Le lendemain matin, Nafi se leva plus tôt que d’habitude. Le collier offert par Amadou reposait sur sa coiffeuse, brillant d’un éclat presque provocateur. Elle le contempla un moment avant de l’ignorer délibérément, choisissant un simple foulard pour compléter sa tenue. Elle devait rester fidèle à son rôle : celle d’une femme indépendante, insensible à l’argent ou aux cadeaux.
Dans la matinée, un message d’Amadou apparut sur son téléphone.
“Je suis de retour à Dakar ce soir. Je passerai te voir, si tu es libre.”
Un frisson parcourut Nafi. Elle s’était préparée à ce moment, mais le fait qu’il revienne plus tôt que prévu la prenait au dépourvu. Elle appela immédiatement Modou pour l’informer.
— Il revient déjà ? s’étonna son cousin. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, cousine. Ça prouve qu’il est accroché. Tu devras juste redoubler d’efforts pour garder l’équilibre.
— Il devient trop attentionné, Modou. Chaque cadeau, chaque mot, ça me met mal à l’aise. Il faut qu’on avance plus vite.
— Ne te précipite pas, avertit-il. La patience est ta meilleure arme. Ce genre d’homme a besoin de croire qu’il est celui qui mène le jeu.
Nafi poussa un soupir résigné. Le plan semblait fonctionner à merveille, mais elle sentait que la moindre erreur pourrait tout faire basculer.
Dans l’après-midi, Amadou envoya un bouquet de fleurs accompagné d’une carte. “Hâte de te revoir, Nafi.” Elle sourit malgré elle, notant l’élégance de ses gestes. Mais elle savait qu’elle ne devait pas se laisser distraire par ces attentions.
Le soir venu, elle accueillit Amadou dans l’appartement, son allure aussi impeccable que d’habitude. Il entra avec son sourire chaleureux, portant une boîte enrubannée.
— Encore un cadeau ? demanda-t-elle en croisant les bras, mi-sérieuse, mi-taquine.
— Ce n’est rien, dit-il avec légèreté. Juste une pensée.
Elle ouvrit la boîte, révélant un bracelet de luxe à bracelet doré. Nafi releva les yeux vers lui, un mélange de surprise et d’incrédulité sur le visage.
— Amadou, tout ceci est beaucoup trop. Je ne sais pas ce que tu espères prouver avec tous ces cadeaux, mais je n’en ai pas besoin.
Il la regarda, légèrement déstabilisé par son ton direct.
— Ce n’est pas une question de besoin, Nafi. C’est une façon de montrer que je pense à toi.
Elle posa la boîte sur la table et s’assit en face de lui, croisant ses mains.
— Et pourquoi ? demanda-t-elle, son regard cherchant le sien. Pourquoi fais-tu tout ça pour moi alors qu’on se connaît à peine ?
Amadou marqua une pause, cherchant ses mots.
— Parce que tu es différente, Nafi. Tu n’es pas comme les autres femmes que j’ai rencontrées. Tu ne cours pas après l’argent, tu as une assurance, une élégance naturelle qui me fascine. Et j’ai envie d’apprendre à te connaître davantage.
Elle baissa les yeux, feignant une modestie qu’elle avait soigneusement cultivée.
— Je te remercie pour ces mots, mais tu n’as pas besoin de m’impressionner avec des cadeaux, Amadou. Si tu veux me connaître, alors sois simplement toi-même.
Il sourit, visiblement charmé par sa réponse.
— Très bien. Mais sache que tout ce que je fais vient du cœur.
La soirée se poursuivit dans une ambiance détendue. Nafi jouait son rôle à la perfection, partageant des anecdotes légères sur sa prétendue carrière et ses voyages fictifs. Amadou, de son côté, parlait de ses projets professionnels, des défis qu’il rencontrait en tant qu’homme d’affaires.
Quand il quitta l’appartement, bien après minuit, il semblait plus captivé que jamais. Mais Nafi, en refermant la porte, sentit le poids de son rôle lui peser davantage.
Dans le silence de la nuit, elle se demanda combien de temps encore elle pourrait maintenir cette mascarade.