre les mains.
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