Chapitre 11 (suite)

2407 Mots
NDÉYE CATHY DIOP Maristes, Dakar-Sénégal Allongée sur le fauteuil de mon salon, je naviguais sur t****k en cherchant des recettes pour préparer mon yassa de demain. Je suis tellement stressée que je ne sais plus où donner de la tête. La pression est énorme. Cette tradition, je ne sais pas d'où elle vient, mais la personne qui l'a instaurée n'aurait jamais dû y penser. Qui m'aurait dit qu'un jour je me retrouverais à stresser pour la cuisine? Je n'y aurais jamais cru, même mes études ne m'ont jamais mise dans un tel état. C'est le bruit de la porte qui me fit sursauter. Mon mari fit son entrée. Je me précipite pour me blottir dans ses bras. Lui : *rire* Je t'ai manqué à ce point ? Moi : Tellement! Tu n'imagines même pas à quel point. Lui : Toi aussi, mon cœur! Alors, comment s'est passée ta journée? Moi : Ça va, je n'ai fait que dormir et regarder mes séries. Lui : Les gens de la maison se plaignent que tu n'essaies pas d'interagir avec eux. Moi : Ce n'est pas que je ne veux pas leur parler, mais je préfère éviter les problèmes. Déjà, ton père et ta grand-mère ne me supportent pas, alors je préfère rester discrète. Lui : Je comprends! Mais même si ce n'est que quelques minutes, tu pourrais rester discuter un peu avec eux. Ça ne te fera aucun mal. J'allais répondre quand on frappa à la porte. Il invita la personne à entrer. Une femme voilée, qui devait avoir mon âge ou un peu plus, fit son entrée. Elle est visiblement belle. Bamba semblait un peu surpris de la voir. Elle : As-salamu alaykum. Nous : Wa alaykum as-salam. Elle : Bamba, comment vas-tu ? Lui : Je vais bien, Absa. Et toi, comment s'est passé ton voyage? Ah, je comprends! C'est donc elle, la fameuse Absa dont parlait ta grand-mère. Elle : Ça va, alhamdoulillah! Le voyage s'est bien passé. Toutes mes félicitations pour ton mariage. Qu'Allah bénisse votre union. Lui : Amin! Voici l'élue de mon cœur, Cathy Diop. Et mon amour, elle c'est Absatou Faye, la nièce de papa. Moi : Enchantée, ma chère. J'ai tant entendu parler de toi. Je suis ravie de faire ta connaissance. Elle : Le plaisir est partagé. Je lui adresse un sourire sincère, essayant de dissimuler la légère nervosité qui s'est installée en moi. Moi : Tu viens d'arriver à Dakar ? Absa : Oui, j'habite dans cette maison. J'étais juste aller au village pour rendre une visite à ma famille Je hoche la tête, tout en ressentant cette tension familière. Je me tourne vers Bamba, espérant qu'il prenne la relève de la conversation. Heureusement, il comprend mon malaise. Lui : Absa, tu dois être fatiguée après ton voyage. Pourquoi ne pas aller te reposer un peu ? Nous pourrions dîner ensemble plus tard si tu n'as pas encore mangé Absa : C'est une excellente idée. Je vous attendrai alors Elle nous salue une dernière fois avant de quitter la pièce, nous laissant seuls. Je me tourne vers Bamba, cherchant des réponses dans son regard. Moi : Je ne savais pas qu'Absa habitait ici Lui : Oui, elle est très attachée à papa et à grand-mère. Ils l'ont pratiquement élevée après la mort de sa mère. Elle est comme une sœur pour moi. Je sens une pointe de jalousie monter en moi, mais je la repousse immédiatement. Ce n'est pas le moment de laisser ces sentiments prendre le dessus. Moi: une sœur? Lui: *rire* bien sûr. Qu'est-ce que tu crois? Moi : D'accord, je comprends mieux. Mais tu sais, ça m'a un peu surprise. On parle tellement d'elle dans la famille, mais tu ne m'as jamais vraiment parlé d'elle. Lui : Je suis désolé, mon amour. Ce n'était pas intentionnel. C'est juste que je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. Mais sache que tu n'as rien à craindre, Absa est simplement un membre de la famille. Il m'embrasse sur le front, et je sens la tension se dissiper un peu. Cependant, une petite voix dans ma tête me rappelle les paroles de la grand-mere me disant que Bamba n'a une seule et unique femme et que c'est elle. Mais bon cette vielle pimbêche ne sait même pas ce qu'elle raconte Moi : Merci de me rassurer, amour. Lui: tu seras la seule et unique femme de ma vie n'en doute pas Moi: ça c'est clair. Mais met aussi dans tête que tu vas pas aller dîner avec elle. Ton assiette est dans la cuisine Lui: *rire* a vos ordre my lady Je l'embrasse et me blottis à nouveau dans ses bras, profitant de ce moment de calme. Mais au fond de moi, je ne peux m'empêcher de penser à l'impact qu'Absa pourrait avoir sur notre vie. Quoi qu'il arrive, je devrai être forte et faire face à cette situation avec dignité. Le lendemain, après la prière du matin, je ne m'étais pas recouchée. Avec l'aide des domestiques ainsi que de mes belles-sœurs, nous avons nettoyé la maison de fond en comble. Ce n'est qu'aux alentours de 10h que nous avons pris le petit-déjeuner. Leur père était là aujourd'hui, ce qui rendait l'ambiance particulièrement silencieuse, au point qu'on n'entendait que le bourdonnement des mouches. La situation était amusante : chacun avait les yeux rivés sur sa tasse de café, se dépêchant de finir son pain en silence. Quand il n'est pas là, Oumou Kalsoum et Zeynab sont toujours en train de se lancer des piques, jouant à leur petit jeu de coépouses. Leurs enfants, eux, font des caprices, et la grand-mère se met aussi à râler, critiquant la cuisine. Ma belle-mère, quant à elle, est une personne tellement douce et calme; elle se contente de sourire malgré tout ce qui se passe autour d'elle. Parfois, c'est Soumaya qui intervient, les menaçant de tout rapporter à leur père ou à leur mari. La femme d'Issa, Aïsha, est comme moi. Elle ne se préoccupe que d'elle-même et de son fils. Je me suis toujours sentie un peu à l'écart dans cette maison, un peu comme elle. On se contente de faire ce qu'il faut pour maintenir une certaine paix, sans se mêler des histoires des autres. Pourtant, je ne peux m'empêcher de me demander si c'est vraiment la meilleure approche. Peut-être que, comme Bamba l'a suggéré, je devrais essayer de m'intégrer un peu plus, au lieu de rester en retrait. Après le petit-déjeuner, chacun s'est dispersé pour vaquer à ses occupations. Je me suis retrouvée seule dans la cuisine, à nettoyer les restes du repas. C'était un moment de calme, mais mon esprit était ailleurs. Je pensais à Absa, elle me regardait de façon très bizarre lors du repas. J'ai comme l'impression que je l'insupporte déjà. À savoir pourquoi. Alors que je rangeais les dernières assiettes, Soumaya entra dans la cuisine, un sourire malicieux aux lèvres. Soumaya : Tu penses à quoi, là ? On dirait que tu es dans la lune. Moi : Oh, rien de spécial. Juste... des réflexions. Soumaya : Des réflexions, hein ? Fais attention, ici, il vaut mieux avoir l'œil partout, surtout avec les nouvelles venues. Je savais qu'elle parlait d'Absa, et son ton me mettait mal à l'aise. Mais je décidai de ne pas entrer dans son jeu. Moi : Ne t'inquiète pas, Soumaya. Je veille toujours, même si ça ne se voit pas. Soumaya : Je n'en doute pas. Mais bon, un petit conseil d'amie : garde ton homme proche de toi. Ici, les choses peuvent changer rapidement. Elle me lança un clin d'œil avant de quitter la cuisine, me laissant seule avec mes pensées. Ses paroles résonnaient en moi. Je savais qu'elle avait raison, même si elle était parfois un peu trop directe. Je décidai alors de sortir prendre l'air dans le jardin. Le soleil était déjà haut, et l'air commençait à se réchauffer. Je m'assis sur un banc, profitant de la tranquillité du moment. Mais même ici, je ne pouvais m'empêcher de penser à ce que Soumaya m'avait dit. Absa, avec son sourire charmant et ses manières douces, pourrait bien être une menace, même si Bamba affirmait le contraire. Il est peut-être temps pour moi de prendre les choses en main, de m'impliquer davantage dans la vie de cette maison, pour ne pas laisser l'ombre d'Absa s'étendre sur mon mariage. Au même moment, mon téléphone sonna, m'extirpant de mes pensées. C'était Alyssa. Elle me dit qu'elles étaient devant la porte de la maison. Je me levai rapidement et partis les rejoindre. Alyssa était accompagnée de Oumy et Fatou. Après les salutations d'usage, je ne pus m'empêcher de la serrer fort dans mes bras. Elle m'avait tellement manqué. Nous nous dirigeâmes ensuite vers la cuisine pour déposer les provisions qu'elles avaient apportées pour le repas. Une fois dans le salon, je leur présentai mes belles-sœurs et mes beaux-frères. Alyssa, toujours aussi chaleureuse, s'intégra facilement. Elle avait déjà rencontré ma belle-mère lors de sa dernière visite, ce qui facilitait encore plus les choses. Nous nous mîmes directement au travail, pour pas que le repas prenne du temps. transformant la cuisine en un véritable atelier culinaire. Entre les rires, les conversations, et les conseils de mes belles-sœurs à qui maman avait exigée de venir nous apporter leur aide, je me sentais finalement un peu plus à l'aise Les invités avaient commencé à arriver. Le salon s'animait petit à petit, rempli de discussions et de rires. Bamba, qui s'était endormi après une longue nuit, s'était enfin réveillé. Heureusement pour lui, il ne travaillait pas aujourd'hui, mais avec son métier à l'hôpital, il pouvait être appelé à tout moment. Cette pensée me traversa l'esprit alors que je le voyais descendre les escaliers, l'air un peu endormi. Moi : Bien dormi, mon chéri ? Bamba : *baillant* Oui, merci. Je vois que les invités sont déjà là. J'espère que je n'ai pas trop traîné au lit. Moi : Ne t'inquiète pas, tu es pile à l'heure. Viens, je vais te servir un café pour te réveiller un peu. Il me sourit, reconnaissant, et se dirigea vers la cuisine avec moi. Les filles étaient sorties dans la cour parce qu'il faisait trop chaud à l'intérieur. Tandis que je préparais son café, Bamba jetait un coup d'œil par la fenêtre, observant les invités qui discutaient dans le jardin. Bamba : Ça fait plaisir de voir tout le monde réuni ici. Moi : Oui! J'avais quelques appréhensions, mais tout semble bien se passer. Il attrapa la tasse de café que je lui tendais et en prit une gorgée. Ses traits se détendirent un peu plus, signe que la caféine commençait à faire son effet. Bamba : Je vais aller saluer tout le monde. À plus tard, alors. Moi : Oui, vas-y. Il m'embrassa sur la joue avant de retourner dans le salon. Je restai un instant seule dans la cuisine, savourant ce moment de calme avant de rejoindre les filles dans la cour. Alors qu'Alyssa et moi étions dans la cuisine, occupées à préparer les desserts tout en discutant de tout et de rien, une voix me parvint, me faisant instantanément figer sur place. Mon cœur se mit à battre la chamade, de plus en plus fort à mesure que la voix se rapprochait. C'était une voix que je reconnaîtrais entre mille, une voix que j'avais espéré ne jamais entendre à nouveau. Quand il arriva enfin, je me retournai lentement, redoutant ce que j'allais voir. Il était là, debout devant moi, un sourire éclatant sur le visage, en compagnie de mon mari, qui semblait tout aussi à l'aise. Mes mains se mirent à trembler, et le bocal que je tenais glissa de mes doigts, s'écrasant bruyamment sur le sol. Les voix de Bamba et d'Alyssa me parvinrent, mais elles semblaient lointaines, presque irréelles. Dans cette pièce, à cet instant précis, il n'y avait que lui et moi. Je sursautai brusquement lorsque je sentis la main de Bamba se poser doucement sur mon épaule. Bamba : Est-ce que tout va bien? Tu n'es pas blessée? Moi : Euh... euh... non, ça va. Je suis désolée, je... je ne sais pas ce qui m'a pris. Je tentais de reprendre mes esprits, mais mon regard restait fixé sur l'homme en face de moi, incapable de le quitter des yeux. Alyssa, toujours pragmatique, se pencha pour ramasser les morceaux de verre. Alyssa : Ne t'en fais pas, je vais nettoyer tout ça. Elle me scrutait, visiblement inquiète, mais je ne pouvais pas m'expliquer devant elle, pas ici, pas maintenant. Je pris une profonde inspiration, essayant de cacher le trouble qui bouillonnait en moi. Moi : Je vais... je vais sortir un instant pour prendre l'air. Sans attendre de réponse, je quittai la cuisine précipitamment, laissant Bamba et Alyssa derrière moi. Mon esprit était en ébullition, essayant de comprendre pourquoi cet homme était là, dans ma maison, et pourquoi mon passé semblait soudain resurgir avec une force que je n'avais pas anticipée. Je faisais les cent pas dans le salon de mon appartement, les larmes coulant sans relâche sur mes joues. Mon esprit était en ébullition, incapable de trouver un point d'ancrage. La porte s'ouvrit brusquement, et Alyssa entra précipitamment. Dès qu'elle vit l'état dans lequel j'étais, elle se précipita vers moi, l'inquiétude marquant ses traits. Alyssa : Cathy, que se passe-t-il ? Qu'est-ce qui t'a mise dans cet état ? Je n'arrivais plus à contenir mes émotions, et je m'effondrai en sanglots dans ses bras, incapable de prononcer une phrase cohérente. Moi : C'est... sniff... c'est lui ! Alyssa : Je ne comprends pas... C'est qui, lui ? Moi : C'est... lui... celui avec qui j'ai couché après ma séparation avec Bamba... Les mots sortaient difficilement, entrecoupés par mes sanglots, mais Alyssa comprit instantanément. Je sentis son corps se raidir, et elle s'écarta légèrement, ses yeux s'agrandissant sous le choc. Alyssa : QUOI ? MON DIEU ! Cathy... c'est... c'est son cousin ! Son regard était un mélange d'incrédulité et de panique, tout comme le mien quelques instants plus tôt. Nous restâmes un moment en silence, essayant de digérer la gravité de la situation. La réalité venait de s'abattre sur moi avec une violence que je n'avais jamais imaginée. L'homme avec qui j'avais tenté de noyer mon chagrin, celui que je pensais ne jamais revoir, se révélait être un membre de la famille de Bamba. Pire encore, c'était son cousin. Voter et commenter✍🏾♥️
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