Lettre à OlympeChère Olympe,
Je suis navrée de t'apprendre que malheureusement, aujourd'hui encore, les femmes doivent se battre chaque jour pour leur liberté.
Certes, des avancées certaines ont vu le jour, comme le droit de vote par exemple. Mais il aura fallu attendre cent cinquante-trois ans après toi, pour l'obtenir ! Ma pauvre Olympe, tu dois te retourner dans ta tombe, toi féministe notoire, en voyant le temps nécessaire à l'acceptation de notre individualité !
Il est vrai que dans cette société patriarcale, tout tourne autour du Dieu « Phallus ». Même la grammaire, lui donne la priorité : le masculin l'emporte toujours sur le féminin ! Nous travaillons souvent pour un salaire inférieur à celui de ces messieurs. Rien n'est juste... Il faut dire que la politique a longtemps été faite par l'homme, pour l'homme. C'est seulement depuis quelques années que nous pénétrons dans ce péricycle très fermé et pouvons faire entendre notre voix. Aussi, de grands noms émergèrent. Je vais te présenter plusieurs de ces dames exceptionnelles qui resteront à jamais dans l'histoire. Simone a révolutionné nos vies sexuelles et nous a offert l'avortement. Mais je serai injuste de ne pas citer Françoise, secrétaire d'État à la condition féminine, ou encore Yvette, ministre déléguée de nos droits. Sans oublier Marguerite, qui foula en pionnière le sol de l'Académie Française, et Édith Première ministre de sexe féminin.
Cela te fait plaisir, Olympe, de découvrir leurs doux noms ? J'en oublie, qu'elles me pardonnent !
Toutefois, beaucoup de travail reste à venir. Il va falloir poursuivre la lutte afin de conserver nos acquis. Comme tu peux le constater, rien n'est terminé. Mais parfois, je me surprends à rêver. Et si le changement des mentalités masculines découlait des progrès de la science ?
Oui, je nage en pleine fiction. Mais pourquoi pas ! Imagine l'homme portant un jour un enfant ! Sentant la vie naître en lui ! Accouchant d'un nouvel être et se découvrant un instinct maternel ? Peut-être alors découvrirait-il toute la part de féminité qui existe en lui et mettrait-il au repos son esprit guerrier ?
En attendant ce jour, je salue ton audace, ma chère Olympe, toi qui as osé écrire ces mots si actuels :
« La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. »
Je souhaite que cette phrase prenne enfin tout son sens.
Reçois mes meilleures pensées féminines.
Marianne
Agnès Ancel
Orléans - France