Et si je n'étais plus de ce monde ? Tous vivraient en paix. Je ne tuerais plus personne. Tous seraient en sécurité. Même mes parents ne pouvaient rien y faire.
Même s'ils étaient intervenus, quelqu'un serait mort.
C'était tout ce dont j'étais capable. Tuer les autres. Ce qui faisait de moi un monstre. Il devait y avoir au moins 30 mètres de hauteur depuis ma fenêtre. Voir 50 mètres, je ne sais pas trop.
L'idée de sauter pour me laisser m'écraser sur le sol me fit encore plus pleurer. Je me décidai. Je me dirigeai vers ma fenêtre et l'ouvris. Je me pris un courant d'air frais dans la tête.
Je réfléchis encore à ce que j'allais faire. Qui serait triste, à part mes parents et ma petite sœur ? Personne. J'avais toujours été seule. Je serai toujours seule.
Je m'assis sur le rebord de la fenêtre. On toqua alors à la porte de ma chambre.
- Megan ? Tu fais quoi ? me demanda la voix de ma petite sœur.
Je n'arrivai pas à sauter. Pas alors que ma sœur se trouvait juste derrière cette porte. J'essuyai mes larmes. Je retournai dans ma chambre en refermant la fenêtre puis ouvris la porte à ma sœur. Elle entra. Elle était si petite, âgée de 5 ans seulement.
Je lui souris.
- Je ne fais rien de particulier, lui mentis-je.
- Tu veux bien venir jouer avec moi ? Je m'ennuie, me répondit-elle.
- Oui, bien sûr, dis-je.
Elle hocha la tête avec un large sourire.
- Je vais chercher mes jouets, me dit-elle avant de sortir de ma chambre.
Je ne pouvais pas faire ça à ma petite sœur. Elle n'avait que 5 ans. Il fallait que je me batte et que je reste prudente, c'est tout. Désormais je me fixais un objectif. Je ne devais pas abandonner ma sœur.
***
J'avais 14 ans. Même si j'avais décidé de ne pas mettre fin à mes jours j'étais toujours aussi mal. Ma vie au collège n'était pas facile. Le collège était un endroit cauchemardesque où tout le monde était dans une case : les populaires, les intellos, les chelous,...
Ce n'était pas juste, mais c'était comme ça depuis longtemps. Certains avaient besoin de se sentir supérieurs. Et puis il y avait beaucoup de problèmes, tout le monde cherchait souvent des embrouilles. Le pire dans tout ça, c'était les adultes qui n'intervenaient pas.
Je me demandais s'ils étaient aveugles. Ils affichaient toujours leurs affiches dans le collège pour dire : « Non au harcèlement ».
Ce n'était pas ce qui empêcherait le harcèlement scolaire d'exister. Il y avait aussi toujours tout le monde qui critiquait.
Toujours à juger les autres, se plaindre de notre voisin, de sa classe, des personnes trop intelligentes pour nous.
Et les élèves qui ne respectaient rien. Ils arrivaient toujours en retard volontairement, mais, quel était l'intérêt ?
Enfin pour résumer, je détestais le collège.
Tout le monde connaissait mon pouvoir, encore une fois, ça n'empêchait pas un groupe de filles de ma classe de me harceler.
Et je n'avais rien dit à personne. Ça servait à rien, si ce n'était que pour afficher des affiches, me dire de les ignorer, ou je ne sais trop quoi d'autre.
Ces filles, je ne leur avais rien fait de mal. C'était juste parce qu'elles étaient des populaires, et moi, la « chelou » du collège.
Pourtant depuis le temps j'étais plus prudente et j'évitais les accidents.
Ce jour-là elles avaient a***é. Je marchais dans la cour, me dirigeant vers un banc libre pour manger un goûter que j'avais pris ce matin au cas où. J'avais faim.
J'avais pris une crêpe au chocolat et un jus d'orange en brique. Une main se posa sur mon épaule, ce qui me fit sursauter. Nous étions en hiver, il neigeait. Je me retournai pour faire face à Pauline, la pire fille du groupe.
Déjà, elle était plus petite que moi en taille. Le problème était que si j'osais même lui faire du mal je me faisais frapper. Donc ce n'était pas une solution envisageable.
En plus, c'était une fille très appréciée ici. Je ne sais pas comment car c'était une vrai peste.
- Tiens ! Miss Chelou ! me dit-elle.
Guère surprise je la fixai d'un regard mauvais. Je ne répondis rien. Je voulais partir mais elle gardait sa main fixée sur mon épaule et m'empêchait de m'en aller.
- Qu'est-ce que t'as à me fixer comme ça ? Hier on a eu un accord tu te souviens pas ? Sauf si tu préfères qu'Élisa te défonce encore, insiste Pauline.
À ce moment j'avais plutôt envie de lui envoyer mon poing dans la figure mais je m'en abstins.
- Mon devoir de maths, du coup, précisa-t-elle.
- Tu veux pas le faire toi ? Parce que je crois pas être une distributrice de devoirs de maths, mais vu que j'avais oublié que tu n'es pas capable de faire tes devoirs...ah je t'ai pas dit aussi, j'ai rien fait, me défendis-je.
J'allais avoir de gros problèmes. C'était comme si je voyais déjà mon avenir, par terre dans la neige à me faire tabasser. Une idée très intéressante et originale surtout dans ce collège.
Élisa fit son apparition.
Elle faisait au moins une tête de plus que moi. Ça, c'était moins drôle. En un coup de poing et vous étiez par terre en train d'agoniser. Au sens propre du terme.
Élisa, elle avait aucun humour. Elle riait jamais. En fait, tout le monde la craignait. Il fallait mieux ne pas chercher de problèmes avec elle.
- Fais toi plaisir Élisa, dit Pauline avec un sourire moqueur.
Je grimaçai. Bon, je ne pouvais pas espérer mieux. Je l'avais un peu cherchée aussi. Je m'habituais aussi. Je me pris un v*****t coup de pied dans le tibia.
Le pire devait être les surveillants qui nous voyaient mais ne disaient rien. Ah, aussi Pauline était la fille de la principale du collège.
On ne pouvait rien lui reprocher. J'aurais pu utiliser mon pouvoir mais je ne le faisais pas. Après ce coup de pied dans le tibia je tombai à genoux.
Tous circulaient autour de nous comme si tout allait bien.
- Donne-moi mon devoir de maths ! me cria Pauline.
Elle n'avait toujours pas compris que je ne l'avais pas fait ? Ou elle avait peut-être crû que je mentais ? Je me pris un coup de pied en plein ventre, et je ne pus m'empêcher de vomir mon petit-déjeuner aux pieds de Pauline en m'écroulant à plat ventre. J'avais la tête dans mon vomi. Oui, c'était dégueulasse, ou à proprement parler très répugnant.
- Beurk ! confirma Pauline, viens Élisa, on part. Et oublie pas Megan. Si tu le dis à tes parents t'es morte, on te vire du collège et tu finiras en justice.
Elles repartirent. Au moins je n'avais pas eu affaire à toute la b***e. La sonnerie avait déjà retenti. Je me précipitai aux toilettes pour me débarbouiller, en pleurant.
Je ne voulais pas retourner en cours. Je n'avais pas le choix, de toute manière. Le sac sur les épaules j'allai à mon cours de maths. Si je détestais les maths, c'était à cause de ma professeur de maths, Madame Nasy.
J'entrai dans la salle en me préparant à cette grande épreuve.
- Megan Stones ! cria la professeur.
Je levai les yeux vers elle. Elle avait l'air...et bien, folle de rage. Elle me lançait un regard noir.
- Deux heures de colle pour un retard de deux minutes et quarante quatre secondes ! aboya-t-elle.
J'avais oublié de préciser qu'elle était toujours extrêmement précise. Chaque seconde comptait, chaque nombre après la virgule. J'allais avoir deux heures de colle, et pire encore, deux heures d'édition spéciale avec Madame Nasy, la seule à faire des heures de colle spéciales avec elle. J'en étais presque honorée.
- Va à ta place au lieu de rester plantée là ! Ne retarde pas plus le cours ! me cria-t-elle.
Toujours dans la délicatesse et la gentillesse, cette prof. Je ne me le fis pas dire deux fois et allai à ma « place », c'est-à-dire le pire bureau du collège tout au fond de la salle qui était presque collé au mur du fond.
Au moins si vous vouliez vous amincir vous étiez servis. En plus c'était un bureau en bois avec des tonnes d'échardes. Je me demande si ce n'était pas un bureau spécialement dédié pour moi. Il me ressemblait bien. Je m'assis sur ma chaise et sortis mes affaires.
- Bien, maintenant que Megan nous a retardés, nous allons commencer le cours pendant qu'elle recopiera cinq cents lignes pour être arrivée en retard. Compris Megan ? dit-elle en insistant sur chaque mot qui me désignait.
Je sortis calmement une feuille à carreaux et copiai mes cinq cents lignes. Après le « cours » pendant lequel j'avais passé mon temps à copier : « Je ne dois pas arriver en retard », j'avais permanence. Permanence, ça voulait dire Pauline sur le chemin.
Elle m'attrapa par le bras lorsque je marchais dans les couloirs pour m'emmener dans un coin.
- T'as crû tu pouvais m'avoir si facilement ?! me cria-t-elle.
Je ne comprenais pas, comme les trois quarts du temps.
- Élise, viens, dit-elle.
Pauline me relâcha et son amie s'avança vers moi.
- Tu vas payer pour tous les morts que tu as fait, me dit Pauline avec un regard assassin.