Line était avec Muna dans le salon. Elle avait vu Sawa arrivé mais elle ne lui adressa point la parole.
- Je vous l'avais bien dit Line, que Sawa finirait par venir, dit Muna.
- En effet, je n'y croyais vraiment plus, Muna.
- L'espoir Line, l'espoir demeure la seule chose qu'on ait. Vous savez, il y'a quelques années quand j'ai perdu mes deux autres enfants, j'ai vu mon monde s'écrouler sous mes yeux impuissants. J'étais anéantie.
- Je n'en avais aucune idée. Donc Eding n'était pas votre fille unique?
- Non non, j'avais trois enfants. Eding mon aînée, Nvaye la deuxième et Akiba le petit dernier.
- Quand on voit votre famille, on ne pourrait même pas se douter que vous avez traversé une telle épreuve. Perdre deux enfants,c'est tout simplement inpensable.
- Le temps Line, il n'ya aucune blessure que le temps ne puisse guérir.
- J'espère ne pas passer pour une indiscrète mais qu'est ce qui leur est arrivé à vos enfants ?
- Mes bébés sont décédés suite à un horrible incendie. Ils étaient tous les trois à la maison ce jour là. Je ne sais par quel miracle Eding s'en était sortie mais c'était une période très éprouvante pour Jude, Eding et moi. Eding avait neuf ans, Nvaye 6 et Akiba n'en avait que 4. C'était la période où mon mari et moi travaillions encore durs pour le lancement de notre entreprise. J'avais embauché une nounou pour prendre soin des enfants dès leur sortie des classes jusqu'à mon arrivée. Mais ce jour là, rien ne se passa comme d'habitude. J'étais bloquée dans les bouchons et la nounou avait reçu un coup de fil disant qu'un membre de sa famille était dans un état critique. Quand elle me le fit savoir par téléphone, je la laissai s'en aller. Je lui avais donné des instructions par rapport aux enfants. Je sais que ce n'était pas prudent de laisser mes trois enfants de moins de dix ans, seuls à la maison mais je ne pouvais pas empêcher la nounou de résoudre ses problèmes personnels. Quand j'arrivai à la maison, il y avait une grande foule devant chez moi ainsi que des pompiers. Imaginez ce que j'ai pu ressentir en voyant ma maison en cendre, sachant que les enfants étaient à l'intérieur. J'ai eu une crise de panique en entendant les gens dire que les enfants qui étaient à l'intérieur étaient tous décédés. Je m'évanouis et quand j'ouvrit les yeux, j'étais dans une ambulance avec Jude. Je criais et je demandais à Jude où étaient passés mes enfants. Mais Jude ne me disait rien. Quand il me serra dans ses bras ce jour là, j'eus l'impression que ma vie était terminée. Je n'arrivais pas à croire que j'avais perdu mes trois raisons de vivre. Je voulais voir mes enfants. Quand nous sommes finalement arrivés à l'hôpital ce jour là, c'est à la morgue que nous nous sommes d'abord rendu. J'ai vu les corps calcinés de mes deux derniers enfants. C'était une douleur insoutenable. À un moment, je demandai à voir le corps d'Eding car j'étais sûre qu'elle aussi avait fini comme ses frères parce qu' ils étaient tous les trois dans la maison. Mais le morguier nous dit qu'il n'avait reçu que deux corps d'enfants calcinés. À entendre ces paroles, un tout petit brin d'espoir renaissait en moi.
Muna s'arrêta, prit un mouchoir et essuya ses larmes.
- Pardonnez moi Line, de me mettre dans un tel état. C'est juste que, remuer le passée réveille des sentiments qu'on pensait avoir oublié.
- Ne vous en excusez pas Muna! Nul ne pourrait se remettre d'une telle épreuve, vous êtes une femme admirable, croyez moi. Dites moi, qu'est ce qui était arrivé à Eding ? Où était elle?
- Eding avait été conduit à l'hôpital. Miraculeusement, elle n'avait que des blessures superficielles. La savoir en vie me donna du courage pour avancer dans la vie. Jude et moi avions perdu tout espoir je vous assure.
- Comment Eding a réagit à son réveil? Ça a du être difficile pour elle aussi.
- Difficile c'est peu dire Line. Eding n'avait peut être rien physiquement mais elle souffrait intérieurement. Ce traumatisme avait complètement changé ma petite fille. Elle se sentait coupable des décès de ses frère et sœur. Ma petite a passé des moments très difficiles. Elle faisait des cauchemars dans la nuit, faisait une amnésie partielle que même la science ne pouvait justifier. De peur de perdre le seul enfant qu'il nous restait, Jude et moi prirent la décision de l'emmener vivre chez ses grands parents pendant un temps. Là bas, elle était suivi par un psychologue. Quand on la récupéra une année plûtard, elle nous posa beaucoup de problèmes par son comportement. Je ne peux vraiment pas vous dire le nombre de fois où ma fille s'est fait exclure des établissements scolaires. Mais son comportement a totalement changé quand elle a rencontré votre fille il y'a quelques mois déjà. Vous comprenez donc pourquoi votre fille compte tant pour nous. Elle nous a aidé à retrouver notre petite fille. Votre fille est une bénédiction pour notre famille.
L'histoire de Muna avait tellement émue Line qu'elle en coula des larmes. Tout ce temps, Line se disait qu'elle était la plus malheureuse de la terre. Mais après avoir écouté Muna, elle compris qu'il y'a des personnes qui ont connu pire qu'elle. Elle ne regarda plus Muna comme une femme riche à la vie parfaite mais plutôt comme une femme forte qui a su surmonter toutes ses peines.
- Muna, je suis très heureuse que nos filles se soient rencontrées et se soient liées d'amitié. Leur rencontre m'a permis de rencontrer une famille comme la vôtre. Quand j'entends de votre bouche tout ce que vous avez dû traverser, je me dis que je me dois d'être forte, oui forte pour ma fille.
- Je sais que ce n'est pas facile mais, laissez moi vous dire Line, que c'est l'attitude à avoir.
Muna se leva de sa chaise afin de faire un câlin à Line qui en avait vraiment besoin.
- Donnez vous et à votre mari une nouvelle chance dans la vie, murmura Muna à Line.
- Merci infiniment, répondit Line.
- Je pense donc que vous devriez monter rejoindre votre famille, redit Muna.
- J'y compte bien, mais je pense que père et fille ont sûrement plein de chose à se dire.
- J'imagine.
- Maintenant que j'ai quelqu'un à qui parler, tenez vous bien Muna car je compte vous vider mon sac.
- Allez y car ça m'a fait du bien aussi de vous ouvrir mon coeur.
- Plus jeunes, quand Sawa et moi nous sommes connus, on était très heureux. Les choses s'enchainèrent vite. On se maria et on eut Muléma. C'était un véritable conte de fée. Mais quelques années plus tard, tout a basculé. Avec la crise économique qu'avait connu l'entreprise où travaillait Sawa, il perdit son emploi comme certains de ses collègues. Après cela il est devenu alcoolique. J'ai vu l'homme que j'aimais se transformer en monstre du jour au lendemain. Mais je n'étais pas la personne la plus affectée par son comportement. C'est Muléma qui en souffrait le plus. Elle n'a jamais vraiment connu l'amour d'aucun de nous deux. L'attitude de Sawa avait néanmoins eu plus d'impact sur moi que je ne le pensais. Je suis devenue aigrie avec le temps au point d'en oublier ma propre fille. C'était un environnement infernal à la maison. Je travaillais tous les jours mais quand je rentrais le soir, c'était soit les disputes avec Sawa ou même des luttes. On était tellement aveugler par notre haine et notre frustration qu'on en oublia ce que pouvait bien ressentir notre fille. À cause de cette situation, Muléma est rapidement devenue indépendante. Elle faisait de petits boulots par ci et là. Elle se débrouillait toute seule. Et pour ses études, elle obtenait chaque année des bourses. Je ne lui demandais jamais rien parce que je me disais qu'elle préférait s'en sortir toute seule. Néanmoins, je l'observais de loin et j'étais sécrètement fière de tout ce que ma petite fille avait réussit à accomplir d'elle même. J'avais bien constaté qu'elle était devenue très réservée mais je me disais que ce n'était qu'une crise d'adolescence. Mais la vérité était qu'au fond d'elle, ma petite fille souffrait à cause de nous. Elle souffrait en secret. Quand ma fille a rencontré la vôtre il y'a quelques mois déjà, j'ai vu un changement s'installer. Muléma souriait plus, elle avait l'air d'être heureuse. Des fois, Muléma ramenait Eding à la maison et en voyant comment était Eding, j'ai mieux compris pourquoi ma fille avait tant changé. C'est d'ailleurs parce que j'avais vu à quel point Eding avait une bonne influence sur ma fille que je la laissait venir chez vous de temps en temps. Mais un jour pendant une dispute avec Sawa, Muléma s'interposa entre nous deux et Sawa la poussa. Elle tomba et se cogna la tête. Elle avait d'ailleurs perdu connaissance mais je ne l'ai pas conduite à l'hôpital. Je ne cesse de me dire que tout est de ma faute. Si j'avais conduit Muléma à l'hôpital après ce choc, rien de tout ceci ne se serait passé.
- Mais ne dites pas cela Line. Vous n'auriez pas pu deviner que ça prendrait cette tournure.
- Mais j'aurais dû la conduire à l'hôpital au lieu d'attendre qu'elle se réveille.
- Écoutez, moi aussi je me suis senti coupable des décès de mes enfants pendant des années. Je me disais que si j'étais rentrée plus tôt ou si je n'étais pas aller travailler ce jour là, rien de tout cela ne se serait passé. Mais penser ainsi ne vous avance en rien. Vous aurez beau retourner tout cela dans votre tête mais ça ne changera jamais le passé. Vous laisser ronger par la culpabilité ne fera que vous tuer à petit feu.
- Vous avez raison,mais je ne sais même pas comment je réussirai à surmonter cette situation.
- Et bien, nous la surmonterons tous ensemble.
- Je ne vous serai jamais assez reconnaissante, Muna.
- Line, vous avez la chance de savoir que les jours de votre fille sont comptés. Cela vous permet de vous préparer psychologiquement à cette grande perte. Moi j'ai perdu mes enfants brusquement. Je suis sortie un matin et je ne savais pas que c'était la dernière fois que je les voyais. Mais vous, vous avez l'occasion de pouvoir chérir votre fille une dernière fois, profitez pleinement de cette occasion.
Line cessa de pleurer et essuya ses larmes.
- Vous avez raison Muna, je dois saisir cette chance.
Après cette conversation, Line se leva et alla en direction de la cuisine, il était l'heure de manger pour Muléma. Line avait prit la décision d'être avec sa fille intensément jusqu'à la fin. Line prit le repas de sa fille et monta avec.
- puis je entrer? demanda Line.
- Entre, dit Sawa.
- C'est l'heure de manger, mon bébé, s'adressa Line à Muléma.
Line prit place près de son mari et de sa fille.
- Puis je s'il te plaît, nourrir Muléma pour cette fois? demanda Sawa à sa femme.
Line passa le repas de Muléma à Sawa et celui ci se mit à nourrir sa fille. Le rêve de Muléma s'était enfin réalisé. Elle retrouvait ses parents tels qu'elle les avait connu dans son enfance. Line et Sawa se regardaient avec tant de tendresse. Si un jour quelqu'un avait dit à Muléma qu'elle serait avec ses parents dans une pièce ainsi et que son père la nourrirait, c'est sûr qu'elle lui aurait rit au nez. Elle n'avait qu'un seul souhait et c'était que ses parents restent ainsi l'un avec l'autre. Elle voulait qu'ils soient heureux l'un avec l'autre pour toujours. Muléma fit un signe de la main à son père pour que celui ci arrête de la nourrir et il arrêta.
- J'aime vous voir ainsi tous les deux. J'espère que même après mon départ, vous garderez cette attitude l'un envers l'autre. Je vous aime tellement tous les deux. Je ne veux pas que vous vous en fassiez pour moi. Sachez que je pars heureuse. Aujourd'hui, vous m'avez fait le plus beau cadeau que des parents puissent faire à leur enfant. Merci pour tout l'amour dont vous m'avez inondé.
- Shut, mon bébé, ne fait pas trop d'efforts, dit Line.
- Je vais bien maman... Ne t'inquiètes pas pour moi, dit Muléma avec le sourire.
-Pouvez vous faire venir tout le monde s'il vous plaît ? redit Muléma à ses parents.
Ceux ci sortirent promptement de la chambre pour ramener le reste de la famille.