C’est ma sœur. Je m’attendais à voir Tyler. Pourquoi elle ? Elle est jeune, ne devrait pas être là. Les cagoules noires sont des monstres. Le gouvernement est un monstre. Comment peuvent-ils faire ça à une jeune fille de douze ans ?
Ma sœur panique. Elle regarde autour d’elle, ne comprenant pas ce qu’il se passe. Je désactive mon pouvoir d’invisibilité, et dès qu’elle m’aperçoit elle semble soulagée.
- Megan ! se réjouit-elle.
- Pas si fort. Je vais te sortir d’ici, on va sauver les autres, et on partira loin d’ici. On va devoir être invisibles et ne pas faire de bruit. Il ne faudra pas parler car ces personnes sont dangereuses et nous veulent du mal, je chuchote.
- Oui je te suis, me répond-elle.
Je la détache en vitesse. Je me rends compte à quel point je tremble, je stresse et je m’épuise. Je m’y prends à plusieurs reprises avant de réussir à détacher entièrement Lana. Elle se lève. Je lis la frayeur dans son regard. Je dois la rassurer, elle doit sortir d’ici en toute tranquillité.
- Tout va bien se passer, je lui assure.
Ma sœur hoche la tête. Je me concentre pour nous rendre toutes deux invisibles. J’ai conscience des risques, après cela je serai épuisée, je serai inconsciente pendant plusieurs jours.
Je prends la main de ma petite sœur pour la guider et la rassurer. Bien qu’elle soit invisible je la vois. Dès que nous sortirons nous devrons courir car les gardes réagiront vite.
- Prête ? je demande.
Lana hoche la tête. Nous nous dirigeons vers la porte et l’entrouvrons. Je commence alors à courir en traînant Lana. Je fais attention à ne pas courir trop vite afin qu’elle puisse me suivre sans être traînée de force. Dehors l’alarme sonne toujours, mais moins forte.
Je prends un couloir au hasard et nous disparaissons au moment où les gardes tirent en tous sens en espérant nous atteindre.
Lorsque nous sommes suffisamment loin je ralentis et me tourne vers Lana. Elle me fixe avec ses grands yeux bleu vif et ses longs cheveux blonds et lisses se balancent de droite à gauche.
Tout va bien, je pense.
Je te fais confiance, me répond Lana.
Maintenant nous marchons presque. C’est alors que l’alarme change, plus forte. Je reconnais l’intensité de la même alarme que l’autre fois, au lycée. Je comprends alors quand Lana se tord de douleur par terre en se couvrant les oreilles des deux mains.
- Lana ! je m’écrie.
- Pars sans moi ! me répond-elle d’une voix faible.
- Hors de question ! j’insiste.
Je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas la laisser là.
- Ne te concentre pas sur l’alarme, concentre-toi sur ma voix, dis-je.
Ma sœur hoche la tête.
- Monte sur mon dos. On va trouver le Sujet Numéro Trois, j’ajoute.
Lana a du mal à bouger, mais je parviens à la hisser sur mon dos. Je continue de trottiner avec difficultés. Lana me ralentit, j’ai mal au dos. J’essaie d’ignorer la douleur. Après tout ça nous partirons dans un autre continent, tout sera fini.
Heureusement ça ne dure pas une éternité. Nous arrivons à une nouvelle intersection de couloirs avec cette fameuse porte : Sujet Numéro 3. Des gardes sont postés devant, comme je m’y attendais.
Attends moi là, et ne fais pas de bruit. Je vais te maintenir invisible, je pense.
D’accord, me répond la voix lointaine et faible de Lana.
Je la dépose sur le sol. Elle s’adosse contre le mur blanc du couloir, immobile, le visage empli de douleur. Je ne vais pas abandonner ma sœur. Je vais la sortir de là, ainsi que tous les adolescents. C’est mon unique but. Je n’ai que ça en tête.
Je ne perds pas de temps et ne réfléchis pas vraiment. Je me précipite vers la porte du Sujet Numéro Trois. Il devient difficile de maintenir Lana car elle est trop loin, mais je m’y force.
J’ai la tête qui tourne. J’ouvre la porte en grand, créant la confusion parmi les gardes. Le Sujet Trois est bien Tyler. Il est conscient et tourne brusquement la tête vers la porte que je viens d’ouvrir.
Je me précipite vers lui, toujours invisible. Je le détache puis le rend invisible au moment où un garde s’apprête à nous tirer dessus. Tyler roule sur le côté pour s’aplatir par terre. Je m’aplatis face contre terre afin d’esquiver la balle.
Ensuite je rampe sur le sol pour sortir de la pièce. Les cagoules noires mitraillent la salle mais ne parviennent pas à m’atteindre. Je ne sais pas si Tyler va bien car il est derrière moi.
Les gardes se rendent compte alors qu’ils n’ont plus de balle. Je profite de ce moment de confusion pour me relever et courir dehors pour rejoindre ma sœur. J’entends les pas de Tyler derrière moi, tout va bien.
Je m’y prends brutalement pour hisser ma sœur sur mon dos. Nous n’avons pas le temps. Je cours le plus vite possible malgré mon épuisement et ma vision qui se brouille légèrement.
J’entends les gardes nous courser. Cette fois nous n’avons pas le choix.
Je lance un regard furtif vers Tyler qui comprend. Nous nous arrêtons brutalement, et j’attrape le bras de Tyler. Alors un champ de force puissant émane de lui. J’entends les gardes s’écrouler tous à terre.
Aussi l’alarme s’éteint. Le champ de force a détruit les haut-parleurs. Lana se laisse glisser de mon dos et nous repartons en trottinant tous les trois.
- Tout le monde va bien ? je demande en haletant.
- Oui ça va, me répond Tyler.
Nous prenons un virage à gauche et stoppons net. Cette fois ce n’est pas une intersection de couloirs, c’est juste un grand couloir avec une cinquantaine de portes, et beaucoup trop de gardes.
Je ne vois aucune solution, je n’ai plus d’énergie pour refaire un champ de force puissant. Je regarde Tyler d’un air paniqué. Il me rend mon regard. Super. Je suis à bout de souffle. Des tâches noires dansent devant mes yeux.
Je suis à deux doigts de m’écrouler par terre et de m’évanouir, et donc de nous mettre tous à découvert. Tandis que je réfléchis bêtement, je sens un liquide à mes pieds, montant petit à petit jusqu’aux genoux. Je baisse les yeux et vois de l’eau.
Tyler cherche lui aussi une solution et improvise. Le problème est que d’ici à ce que les gardes soient morts noyés, soit je serai évanouie donc je ne saurais pas ce qu’il se passera, soit nous serons tous morts noyés aussi.
Tyler remarque mon épuisement.
- Je m’en occupe, m’assure-t-il.
Je lui fais confiance et hoche la tête. L’incompréhension se marque sur les visages des gardes lorsque l’eau monte encore et encore. Mes yeux commencent à se fermer seuls et je lutte contre la fatigue. À force je n’y arrive plus et entends des cris avant de sombrer dans l’inconscience.
***
J’avais 10 ans. C’était peu après que Clara ne soit plus mon amie. Je me sentais vide, déprimée. Un désespoir sans fin. Je me haïssais. Je n’étais qu’un monstre. J’avais tué ma cousine, mes amis, des personnes qui ne m’avaient rien fait de mal.
J’étais assise en boule sur mon lit, appuyée contre mon mur blanc. J’habitais en appartement, au dixième étage. L’endroit était très luxueux et lumineux, magnifique. Ce jour là il pleuvait. Le ciel était gris et l’orage grondait.
Je pleurais à chaudes larmes. J’en avais marre de ma vie, de mon pouvoir, de tout. Je voulais être normale, comme tout le monde, avoir des amis, être heureuse. Mais ça n’arrivera jamais. J’avais fermé la porte de ma chambre à clé.
Je faisais toujours comme si tout allait bien avec ma famille, mais au fond j’étais plus que triste. Je fixais le ciel par ma fenêtre. Un éclair zébra le ciel. Quelques secondes après le tonnerre éclata. Une idée germa dans mon esprit. Sans doute la pire idée.