Le réveil d'Eding fut perturbé par des cries. C'était ceux de Muléma.
- Infirmière! infirmière! hurlait elle en pleurs.
- Qu'as tu Muléma, parle moi je t'en prie, disait Eding toute paniquée.
- Je n'arrive pas lever mon bras droit, Eding, je n'y arrive pas.
Muléma hurlait très fort. L'infirmière arriva aussitôt suivie du reste de la famille. L'infirmière mis tout le monde hors de la chambre et elle resta toute seule avec Muléma. L'inquiétude battait son plein dans ce couloir où ils se trouvaient tous. Tout le monde dans le maison savait que Muléma ferait face à ce genre de trouble mais nul ne s'attendait à ce qu'elle le vive avec tant d'intensité. L'entendre hurler de panique était une t*****e pour tous. Malgré que l'infirmière soit avec elle, Muléma ne cessait d'hurler. Jude décida donc d'appeler le médecin, ce même médecin qui avait diagnostiqué Muléma. Celui ci essaya de rassurer Jude tant bien que mal mais, en essayant de faire comprendre que ce qui arrive à Muléma n'est que normal dans son état. Jude ne voulait rien entendre, il voulais juste que le médecin vienne chez lui. L'infirmière voulu une fois de plus injecter un calmement à Muléma mais celle ci disait : " s'il vous plaît ne m'injectez pas, j'en ai assez, je vous en prie." En entendant sa fille supplier ainsi, Line ne pu se contrôler et entra dans la chambre.
- S'il vous plaît, ne lui injectez pas ce truc si elle n'en veut pas. Dit Line à l'infirmière.
- Mais c'est le seul moyen de la calmer madame, rétorqua l'infirmière.
- Je vous en supplie, ne le faites pas, je sais que vous maîtrisez votre boulot mais mettez vous à ma place.
Muna entra elle aussi dans la chambre et demanda à l'infirmière de bien vouloir disposer. Line prit place près de sa fille, posa la tête de cette dernière sur ses genoux, et elle lui chanta une berceuse. Ce n'était pas n'importe quelle berceuse que Line chantait à sa fille, c'était la berceuse qu'elle lui chantait souvent dans son enfance. Line avait appris cette berceuse de sa maman, elle était en Douala, sa langue vernaculaire. Line chantait et caressait le visage de sa petite fille. Muléma s'endormit sur les genoux de sa mère, en écoutant la berceuse de son enfance. On aurait dit qu'entendre ce chant avait apporter de la sérénité à Muléma. Elle en oublia même son bras paralysé. Eding n'osa pas entrer dans la chambre, tellement elle était bouleversée. Elle se retira donc dans sa chambre à elle, vérouilla la porte et laissa exprimer ses sentiments par des pleurs. Rien n'était plus atroce que de voir quelqu'un qu'on aime souffrir devant soi, sans être capable de l'aider. Eding se sentait tout simplement impuissante.
Le médecin arriva mais il trouva Muléma endormit sur les genoux de sa mère. Line était restée là avec sa fille sur les genoux, chantant sa berceuse. Elle aurait pu rester là l'éternité tout entière. Muna se chargea de parler au médecin de la crise que Muléma avait eu quelques instants plus tôt. Le médecin trouva cela normal. Muna lui parla aussi du refus de Muléma par rapport à la prise de calmement.
- Eh bien, si vous ne souhaitez plus qu'elle en prenne, qu'il en soit ainsi. De toute façon, ces calmement ne font que la calmer, leur dit le médecin.
Il ausculta Muléma et s'en alla. Vu que celle ci dormait toujours profondément, ils la laissèrent tous se reposer. Muléma se réveilla quelques heures plûtard et sa maman insista auprès de l'infirmière pour qu'elle la laisse s'occuper d'elle juste pour ce jour là. Line fit donc prendre un bain à Muléma et la nourrit aussi de sa main. Elle fit tout cela sans que Muléma ne dise un mot. Elle ne parlait pas. Elle ne répondait à aucune question, elle se laissait juste aller. Nul dans la maison ne savait comment réagir face à ce nouveau comportement qu'affichait Muléma. Ils essayaient tous de comprendre pourquoi ce changement. Peut être ne se souvient elle plus de rien, ou alors elle a aussi perdu l'usage de la parole, se disaient ils les uns aux autres. Quand les adultes laissèrent enfin Muléma toute seule, Eding alla à son tour rester auprès de son amie.
- Bonjour Muléma, tu vas mieux ? demanda Eding.
Eding espérait que Muléma lui répondrait au moins. Mais, elle ne disait rien.
- Qu'est ce qui t'arrives? tu sais que tu peux tout me dire, alors, s'il te plaît, parle moi Muléma, redit Eding.
Mais comme toujours, Muléma ne lui donna aucune réponse. Alors Eding s'assit sur une chaise près du lit de Muléma et elle baissa sa tête contre le lit. Elle pleurait. Plusieurs minutes s'écoulèrent mais Eding pleurait toujours et Muléma la regardait sans rien dire ni rien faire. Mais soudain, Eding entendit une petite voix marmonner: " je veux vivre". C'était Muléma qui parlait. Eding leva la tête et regarda son amie.
- Moi aussi, je souhaite plus que tout au monde que tu vives.
- Mais je vais mourir, je le sais, déclara Muléma.
- Shut, ne dis pas cela.
- Je suis triste de tous vous rendre tristes. J'ai sûrement dû faire un truc abominable dans le passé pour avoir à subir tout ceci.
- Ne dis pas cela, tu es la meilleure personne que j'ai rencontré. Tu ne nous rends pas triste du tout, ne pense pas cela. Nous sommes tous fiers de t'avoir dans nos vie.
- Eding, j'aimerais que tu me chantes une chanson, tu sais, celle que je préfère par dessus toutes.
Eding chanta ce jour là pour Muléma. Elle lui chanta son titre favori, " Si tu savais comme je manque de souffle". Eding pleurait en prononçant chacune des paroles de cette chanson. Cette chanson faisait aussi partir des titres favoris d'Eding mais jamais elle ne l'avait chanté avec autant d'émotion que ce jour là. On aurait dit que ces paroles là, exprimaient ses propres sentiments à elle. On aurait dit que cette chanson avait été écrite pour elle, pour ce moment si difficile qu'elle passait. Muléma eut aussi la même impression. Pour toutes les deux, rien ne pouvait plus parler de ce qu'elles ressentaient en ce moment mieux que " si tu savais comme je manque de souffle".