Chapitre 9: partie 2

1154 Mots
Eding chantait la même chanson encore et encore. À certains moments, Muléma l'accompagnait car elle se souvenait encore des paroles. Elles cessèrent de chanter quand elles entendirent toquer à la porte de la chambre. - Entrez, dit Eding. Quand la porte s'ouvrit, c'était une énorme surprise pour toutes les deux. Elles n'en croyaient pas leurs yeux. C'était Sawa Ibohn, le père de Muléma. Eding se leva promptement, dit au revoir à Muléma et s'en alla en fermant la porte derrière elle. Eding était contente que Sawa ait pu venir. Elle ferma la porte car elle ne voulait pas que Muléma et son père soient dérangés. Elle voulait qu'ils profitent tous les deux à fond de ce moment si privilégié entre père et fille. De l'autre côté de la chambre, Sawa prit place sur la chaise près du lit où Muléma se trouvait. Et il ouvrit la conversation. - Ma petite Puce, Muléma Ibohn. Sais tu seulement pourquoi est ce que je t'ai prénommée ainsi? Muléma fit un signe de la tête, façon de répondre "non" à la question de son père. - Et bien, "Muléma" veut dire " mon coeur" en Douala, notre langue vernaculaire. Je ne t'apprends sûrement rien, tu le sais. Je t'ai donné ce prénom parce que tu représentes tout ce que j'ai de plus chère sur cette terre. Tu es ma seule réussite. Je sais que je ne te l'ai jamais montré d'une quelconque manière mais sache que je t'ouvre mon cœur aujourd'hui. Je suis tellement désolé de ce que je t'ai fait subir. J'ai si honte ma puce... Sawa arrêta de parler un instant et fondit en larmes sous le regard de sa fille mourante. Muléma leva son bras gauche, le pausa sur le genou de son père. - Je t'ai déjà pardonné, lui dit elle. - Non, laisse moi parler, n'essaie pas d'apaiser ma douleur. Laisse moi t'ouvrir mon coeur meurtri. J'ai fait tellement de mal à ta maman et à toi. Après avoir perdu mon emploi, je me suis senti inutile. Je me sentais comme un moins que rien. Alors sans même savoir comment, je me suis livrer à l'alcool. J'ai cherché refuge dans l'alcool croyant que cela m'apaiserait mais il n'en était rien. Je suis plutôt devenu un ivrogne, un père indigne et un mari inutile. J'aurais dû m'accrocher à la vie, j'aurais dû chérir ma famille mais je ne l'ai pas fait. En devenant alcoolique, je suis devenu tout ce que je n'imaginais pas être un jour. Je suis devenu un homme v*****t. Je n'osais affronter ni toi, ni ta mère car je suis rongé par la culpabilité. Et si aujourd'hui ma petite fille se retrouve dans cet état, je suis l'unique responsable. Non seulement j'ai rendu ta vie et celle de ta mère malheureuses mais je suis aussi responsable de toutes tes souffrances. Je suis responsable de ton décès précoce. Rien ne pourra jamais justifier mes actes. J'aurais donné tout ce que j'ai pour t'éviter tout ce que tu vis en ce moment. J'aurais donné tout ce que j'ai pour être couché sur ce lit à ta place. Mon petit ange, tu ne mérites aucunement ce qui t'arrive. Pardon, je te demande pardon, pardon pour tout. Entendre tout ceci était éprouvant pour Muléma. C'est vrai que sa relation avec son père n'a jamais été une vraie relation père-fille, mais nul n'aimerait entendre l'un de ses parents tenir un tel discours à son égard. Malgré les tensions, Muléma aimait son père très fort, même si elle n'en donnait jamais l'impression. Le voir devant elle dans cet état lui avait brisé le cœur. Elle était tellement touchée que ses larmes jaillissaient de ses yeux sans qu'elle ne puis contrôler leur écoulement. - Arrête je t'en prie, papa s'il te plaît arrête, dit Muléma. - Ne m'empêche pas de te dire ce que je ressens, mon cœur est si lourd de chagrin. Je mourai si je n'extériorise pas tout cela. Qu'ai je fait? Je t'ai privé de ta vie, mon amour. Je t'ai tout retiré sans scrupules. Je t'ai d'abord privé de bonheur et ensuite, je t'ai privé de ta propre vie. Ce qui me blesse le plus, c'est que tu t'en iras avec de tels souvenirs de moi. Tu t'en iras avec des souvenirs d'un père ivrogne et v*****t. Tu t'en iras avec l'image d'un père assassin. J'aurais tellement voulu avoir une vraie relation père-fille avec toi. J'aurais voulu qu'on soit tout les deux complices. J'aurais voulu t'apprendre tellement, tellement de chose sur la vie. J'aurais voulu faire tellement de choses pour toi, ma petite, mais il n'en sera jamais rien. J'aurais voulu que tu t'en aille avec le souvenir d'un père aimant. Je suis désolé d'avoir fait de ta petite vie un véritable enfer. Je suis désolé d'avoir mis fin à tes jours de façon si brusque. Pardonne moi, de t'avoir ôté la vie. Je ne suis même pas digne de rester auprès d'une âme aussi pure que la tienne. Je n'ai pas mérité d'avoir un ange comme toi pour fille. Je pense que je devrais m'en allé. Sawa se leva de sa chaise, dans l'intention de s'en aller. Muléma l'avait bien compris. - Papa, reste, reste avec moi, je t'en prie, dit Muléma en pleurant. Ne me laisse pas. Donne moi la chance de recevoir tout l'amour que tu as mis en réserve pour moi, même si ce n'est que pour quelques heures. Ne me retire pas la chance de t'aimer une dernière fois. Nul ne pouvait rester insensible face à ces paroles. Certes la douleur de Sawa était grande, mais les paroles de sa fille le touchèrent au plus profond de lui même. Il ne comprenait pas comment est ce qu'elle pouvait toujours l'aimé après tout ce qui s'était passé. Entendre ces paroles de sa fille le remplissait de remords. Sawa se sentait d'avantage coupable. - Je t'aime papa, balbutia Muléma. - Je t'aime aussi chérie, répondit Sawa. - Alors, accompagne moi jusqu'à la fin. - Je te le promets Muléma. Sawa se rassit et serra très fort la main de sa fille. Pendant ce temps, Eding était restée à la porte et avait entendu toute la conversation. "Ce n'est pas bien d'écouter aux portes mais je ne regrette absolument pas de l'avoir fait cette fois ci" pensa Eding. Muléma rayonnait. Elle avait l'air d'une personne complète, une personne qui avait eu tout ce qu'elle désirait dans la vie. Après cette conversation mouvementée, Sawa et sa fille restèrent longtemps dans le silence. Ce silence là n'était pas comme les autres, c'était un silence qui en disait long. C'était un silence paisible. Juste à voir les regards que pére et fille se lançaient, on pouvait sentir qu'il y avait de l'amour dans l'air. On pouvait sentir que ces deux là étaient connectés. Ayant constaté que le silence reignait dans la chambre, Eding arrêta d'écouter à la porte et s'en alla. Elle était satisfaite de ce qu'elle avait entendu, elle était heureuse de savoir Muléma heureuse.
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