Je me réveille avec un mal de tête, les mots de mon père résonnant encore dans mon esprit. Hier, ma dispute avec lui a été un désastre. Il n’a pas cédé d’un pouce, et je me sens encore plus coincée. Je m’assois sur mon lit, les rayons du soleil de Madrid filtrant à travers les rideaux de ma chambre. Ma gorge est sèche, mon cœur lourd. Je ne veux pas de cette vie, de ce mariage avec Alejandro de la Vega, cet homme qui me donne des frissons de colère rien qu’en pensant à lui. Mais aujourd’hui, je vais essayer une nouvelle approche. Je vais parler à mon père, calmement cette fois, et peut-être trouver un moyen de négocier. Il doit bien y avoir une autre solution pour sauver son entreprise.
Je descends dans son bureau après le petit déjeuner. L’odeur du café de la cuisine flotte encore dans la maison, mais ici, dans cette pièce sombre, c’est l’odeur du pouvoir qui domine. Mon père est assis à son grand bureau en bois, des papiers étalés devant lui. Il lève à peine les yeux quand j’entre.
— Papa, je peux te parler ? dis-je, en essayant de garder ma voix douce.
Il soupire, pose son stylo et me fait signe de m’asseoir. Je prends la chaise en face de lui, les mains serrées sur mes genoux. Je dois rester calme, même si j’ai envie de crier.
— Je sais que l’entreprise va mal, commencé-je. Mais il doit y avoir un autre moyen. On peut vendre des parts, trouver un autre investisseur, n’importe quoi sauf ce mariage.Il me regarde, ses yeux froids comme toujours. Il tapote le dossier devant lui, celui qu’il avait déjà mentionné l’autre jour. Ça me rend nerveuse.
— Isabella, tu ne comprends pas, dit-il, la voix dure. Ce n’est pas juste une question d’argent. C’est une question de pouvoir, d’alliance. Alejandro de la Vega n’est pas seulement un investisseur. Son nom, ses connexions, c’est ce qui va sauver notre famille. Sans lui, on perd tout.
Je secoue la tête, frustrée. Toujours ces histoires de pouvoir ! Je me fiche de son empire, de son nom. Je veux juste être libre.
— Et moi, dans tout ça ? demandé-je, la voix tremblante. Tu te fiches de ce que je veux ? De mes rêves ?
Il se penche en avant, ses mains croisées sur le bureau.
— Tes rêves ne paieront pas les dettes, Isabella. Tu es jeune, tu es naïve. Ce mariage est la meilleure chose pour toi, même si tu ne le vois pas encore.
Je sens la colère monter, mais je me force à respirer. Je ne veux pas exploser, pas cette fois. Je change de tactique.
— D’accord, dis-je, en croisant les bras. Montre-moi le contrat. Si je dois vraiment faire ça, je veux savoir exactement ce que ça implique.
Il fronce les sourcils, surpris. Je crois qu’il ne s’attendait pas à ça. Pendant un instant, je pense qu’il va refuser, mais il finit par ouvrir le dossier et en sortir une liasse de papiers. Il les pousse vers moi, comme un défi.
— Lis, si tu veux. Mais ça ne changera rien.
Je prends les feuilles, mes mains tremblent un peu. Les mots sont compliqués, pleins de termes juridiques que je ne comprends pas vraiment. Mais je force mes yeux à parcourir les lignes, cherchant quelque chose, n’importe quoi, qui pourrait me donner une issue. Le contrat est long, avec des clauses sur l’entreprise, des chiffres astronomiques, des parts à transférer. Puis, je tombe sur une section qui me glace.
— C’est quoi, ça ? demandé-je, en pointant un paragraphe. « En cas de divorce ou de rupture avant cinq ans, Isabella Morales renonce à tout droit sur l’héritage familial et devra rembourser une somme équivalente à l’investissement initial. »
Mon père ne répond pas tout de suite. Il se contente de me fixer, comme s’il attendait que je comprenne toute seule.
— Ça veut dire quoi ? insisté-je, la voix plus aiguë. Que si je divorce, je dois payer des millions ? Avec quel argent ?
— Exactement, dit-il enfin. C’est une garantie pour Alejandro. Il investit dans notre entreprise, mais il veut s’assurer que ce mariage dure. Si tu pars, tu nous ruines tous.
Je repose les papiers, le souffle coupé. C’est pire que ce que je pensais. Ce n’est pas juste un mariage arrangé, c’est une prison. Si je m’enfuis, si je divorce, je perds tout, et je mets ma famille dans une dette impossible à payer. Je sens les larmes monter, mais je les ravale. Pas question de craquer devant lui.
— Tu savais ça, et tu m’as rien dit ? murmuré-je, blessée.
— Tu n’avais pas besoin de savoir avant, répond-il, comme si c’était normal. Maintenant, tu comprends pourquoi tu n’as pas le choix.
Je me lève, les jambes tremblantes. Je veux hurler, casser quelque chose, mais je me contente de serrer les poings.
— T’es un monstre, dis-je, les dents serrées. Comment tu peux me faire ça ?
Il ne répond pas. Il reprend son stylo et se remet à écrire, comme si je n’étais plus là. Je sors du bureau en claquant la porte, le cœur battant à tout rompre. Dans le couloir, je m’appuie contre le mur, essayant de respirer. Ce contrat, c’est une chaîne autour de mon cou. Je ne peux pas m’enfuir, pas sans tout perdre. Mais je ne peux pas non plus accepter de vivre comme ça, mariée à un homme que je déteste, prisonnière d’un accord qui me vole ma vie.
Je retourne dans ma chambre et attrape mon téléphone pour appeler Maria. Elle répond tout de suite, sa voix pleine d’inquiétude.
— Isabella, ça va ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
Je lui raconte tout : le contrat, la clause, la menace de tout perdre. Elle reste silencieuse un moment, puis elle explose.
— C’est n’importe quoi ! Ton père peut pas te faire ça ! C’est, genre, du chantage !
— Je sais, dis-je, la voix cassée. Mais je vois pas comment m’en sortir. Si je pars, je perds tout. Si je reste, je perds ma liberté.
— On va trouver une solution, dit-elle, déterminée. Peut-être qu’on peut parler à un avocat, ou trouver un moyen de casser ce contrat.
Je soupire. Un avocat ? Avec quel argent ? Et puis, mon père a des contacts partout à Madrid. Il saurait tout de suite si j’essayais quelque chose. Mais l’idée de Maria me donne un peu d’espoir. Peut-être qu’il y a une faille dans ce contrat, un détail que je peux utiliser. Je décide de le relire, de le décortiquer. Je retourne dans le bureau de mon père plus tard, quand il est sorti pour une réunion. Le dossier est toujours sur son bureau. Je le prends, le cœur battant, et je retourne dans ma chambre pour l’étudier.
Les mots sont toujours aussi compliqués, mais je note tout ce qui me semble important. Il y a des clauses sur l’entreprise, sur l’argent qu’Alejandro investit, sur les parts qu’il recevra. Mais c’est cette clause sur le divorce qui me hante. Cinq ans. Cinq ans à vivre avec un homme que je ne supporte pas, sinon je perds tout. Je me demande ce qu’Alejandro gagne vraiment dans tout ça. Pourquoi il veut ce mariage ? Il doit y avoir autre chose, un secret, une raison cachée.
Je passe l’après-midi à réfléchir, à chercher des idées. Peut-être que je peux parler à Alejandro directement, le convaincre de rompre ce contrat. Mais l’idée de le revoir me donne la nausée. Je me souviens de son sourire au dîner, de son regard qui semblait me défier. Il sait qu’il a le pouvoir, et ça me rend folle.Ce soir-là, je m’endors avec le contrat sur ma table de nuit, les pages marquées de post-it. Je rêve de chaînes, de cages, d’une porte qui ne s’ouvre jamais. Mais au fond de moi, une petite flamme brûle encore. Je ne vais pas abandonner. Pas encore. Ce mariage est peut-être une obligation, mais je vais trouver un moyen de me battre. Alejandro de la Vega, tu ne sais pas à qui tu as affaire.