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YACINE CISSÉ
Ouest Foire, Dakar-Sénégal
Je venais de sortir de la salle de bain après une bonne douche. Je devais aller dîner avec Mansour. Il avait passé la journée chez Bamba, dont la femme avait organisé un déjeuner. Il m'avait invitée, mais je n'avais vraiment pas envie d'y aller. Le samedi, je préfère dormir jusqu'à midi, puis aller manger dehors, me faire de nouvelles tresses, faire une pédicure, une manucure et profiter d'un bon massage. J'étais en train de me maquiller tout en chantonnant une chanson de Nicki Minaj, lorsque la porte de ma chambre s'ouvrit brusquement. C'était ma mère. Elle entra et ferma la porte à clé.
Moi : Bineta, c'est comme ça qu'on entre dans la chambre des gens ?
Au lieu de me répondre, elle éteignit la musique avant de me dire :
Elle : tchi Serigne Modou Pikine la diouguei ni! (Je reviens de chez Serigne Modou à Pikine !)
Moi : Et alors ?
Elle : lim meu wakh tayy tital nama lolou sakh (Ce qu'il m'a dit me laisse sans voix.)
Moi : Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Elle : amna beine nite, kou djiguene, khawa ñioul, ndiol tchi kaw, nekk driankei. Neina nite kou yeiss mou gui nonou. Nite kou bonn, kou gneimei serigne tou! Mougui layy feikhel Ioe ak Mansour dh. (Il y a une femme, de teint noir, élancée, qui manigance quelque chose contre toi. Il a dit que c'est une très mauvaise personne, et qu'elle fait tout pour que Mansour ne t'épouse pas.)
Moi : Waouh ! Mais de qui pourrait-il s'agir ?
Elle : Ah Khawma dh wayei il faut ñiou diougue tchi (Je ne sais pas, mais il faut qu'on agisse.)
Moi : Ah yaye lolou est-ce worna! Mane beuguou am problème dh! Tei nite gni dañio sokhor li souko diarale mou deff meu ma febar walla doff nakk. Mane matchi nara perte (Maman, es-tu sûre de cela ? Je ne veux pas de problèmes. Les gens sont mauvais, et si cela la pousse à me rendre malade ou à me rendre folle, je serai la seule à en souffrir.)
Elle : Ioe Yacine nite ngua? Ioe li motakh ngua beugue reculer ak li leu Mansour deffal yeup? Ioe dangua meu beugue rousslo sama digue mbokk yi? (Yacine, tu es sérieuse ? C'est pour ça que tu veux reculer après tout ce que Mansour a fait pour toi ? Tu veux que je sois humiliée devant mes ennemis ?)
Moi : Maman, ce n'est pas ça, mais tu ne connais pas les conséquences que je pourrais...
Elle : Ioe doul! Tu n'as rien à dire! Li meu liguey beu fii ak lima torokh seu Keur baye bi Ioe yay kiy takh meu am tchi ndam! Tu seras la femme de Mansour de grès ou de force Tei baniou meu tchi beu diokhei tchi bakane (Tu n'as rien à dire ! Avec tout ce que j'ai enduré dans la maison de ton père, c'est toi qui vas me sortir de cette misère. Tu seras la femme de Mansour, de gré ou de force. Et nous ne permettrons à personne de détruire cela.)
Moi : yaye, mane franchement sonou naa limay deff leipp pour Ioe leu! Pour bagne am li leu nakari...chaque jour je fais tout pour que tu sois heureuse, que tu ne manques de rien dans cette maison. Souma amoul khaliss sakh meu dém woutti ko. Kerok fi bima birrei loma wakh.... (Maman, je fais tout ce que je peux pour toi, pour que tu sois heureuse, que tu ne manques de rien dans cette maison. Même quand je n'ai pas d'argent, je fais tout pour en trouver et te le donner. Quand j'étais enceinte, et que tu m'as dit...)
Elle : teudjal meu seu lamigne bi! Dit-elle en m'assenant une gifle. Wakh bi wakhou mala wone ngua teigue ko tchi souff? (Ferme-la ! dit-elle en m'assénant une gifle. "Ne t'avais-je pas dit de ne plus jamais prononcer ces mots dans cette maison ?)
Je me tenais là, la joue en feu, le cœur battant à tout rompre. Le silence qui suivit la gifle résonnait plus fort que n'importe quel cri. J'avais envie de hurler, de dire à ma mère que je n'étais pas une marionnette, que je méritais mieux que cette vie de peur et de manipulation. Mais les mots restaient coincés dans ma gorge, étouffés par la douleur et la résignation.
Ma mère me regardait avec des yeux où se mêlaient la colère et l'inquiétude. Elle n'était pas du genre à céder, je le savais trop bien. Mais cette fois, il y avait quelque chose de plus, quelque chose de désespéré dans sa voix quand elle reprit la parole.
Elle : Yacine, tu ne comprends pas... Ce mariage, c'est notre seule chance de sortir de cette galère. Si tu refuses, tout ce que j'ai sacrifié, tout ce que j'ai enduré, n'aura servi à rien. Mansour est un bon parti, il t'aime. Pourquoi hésites-tu encore ?
Moi : Maman, ce n'est pas une question d'amour ou de refus... C'est juste que j'ai peur. Peur de ce que cette femme pourrait me faire, peur de ce que toi et Mansour attendez de moi. Je ne veux pas passer ma vie à être celle qui supporte tout, qui se sacrifie pour les autres.
Elle : ma fille, Ce mariage est une opportunité pour toi, pour nous. Tout le monde t'envie déjà d'avoir trouvé un homme comme Mansour. Ne laisse pas cette femme, ou n'importe quelle peur irrationnelle, détruire ça."
Je baissai les yeux, sentant mes résolutions vaciller. Je savais que ma mère avait raison sur certains points. Mansour était un homme bien, il avait toujours été là pour moi. Mais l'idée de me marier sous cette pression, avec toutes ces incertitudes et ces menaces qui planaient au-dessus de ma tête, me terrifiait.
Moi : Je vais y réfléchir, maman. Mais, s'il te plaît, ne me force pas. Je ne veux pas que notre relation devienne un champ de bataille à cause de ça.
Ma mère poussa un soupir, visiblement frustrée, mais elle hocha la tête, signe qu'elle acceptait de me laisser un peu de temps. Mais je savais que ce délai serait court. Très court.
Elle : "D'accord, réfléchis, mais ne tarde pas trop. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cette femme ne devienne pas une menace pour nous
Je fis un signe de tête et elle se dirigea vers la porte. Avant de sortir, elle se tourna une dernière fois vers moi, ses traits adoucis par une pointe de tendresse.
Elle : Je veux juste ce qu'il y a de mieux pour toi, Yacine. Je veux que tu sois heureuse, que tu aies la vie que je n'ai jamais eue.
Puis elle quitta la pièce, me laissant seule avec mes pensées, le poids de ses mots et la certitude que ma vie était encore une fois sur le point de changer, d'une manière ou d'une autre.
Je me regardai dans le miroir, et la personne qui me fixait en retour me laissa sans voix. Depuis ce jour-là, je porte un masque. Dehors, beaucoup m'envient, je souris à la vie, je fais semblant que tout va bien, je ris pour dissimuler à quel point je suis morte de l'intérieur. Qui pourrait deviner qu'avant de dormir, je dois prendre des cachets pour trouver le sommeil, sans quoi les cris de ce bébé résonnent dans ma tête, m'empêchant de fermer l'œil. Ma mère n'est au courant de rien, pourtant c'est à cause d'elle que j'ai fait tant de choses dans ma vie.
Chaque jour, je me réveille avec la même routine. Je me lève, je me prépare, et je mets mon masque. j'enfile mes plus beaux vêtements, et je sors affronter le monde avec un sourire qui ne reflète en rien la tempête qui gronde à l'intérieur.
Les gens autour de moi voient une femme forte, confiante, qui semble avoir tout ce qu'il faut pour être heureuse. Ils ne se doutent pas une seconde de la fragilité de cet équilibre, de l'effort colossal que cela me demande de tenir debout, de ne pas craquer. Parfois, je me demande combien de temps je pourrai continuer à faire semblant, à sourire alors que tout s'écroule en moi.
Il y a des nuits où même les cachets n'arrivent plus à endormir mes peurs. Je reste éveillée, les yeux grands ouverts, le cœur battant à tout rompre, hantée par les souvenirs et les choix que je regrette tant. J'entends encore les paroles de ma mère, les attentes qu'elle a placées sur mes épaules, cette pression constante pour être parfaite, pour ne pas la décevoir.
Mais à quel prix ? À quel prix devrais-je sacrifier ma propre paix, mon propre bonheur pour satisfaire les désirs de quelqu'un d'autre ? Combien de temps encore devrai-je porter ce masque, ce fardeau qui m'écrase un peu plus chaque jour ?
Je suis fatiguée. Fatiguée de prétendre, fatiguée de mentir, fatiguée de vivre pour les autres. Mais je suis aussi effrayée. Effrayée de ce que les gens diront si je laisse tomber le masque, si je montre qui je suis vraiment, avec toutes mes failles, mes douleurs, mes peurs.
Je me demande souvent ce que serait ma vie si j'avais choisi un autre chemin. Si j'avais eu le courage de dire non à ma mère, de suivre mes propres envies plutôt que de me conformer à ce qu'on attendait de moi. Mais je sais que ce genre de pensées ne fait que nourrir ma frustration, sans rien résoudre.
Alors, je me contente de ce que j'ai, de ce que je suis devenue. Je continue à avancer, jour après jour, avec l'espoir qu'un jour, je pourrai enfin trouver la paix, retirer ce masque et être véritablement heureuse, sans avoir à mentir, ni à moi-même, ni aux autres.
Je pris mon téléphone et envoyai un message à Mansour, prétextant des maux d'estomac pour justifier mon envie de rester chez moi. Quelques instants plus tard, il m'appela. Je fis de mon mieux pour le rassurer, utilisant un ton léger et des mots apaisants, tout en cachant la vraie raison de mon malaise. Une fois la conversation terminée, je raccrochai, éteignis mon téléphone, et me glissai sous ma couette, espérant trouver un peu de réconfort dans l'obscurité et le silence.
ABDEL MANSOUR KEBE
Médina, Dakar-Sénégal
Je jouais à un jeu vidéo en ligne, allongé sur mon lit
avec mon ordinateur portable. J'ai passé toute la journée à la maison aujourd'hui, sans rien de spécial à faire. Même pas de livraison de la part de Fallou, un ami livreur que j'aide ces temps-ci, car il est tombé malade. Il m'a sollicité car c'est grâce à ces livraisons qu'il fait vivre sa famille. C'est d'ailleurs en rendant ce service que j'ai encore croisé cette fille capricieuse. Je ne saurais dire pourquoi, mais elle m'est vraiment désagréable, à l'inverse de sa mère que j'ai trouvée très sympathique. Je devrais même lui rendre visite un jour. Je ne sais pas pourquoi, mais j'éprouve une certaine affection pour ceux qui sont proches de leurs parents. Elles semblaient très complices, à en juger par la façon dont elles discutaient. Peut-être est-ce parce que je n'ai pas connu la mienne que cela me touche autant.
Après quelques heures passées à me distraire avec ce jeu en ligne, j'ai fini par me lasser. Mon esprit n'était plus vraiment concentré. J'ai éteint mon ordinateur et me suis levé pour regarder par la fenêtre. Dehors, la nuit était tombée, mais les rues de la Médina étaient tellement animées qu'on aurait cru qu'il faisait encore jour. C'est pour cette raison que j'ai toujours préféré ce quartier à celui de mon père. Quand j'étais petit, ma grand-mère me laissait jouer dehors même la nuit, alors que là-bas, aux Almadies, les gens préfèrent adopter les habitudes des blancs. Et on sait tous que les Africains ont tendance à pousser les choses à l'extrême. C'est ce qui faisait que j'y allais très rarement.
C'est la sonnerie de mon téléphone qui me sortit de mes pensées. Le nom de Fallou s'affichait sur l'écran.
Moi : Allô ?
Fallou : Boy, qu'est-ce que tu as fait lors de ta dernière livraison ?
Moi : Ce que j'ai fait ? Je ne comprends pas.
Fallou : Je viens d'être licencié. Apparemment, je me serais mal comporté avec une certaine mademoiselle Kanouté.
Moi : Qui t'a dit ça ?
Fallou : Mon patron ! Je suis allé aujourd'hui travailler parce que je me sens un peu mieux, et il m'a dit ça. Qu'est-ce qui s'est passé là-bas ?
Moi : Bah, rien du tout ! J'ai parlé normalement avec elle, je ne sais pas d'où ça vient tout ça.
Fallou : Tu sais, il y a des gens, il suffit de les regarder d'une manière qui ne leur plaît pas pour qu'ils te créent des ennuis.
Je la connais pas bien, mais je ne pense pas qu'Alyssa soit ce genre de personne.
Moi : Tu sais quoi, je vais aller régler ça.
Fallou : Non, mec, ce n'est pas grave !
Moi : Fallou, je vais gérer ça ! dis-je en raccrochant.
Je pris mon casque de moto et sortis de ma chambre. Je trouvai ma grand-mère assise sur son tapis de prière dans la cour avec son chapelet en main
Je m'approchai d'elle en silence, observant ses lèvres bouger doucement au rythme des prières. Ma grand-mère avait toujours cette aura de sérénité, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Elle leva les yeux vers moi et me sourit
Grand-mère : Tu sors, mon fils ?
Moi : Oui, il faut que je règle un petit problème. Je ne serai pas long.
Grand-mère : ok d'accord, mais sois prudent.
Je hochai la tête, rassuré par ses paroles. Je sortis dans la rue, enfourchai ma moto et démarrai en direction de la maison de mademoiselle Kanouté.
Au même moment que je me garais, une voiture fit de même. Un homme en costard en descendit et ouvrit la porte passagère par laquelle Alyssa sortit. Je me rapprochai d'eux.
Moi : Bonsoir.
Alyssa : Abdel ! Que fais-tu ici ?
Moi : Je peux te parler un moment, je ne serai pas long !
Alyssa : Je...
Le jeune homme : Si vous avez quelque chose à lui dire, dites-le ici.
Alyssa : Tidiane...
Moi : Il n'y a pas de problème ! Je voulais juste savoir ce que tu as raconté au directeur de
Senexpress pour qu'il se permette de renvoyer mon ami.
Alyssa : Pardon, je ne comprends pas.
Moi : La dernière fois, j'avais rendu service à mon ami en te livrant le bouquet parce qu'il était malade. Aujourd'hui, il s'avère qu'il a été renvoyé parce qu'il se serait mal comporté avec vous et...
Tidiane : Ton ami méritait d'être renvoyé parce que, premièrement, il a commis un délit en te faisant faire les livraisons à sa place et...
Moi : Ioe meune ngua noppi un moment ? Est-ce que Ioe lay wakhal ? (Est-ce que vous pouvez vous taire un moment ? Ce n'est pas à vous que je m'adresse.)
Lui : Je sais, mais c'est moi qui ai contacté le directeur.
Alyssa : Quoi ? Mais pourquoi ?
Lui : Des gens comme lui n'ont rien à se mettre sous la dent, mais ce sont toujours ceux qui se montent sur leurs grands chevaux et méprisent les autres. C'est une leçon pour lui. La prochaine fois, il saura comment se comporter.
Moi : *rire sarcastique* Les gens comme vous, qui ont vu la richesse leur tomber dessus au moment où ils s'y attendaient le moins, se croient tout permis. Vous savez très bien ce que c'est de travailler dur pour gagner sa vie. Alors vous devriez être la dernière personne à vous comporter ainsi
Lui : *visiblement agacé* Vous ne savez absolument rien de ce que vous dites. Votre ami a eu ce qu'il mérite. Il sait pertinent que l'entreprise dans laquelle il travaille ne cautionne pas une telle chose mais vous l'avez quand même fait. Aujourd'hui il paye les conséquences de vos fautes
Moi : les imbéciles que vous êtes. Vous vous croyez supérieur à tout le monde parce que vous avez un peu de pouvoir c'est pour cela que vous agissez ainsi. Un simple appel et vous détruisez les vies des gens alors que Vous n'avez aucune idée de ce qu'est la vraie vie des personnes que vous écrasez.
Lui : *se rapprochant, menaçant* Vous feriez bien de vous calmer avant de dire quelque chose que vous pourriez regretter. Vous ne comprenez pas le système et vous n'avez pas à juger mes décisions.
Moi : *me redressant, avec fermeté* Et vous, vous feriez bien de vous rappeler que votre pouvoir ne vous donne pas le droit de traiter les gens comme des pions. Si vous continuez à agir ainsi, vous finirez par vous retrouver seul dans votre tour d'ivoire.
Alyssa : *entre en intervenant* Ça suffit ! Ce n'est pas le moment ni le lieu pour régler vos comptes. Tidiane....
Lui: vous me trouverez sur votre chemin Abdel. Attendez vous a tout venant de ma part
Moi: vos menaces à la c*n ne me faites pas peur. Je vous attendrai
Je montai sur ma moto, jetant un dernier regard à Tidiane avant de partir. Le moteur ronronnait sous moi tandis que je m'éloignais, encore plein de colère.
CHEIKH AHMED TIDIANE DRAMÈ
Mermoz, Dakar-Sénégal
Après avoir quitté Alyssa, je suis allé voir mon meilleur ami Lamine. Ce Abdel que j'ai rencontré chez elle m'a vraiment mis hors de moi. Bien que je sois quelqu'un qui s'énerve facilement, j'ai toujours réussi à me contrôler en sa présence, mais aujourd'hui, j'ai échoué. J'ai utilisé les bons arguments et appelé le directeur de Senexpress pour qu'il annule le licenciement de l'ami de l'autre pour qu'elle puisse enfin me pardonner. Pourtant, c'est elle qui m'avait dit que le livreur était grincheux, ce qui m'a poussé à me plaindre. Maintenant, elle revient pour me dire que je n'aurais pas dû agir ainsi.
J'ai également réussi à obtenir le nom complet de ce Abdel. Il semble vraiment croire que je vais le laisser s'en tirer après son comportement envers moi. Il se trompe lourdement. J'ai transmis son nom à mon détective privé et j'attends toutes les informations possibles sur lui pour pouvoir réagir en conséquence.
Arrivé chez Lamine, je me gare sur le parking avant de prendre l'ascenseur qui me mène à son appartement. Je toque à la porte et patiente quelques minutes avant qu'il ne vienne m'ouvrir.
Lui : Le grand boss ! dit-il en me faisant une accolade. Ça fait un bail !
Moi : je te jure. En ce moment, je suis hyper chargé au bureau ! Je n'ai même plus le temps pour moi.
Lui : *rires* Mais tu récoltes bien le fruit de tes efforts, et c'est l'essentiel.
Nous nous installons dans son salon. Sur la table, il y a des paquets de cigarettes et une bouteille de vodka.
Moi : Tu es en train de retomber encore une fois ?
Lui : Ces temps-ci, j'en ai vraiment besoin pour oublier.
Je le regarde avec pitié. J'ai vraiment de la peine pour lui. Il a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture il y a cinq ans, et cela l'a complètement détruit. Il pense que boire l'aide à oublier, mais ce n'est que temporaire.
Moi : Tu devrais accepter de te faire suivre par un psychologue. À ce rythme, tu t'engages dans une lente et douloureuse mort, parce que ces cigarettes ne feront qu'augmenter ton risque de choper un cancer.
Lui : rires* Qu'il fasse vite, alors, parce que j'ai vraiment envie de quitter ce monde !
Moi : Ressaisis-toi, c'est mieux ! Avant qu'il ne soit trop tard.
Lui : bon, assez parlé de moi ! Comment ça se passe à l'entreprise ? Tu es toujours dans les affaires ?
Moi : *rires* Non, j'ai arrêté parce qu'Alyssa a commencé à y travailler. Je la croyais bête, mais elle est très intelligente.
Lui : Alors, comment comptes-tu t'y prendre ?
Moi : Je ferai tout pour l'épouser, parce que son père a décidé de lui donner les rênes de l'entreprise. En faisant d'elle mon épouse, ce sera un jeu d'enfant de prendre le contrôle de l'entreprise.
Lui : Tu penses que ce sera aussi facile ?
Moi : Elle commence à bien m'apprécier, mais le problème, c'est sa mère. Cette dame, je me retiens toujours pour ne pas la sortir de leur vie.
Lamine éclate de rire avant de reprendre une gorgée de vodka. Son visage, habituellement jovial, se ferme subitement.
Lui : Tu sais, parfois je me demande si tout ça en vaut vraiment la peine. On court après l'argent, le pouvoir, mais au final, qu'est-ce qu'on y gagne ?
Moi : On se rassure, on se dit que c'est pour le bien de nos proches, qu'on leur offre une meilleure vie. Mais à quel prix ?
Lui : C'est ce que je me dis aussi. Depuis que j'ai tout perdu, tout me semble dérisoire. L'argent, le succès... rien ne me ramènera ma famille.
Il fixe un point invisible sur le mur, ses pensées semblant l'entraîner loin.
Moi : Tu sais, Lamine, la vie continue, même après les pires épreuves. Tu ne pourras jamais les oublier, mais tu peux apprendre à vivre avec. Peut-être que tout ça pourrait te donner un nouveau but, une nouvelle direction.
Lui : Et toi, quel est ton but ? Épouser Alyssa pour prendre le contrôle de l'entreprise de son père ? Est-ce vraiment ce que tu veux ?
La question me surprend. J'hésite un moment avant de répondre.
Moi : Je ne sais pas, Lamine. Peut-être que je suis trop obsédé par cette idée de réussite. Parfois, je me demande si c'est vraiment ce que je veux, ou si c'est ce que je crois devoir faire.
Lui : Mais n'oublions pas d'où on vient ! La pauvreté, ce n'est pas non plus quelque chose de facile.
Moi : *rires* "Je te jure ! Maintenant, je me suis tellement intégré dans la vie des bourgeois que pour rien au monde je n'accepterai de retourner dans le taudis de mon oncle à Rufisque.
Lamine sourit en hochant la tête, mais je vois dans ses yeux qu'il réfléchit à ce que je viens de dire. Il y a une part de vérité dans mes paroles, mais aussi une amertume que je ne veux pas admettre. Nous avons tous les deux grandi dans des conditions difficiles, et même si j'ai réussi à m'élever, une partie de moi reste hantée par ce passé.
Lui : Tu sais, on peut sortir du quartier, mais le quartier ne sort jamais vraiment de nous. Même ici, dans cet appartement luxueux, parfois, je sens encore l'odeur de la poussière et de la sueur des rues de notre enfance.
Moi : C'est vrai. Mais c'est justement pour ça que je ne veux pas retourner en arrière. Je me suis battu pour arriver là où je suis, et je ne laisserai personne me faire redescendre.
Lui : Et si, en essayant de tout contrôler, tu perdais l'essentiel ? Alyssa, ton intégrité... Est-ce que ça en vaudrait vraiment la peine ?
Je reste silencieux, absorbé par ses paroles. Lamine a toujours été le plus réfléchi de nous deux, celui qui prenait le temps de peser le pour et le contre. Moi, j'ai toujours été plus impulsif, prêt à tout pour atteindre mes objectifs.
Moi : Je ne sais pas, Lamine. Peut-être que je suis trop loin pour faire marche arrière maintenant. Mais je vais réfléchir à tout ça.
Lui : Je te fais confiance, Cheikh. Juste... n'oublie pas qui tu es vraiment, au-delà des costumes et des affaires.
Nous restons un moment dans ce silence lourd de sous-entendus. Lamine sait que j'ai beaucoup changé, mais il espère que je n'ai pas totalement perdu ce qui faisait de moi son ami d'enfance, ce garçon ambitieux mais honnête.
La sonnerie de notification de mon téléphone me tira de mes pensées. Je venais de recevoir un message de mon détective privé concernant les informations sur Abdel Mansour Kebe.
"Abdel Mansour Kebe, âgé de 30 ans. Fils d'Amsatou Tall et de Fadilou Kebe. Ayant grandi sans mère, c'est sa grand-mère, Fatimata Ndiaye, qui l'a élevé dans les rues de la Médina, où il habite encore aujourd'hui. Il ne travaille pas, passionné par la photographie, il passe la plupart de son temps sur sa moto avec un appareil photo. Il est le demi-frère du PDG de Mansour Motors, Mansour Kebe."
Je relis le message une deuxième fois, tentant de comprendre les implications de ces informations. Ce Abdel semble être un simple rêveur, un marginal sans grandes ambitions. Mais son lien familial avec Mansour Kebe, un homme d'affaires puissant, m'inquiète. C'est avec lui que nous prévoyons de fusionner notre entreprise. Pourtant, je ne pense pas qu'Abdel soit une menace pour nous... du moins pas encore.
Lamine remarque mon agitation. Pourquoi est-ce que tu es si tendu ? Un problème ? me demande-t-il.
Je prends une profonde inspiration avant de lui expliquer mon altercation avec Abdel chez Alyssa.
Lamine hoche la tête en m'écoutant. "Ce garçon n'est pas du tout une menace pour toi. Tu penses qu'il pourrait être intéressé par Alyssa ?"
Je réfléchis un instant. Je ne sais pas, dis-je enfin. Mais j'ai comme l'impression qu'Alyssa n'a pas l'air de le détester.
Lamine laisse échapper un léger rire, mais je vois bien qu'il est aussi préoccupé que moi.
Lui: Si Alyssa ne le déteste pas, c'est peut-être parce qu'il est inoffensif. Mais tu dois faire attention, Cheikh. Ce genre de gars peut se révéler imprévisible. Si elle commence à l'apprécier, ça pourrait te compliquer la tâche.
Je reste silencieux, pesant ses paroles. Lamine a raison, je ne peux pas négliger cette situation. Si Abdel n'est pas une menace pour l'entreprise, il pourrait bien en devenir une pour mes plans personnels. Il va falloir que je garde un œil sur lui... et sur Alyssa.
Moi : Je vais surveiller ça de près. Je ne peux pas me permettre de prendre des risques.
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