Deux jours après leur soirée, Nafi reçut un message d’Amadou. Simple, concis, mais étrangement désarmant.
« J’aimerais te voir. Dîner demain soir ? »
Elle fixa l’écran de son téléphone, le pouce suspendu au-dessus du clavier. Une partie d’elle voulait jouer l’indifférence, mais l’autre savait qu’il fallait entretenir son intérêt. Elle opta pour une réponse maîtrisée, comme une carte jouée avec précaution.
« Demain, je ne sais pas encore… Je te tiens au courant. »
Laisser planer le doute, voilà une stratégie qui avait toujours fonctionné. Et comme elle s’y attendait, Amadou répliqua rapidement.
« Je réserverai quand même. Au cas où. »
Un sourire narquois effleura ses lèvres. Il était prévenant, insistant sans être oppressant. Elle devait admettre que ses manières étaient impeccables, mais elle ne pouvait se permettre de baisser sa garde.
Le lendemain, en fin d’après-midi, Nafi se prépara devant le miroir de l’appartement de Modou. Sa mère, intriguée par ses absences répétées, lui avait posé des questions ce matin-là.
— Nafi, tu rentres souvent tard, ces derniers temps. Tu es sûre que tout va bien ?
Elle avait levé les yeux de son bol de bouillie, feignant une surprise innocente.
— Tout va bien, je fais quelques extras pour économiser.
Sa mère avait hoché la tête, mais son regard restait interrogateur.
— Fais attention à toi, ma fille. L’argent ne vaut pas la peine de sacrifier ta dignité.
Ces mots l’avaient hantée toute la journée, même si elle s’efforçait de les ignorer. Ce soir, elle porterait une robe noire simple, près du corps mais pas ostentatoire, un équilibre parfait entre élégance et retenue. Elle ajouta une touche de rouge à lèvres, examinant son reflet avec un mélange de satisfaction et de méfiance.
— Tu es prête ? demanda Modou depuis la porte.
— Je gère, répondit-elle sans se retourner.
— N’oublie pas, ma petite cousine, plus il donne, plus tu prends. Il ne faut jamais qu’il sache qui tu es vraiment.
Elle acquiesça d’un signe de tête, bien que ces mots renforçassent un poids qu’elle commençait à sentir dans son estomac.
Lorsqu’elle arriva au restaurant, Amadou l’attendait déjà. Assis près d’une baie vitrée donnant sur la ville illuminée, il semblait presque hors du temps. À sa vue, un sourire éclaira son visage.
— Tu es venue, dit-il simplement, comme si cette vérité suffisait à remplir la soirée.
— Je ne voulais pas te laisser dîner seul, rétorqua-t-elle en s’asseyant face à lui.
Il la détailla un instant, comme s’il tentait de deviner ce qu’elle ne disait pas.
— Tu es splendide, murmura-t-il.
Nafi leva un sourcil, feignant l’ironie.
— Tu ne perds jamais une occasion de flatter, hein ?
— Je ne flatte pas, je constate.
Un serveur s’approcha pour prendre leur commande, interrompant momentanément leur échange. Mais dès qu’il s’éloigna, Amadou reprit, son regard fixé sur elle.
— Nafi, j’ai une question pour toi.
Elle sentit une légère tension dans l’air, mais elle se força à sourire.
— Vas-y.
— Pourquoi es-tu si distante avec moi ?
La question la déstabilisa légèrement, mais elle dissimula son trouble en buvant une gorgée d’eau.
— Je ne suis pas distante, répondit-elle calmement.
— Si, tu l’es. Tu mets une barrière entre nous. Je ne sais pas si c’est volontaire ou si tu as peur de quelque chose.
Elle posa son verre, croisant les bras sur la table.
— Peut-être que je suis simplement prudente, Amadou.
— Prudente de quoi ? De moi ?
Le silence qui suivit était lourd, mais Nafi savait qu’elle devait reprendre le contrôle de la conversation.
— Tu es un homme puissant, Amadou. Je suis sûre que tu es habitué à ce que tout le monde te dise ce que tu veux entendre. Moi, je ne suis pas comme ça.
Il sourit, presque amusé.
— C’est vrai. Tu es différente. Mais je veux que tu saches que je ne suis pas aussi inatteignable que tu sembles le croire.
Elle le regarda, cherchant à décoder ses intentions. Il était clair qu’il la voulait, mais elle devait maintenir cette tension, ce mystère qui le rendait si déterminé.
— Alors prouve-le, murmura-t-elle, son regard défiant.
Amadou éclata d’un rire sincère.
— Très bien, répondit-il. Je vais te prouver que tu peux me faire confiance.
Le reste du dîner se déroula dans une atmosphère plus légère, ponctuée de conversations sur leurs intérêts respectifs. Amadou était captivant, un homme cultivé avec des ambitions claires. Mais Nafi jouait son rôle à la perfection, dévoilant juste assez pour le maintenir intrigué.
Lorsqu’il la raccompagna jusqu’à sa porte, il s’arrêta devant elle, le regard intense.
— Merci pour ce soir, dit-il doucement.
Elle hocha la tête, un sourire énigmatique aux lèvres.
— Merci à toi.
— Nafi…
Il s’arrêta, comme s’il hésitait. Puis il se pencha légèrement, sans aller jusqu’à l’embrasser.
— Bonne nuit.
Elle referma la porte derrière lui, son cœur battant plus vite qu’elle ne l’aurait voulu.