Jouons : un mot pour un autre.-1

2012 Mots
Jouons : un mot pour un autre. –Hello Myriam ! Je t’attendais, j’ai hâte de connaître enfin tes étudiants ! –Oui, Sonia, j’ai enfin réussi ! Ils vont arriver dans un moment, ça leur faisait plaisir d’être invités dans une maison Parisienne… Ils sont tous ravis de se retrouver ici pour participer à ta recherche. En fait je les avais rencontrés l’an dernier au Pavillon International de la cité U. On se voyait souvent à la cafétéria avec d’autres jeunes et j’ai eu le temps de te sélectionner ceux qui seraient les plus intéressés, les plus désireux de se cultiver. Je suis sûre qu’ils pourront correspondre à ce que tu recherches, je leur ai demandé s’ils étaient d’accord pour participer à une petite épreuve, un genre d’échange dialectique chez une amie qui préparait une thèse importante en sociologie. –Tu ne leur as pas dévoilé qu’il s’agissait de religion j’espère, s’inquiète Sonia. –Mais non voyons ! Je les connais bien, tu verras, ils s’intéressent à tout, ils lisent beaucoup, fréquentent les expositions à Paris, les musées, et ils sont tous sérieusement plongés dans leurs études : il y a Marjorie et Jérémie qui sont à Garancière, c’est l’école dentaire dans le quartier latin, Youssouf, et David sont en 4e année de médecine, et Romain, lui c’est le scientifique passionné, il se retrouvera j’en suis sûre, dans les hautes sphères de la recherche biologique. D’après mon enquête, ils n’ont jamais ouvert le Coran. Et comme tu m’avais bien avertie de ne pas aborder avec eux le sujet de la religion, pour ne pas les mettre sur la voie, j’ai donc été obligée de les laisser dans le flou concernant le thème de notre réunion chez toi. Du reste, moi-même je suis dans le brouillard ! Tu n’as jamais voulu me révéler de quoi il s’agissait exactement. Mais je vais enfin le savoir quand ils seront là ! Il est temps pour Sonia de lever un coin de voile sur ses intentions. –Tu vas le savoir immédiatement, ma chère Myriam ! Je t’ai dit que je n’ai l’intention ni de les conditionner, ni de les influencer, je désire simplement analyser leur réaction spontanée et instinctive à l’écoute de certains versets d’un livre, ils ne sauront pas qu’il s’agit du Coran. –Oui, je sais, depuis des années c’est ton livre de chevet ! Mais… Qu’est-ce que tu veux que je fasse dans ton expérience ? –Eh bien tu vas m’être très utile répond Sonia, sortant d’un dossier une centaine de petits billets de tailles différentes, à un moment, je te demanderai de leur lire ce que j’ai écrit sur ces petits papiers. Tu vois, dans le livre il est écrit : « Supporte avec patience les discours des infidèles ». –Je suppose donc qu’il faudra leur préciser que dans le livre « les infidèles » ce sont les Juifs et les Chrétiens. –Surtout pas, Myriam ! Il ne faut rien leur dire ! J’ai choisi une trentaine de ces versets, les plus violents contre les Juifs, les Chrétiens ou les athées. Surprise par ces révélations, Myriam sollicite des précisions, pour être sûre d’assimiler correctement la marche à suivre : –Mais alors, on ne leur dira pas non plus que les athées, ne sont pas nommés dans le Coran, qu’on les appelle les idolâtres, les mécréants, les pervers ? –Exactement insiste Sonia, on ne leur dit rien du tout ! Du moins, pas avant la fin. –Ah ! Je commence à comprendre, s’exclame Myriam enfin convaincue d’avoir saisi ses intentions, ça fait partie de ton expérience ? –Oui ! Et c’est très simple : puisque ces versets violents vis-à-vis des non Musulmans ne semblent choquer personne, puisque personne ne réagit, personne ne dénonce publiquement ces paroles de haine, vis-à-vis des Juifs et des Chrétiens, ni les attaques sanguinaires vis-à-vis des non croyants athées… –Là tu exagères rétorque Myriam dont la surprise et la réprobation se lisent sur le visage, il y a de plus en plus de personnes courageuses et même des associations et des mouvements qui prennent le risque de rejeter ces écrits. –Mais sois objective Myriam, ils voudraient parler, mais est ce qu’on donne la parole à ces personnes courageuses dans les médias ? Non, ou très peu ! A la radio, à la télé, très peu d’hommes politiques, très peu de personnalités intellectuelles, ont pris la parole officiellement, pour dénoncer ces leçons de haine ! De plus en ce moment on accepte que des imams autoproclamés arrivent de l’étranger pour prêcher aux jeunes élèves dans les écoles coraniques qu’on vient de créer en France. Et eux, oui, eux, on les autorise à prendre la parole ! Myriam convient tout de même que c’est la triste réalité : –Ça c’est vrai, et je n’arrive pas à comprendre ce mutisme imposé par les médias, alors que la liberté d’expression est un des principes supérieurs de notre République ! Elle est même inscrite dans la constitution. Alors qu’est-ce qu’on craint ? –Oh ! Tu sais, l’explication de cette situation coule de source, les raisons sont multiples : Tout d’abord on ne veut pas dénoncer les textes pour ne pas être considérés comme intolérants vis-à-vis des religions, et ne pas stigmatiser l’Islam, et ses 5 ou 6 millions de français Musulmans. De plus, même dans notre pays laïc, on ne peut proférer la moindre critique sur les religions, non par respect de la spiritualité, mais délibérément, par crainte d’être taxé de blasphémateur, provoquer des troubles et perdre alors une force électorale considérable. –Oui, et instinctivement on s’impose un rite, celui de respecter les livres sacrés qui sont devenus en quelque sorte des tabous inviolables ! –Absolument approuve Sonia qui savoure la prise de conscience dont fait preuve son amie, mais il y a beaucoup d’autres raisons à ce silence assourdissant, à cette omerta… Myriam hésite à avancer une autre explication. –Heu ! C’est aussi par indifférence qu’on garde le silence : On ne se sent pas visé on reste dans le confort de ses pantoufles et on ne veut plus rien entendre ! –Oui entre autre ! Mais cette léthargie est due aussi à notre propre ignorance : on a été bercé, depuis toujours, par l’idée que les livres religieux prêchent tous la même doctrine : « l’amour du prochain et la paix sur terre. » Myriam insiste pourtant pour connaître le fin mot de la mise en scène projetée par Sonia. –Et donc, je reviens à ma question : quel rapport avec ta petite expérience ? –C’est tout simple : en lisant à tes jeunes amis les versets violents vis-à-vis des Juifs des Chrétiens ou des athées, pour supprimer chez nos jeunes, tout respect conditionné, toute censure imposée par des réflexes de tolérance, ou toute inconscience du danger qui nous menace, et pour les faire réagir spontanément, j’ai eu l’idée de remplacer dans certains versets que j’ai choisis un mot, un seul mot, par un autre mot qui, lui, les fera bondir j’en suis sûre… Du moins… Je l’espère ! –Et quelle est cette formule magique qui va viscéralement les réveiller interroge Myriam dont la curiosité est à son comble ? –Puisqu’au nom de la tolérance il ne se produit aucune réaction vis-à-vis de ces textes sacrés, confie Sonia, puisqu’on laisse se propager dans ces livres religieux une haine menaçante quand les versets violents concernent les infidèles autrement dit : les Juifs, les Chrétiens, ou les athées, je voudrais donc analyser leur réaction spontanée par la substitution d’un seul mot : sur des billets j’ai recopié certains versets coraniques mais j’ai remplacé le mot « infidèles » inscrit dans le verset, par le mot « Musulmans » et donc, dans mon texte, ce ne sont plus les Juifs les Chrétiens ou les athées qui sont concernés mais ce sont les Musulmans qui seront ciblés. –Effectivement c’est astucieux, s’écrie Myriam qui malgré elle, ne peut retenir une mise en garde de bon sens, mais… Même avec ton tour de passe-passe, je doute fort que tu suscites une réaction de leur part puisque tu viens de le préciser toi-même, au nom de la tolérance, les textes sacrés sont devenus intouchables. –Tu as raison, j’y ai pensé, j’ai tout prévu, et c’est pourquoi, on ne leur dira pas d’où sont extraites ces phrases. Tu me certifies qu’ils n’ont jamais lu le Coran ? –Mais oui sois tranquille, j’ai fait mon enquête et puis presque personne n’a lu le Coran, même parmi les Musulmans ! En somme, j’ai respecté tes directives sans trop savoir quel était ton but, mais maintenant j’ai compris. Comme tu me l’avais demandé, il y a Marjorie qui est Chrétienne, et qui a toutes les qualités d’une bonne Chrétienne, Youssouf lui est m******n pratiquant comme la plupart des Musulmans en France. –Tu en es sûre ? –Oui ! Je le connais bien, il est plongé dans ses études nuit et jour, c’est un garçon passionné de médecine, il n’y a que ça qui compte ! –Et les autres ? –Il y a David qui est Juif, lui en revanche il connaît bien le judaïsme il pratique modérément « les grandes fêtes » comme il dit. Lui aussi c’est un passionné de médecine, il est dans la même promo que Youssouf. Ensuite il y a Jérémie, lui, c’est le bon vivant, il ne se pose pas trop de questions, c’est à peine s’il croit en Dieu, disons qu’il est sceptique, mais il conteste toute religion ! Et enfin, j’ai demandé à Romain de venir, Romain lui, est viscéralement athée. Comme je te l’ai dit, c’est un fanatique de biologie. Il ira loin celui-là aussi ! Voilà j’ai composé un panel bien précis, j’ai hâte de savoir, par ton expérience, si les textes sacrés anesthésient l’esprit critique ! Sonia reste sur ses gardes, tout en espérant que la suite lui donnera raison. –Nous le saurons bientôt ! Parce que ce test devrait en principe me permettre de dénoncer le laxisme, l’apathie ou la complaisance spontanément adoptés dans nos sociétés occidentales au nom d’une tolérance aveugle à l’égard du sacré. Tu vois j’ai couvert tous mes livres de plastique vert, ainsi personne ne pourra savoir de quel livre il s’agit. On sonne alors à la porte. Myriam salue les jeunes à la cantonade. –Hello, bonjour, entrez ! Je vois que vous êtes tous là ! Merci d’être venus ! –Mais Myriam, on vient s’instruire, tout le plaisir est pour nous, s’écrie Marjorie. Une belle table ronde est dressée, les jeunes enlevant leurs manteaux se réchauffent joyeusement au feu de cheminée. –Vous êtes sympas ! Je vous présente mon amie Sonia, elle est chercheur en sociologie, c’est elle qui souhaitait que nous participions à son projet, comme je vous l’ai dit, elle termine une thèse universitaire. –Oui, la base de mon étude repose sur un thème à caractère universel expose Sonia : la liberté de conscience. –La liberté de conscience, relève Marjorie, ce sujet est passionnant et de toute première actualité, il faut simplement être conscient que les médias ont tous pouvoirs sur notre liberté de conscience ! –On en parle à table ? Propose Myriam, mettant à profit cette entrée en matière sympathique. A cette heure-ci vous devez avoir faim ! Le buffet est là, servez-vous, et bon appétit à tous ! Pleins de gaité, les jeunes vont se servir copieusement au buffet. Pendant ce temps, Sonia ne perd pas une minute pour continuer l’exposé du but de cette réunion : –J’ai souhaité rencontrer un groupe de jeunes intéressés par les problèmes sociétaux qui soulèvent des réflexions philosophiques, et j’ai donc demandé à Myriam de me présenter pour mon étude des amis plus ou moins de différentes cultures, de différents milieux, de différentes croyances, de différentes opinions politiques. Youssouf réagit vivement à cet énoncé du plan de travail. –De différentes opinions politiques !!! Vous savez Madame sans vouloir être désagréable, je tiens à être clair sur le fait que je n’ai jamais eu le temps de me consacrer à des sujets comme la politique. –Vous pouvez m’appeler Sonia, propose celle-ci, on est en famille ! David confirme avec courtoisie les réserves formulées par son ami Youssouf : –Oui Sonia, ne comptez pas sur nous pour vous parler politique, Youssouf et moi, on est dans les études jusqu’au cou, et la politique n’est pas notre sujet de prédilection en ce moment ! –Disons que… C’est hors sujet jusqu’à notre diplôme, renchérit Youssouf… Dans quatre ans, on reviendra si vous voulez ! Avant-hier Myriam nous a simplement demandé de venir pour une petite épreuve, nous étions contents de nous retrouver entre copains, et je dois dire que de temps à autre, on est heureux de lever la tête de nos bouquins ! Sonia s’empresse de les rassurer : –Mais votre opinion, même superficielle me guidera ! Je serais tout à fait ravie d’avoir votre appréciation de jeunes, votre opinion sur un texte choisi. –Leur opinion ? Intervient Myriam ! Ne t’en fais pas ! Ils sont en âge d’avoir des convictions sur tous les sujets, mes copains ! Tu verras, tu seras comblée ! –On est heureux de se retrouver confirme Jérémie avec son enthousiasme coutumier ! Allez ! Ce soir on se défoule, littéralement parlant ! –Donc puisque vous me semblez si réceptifs, reprend Sonia qui semble elle-même enchantée, je vais vous exposer mon projet : je dois soutenir un mémoire dans lequel je vais décrire votre réaction sur des textes que nous allons vous lire, Myriam et moi. Et je vous demanderai d’être très francs, très nature, on est entre nous, vous n’êtes pas en amphi alors soyez très ouverts et dites spontanément ce qui vous vient à l’esprit c’est ça le but du jeu si j’ose dire. Je vais vous parler d’un livre qui a été traduit dans de très nombreuses langues. Du reste vous le connaissez peut-être ! Si je vous lis par exemple.
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