chapitre 4

1259 Mots
Je disparais dans la forêt, l’ombre de ma silhouette se fondant dans l’épaisseur des arbres, chaque foulée parfaitement maîtrisée. L’adrénaline pulse dans mes veines, mon souffle est court mais stable. Le taf était facile, non ? S’infiltrer, voler les infos, ressortir. Rien de bien compliqué, mais maintenant que j’y suis, l’absence du sac se fait sentir comme un poids invisible sur mes épaules. p****n… la clé était dedans. Va falloir improviser. Dans un coin de mon esprit, une présence s’éveille lentement, comme une vague montant sur le rivage avant de se retirer, insaisissable mais omniprésente. Elle ne s’exprime pas avec des mots distincts, plutôt sous forme d’émotions brutes, de sensations profondes qui s’enroulent autour de mon instinct et le façonnent à leur manière. Un sentiment diffus monte en moi, lourd et insistant, une intuition viscérale que je ne peux ignorer. Will aurait dû penser à tout, Will aurait dû être plus vigilant, Will aurait dû me protéger de cette erreur. Une chaleur inconfortable se propage sous ma peau alors que je rejette cette pensée presque aussitôt. Ce n’est pas juste. Ce n’est pas ce que je veux croire. Mais elle est là, tapie dans l’ombre, grondante comme une tempête prête à éclater. Après vingt minutes de course silencieuse, l’ombre imposante du bâtiment se dessine enfin entre les arbres, masse sombre et menaçante, presque avalée par la nuit. Sans les plans, l’infiltration va être bien plus compliquée que prévu. Pas impossible, mais risqué. Mon cœur cogne plus fort alors que je ralentis pour observer. Jasper a bien précisé : ne pas se faire repérer. Je me fonds dans l’environnement, chaque mouvement calculé, chaque respiration contenue pour ne faire qu’un avec la forêt. À l’entraînement, j’étais douée, mais la réalité est différente. L’air nocturne semble pesant, chaque son résonne plus fort qu’il ne le devrait, et soudain je prends conscience que mes pas font trop de bruit, que mon souffle est trop perceptible. Un long tunnel s’ouvre devant moi, noir comme un gouffre sans fin, chargé d’une odeur écœurante qui me tord l’estomac. L’air y est plus lourd, presque tangible, une brume invisible qui colle à ma peau et alourdit mes pensées. Tout mon être me crie de ne pas y entrer, une alarme silencieuse qui s’active au plus profond de moi, un instinct primaire qui sait avant même que je ne comprenne. Mauvais endroit. Mauvaise odeur. Je retiens une grimace, mon corps entier tendu comme une corde prête à rompre, mais je n’ai pas le choix. L’ordre est clair, et l’échec n’est pas une option. Je progresse lentement, mon ouïe aux aguets, captant les moindres variations dans l’environnement. Au loin, un bruit indistinct me parvient, l’écho de voix étouffées, de mouvements furtifs, de présences invisibles qui rôdent dans les ténèbres. L’obscurité s’éclaircit légèrement, révélant plusieurs tunnels partant dans différentes directions. Mon regard glisse sur les chemins possibles et un juron silencieux monte à mes lèvres. p****n Will… la carte. Je me glisse dans le premier passage, mais très vite je réalise mon erreur. Il se termine en c*l-de-sac. Je me fige un instant, retenant ma frustration, puis rebrousse chemin. Le deuxième tunnel me mène dans un charnier. Mon souffle se bloque un instant alors que l’odeur me frappe de plein fouet, acide, métallique, épaisse comme du sang en décomposition. Mon estomac se noue et l’horreur s’installe dans mes entrailles. Ils font quoi ici, bordel ? Un frisson me parcourt la nuque alors qu’une porte au fond s’ouvre brusquement, laissant filtrer une lumière crue et des éclats de voix. Instinctivement, je me plaque contre le mur, mon cœur tambourinant dans ma poitrine alors que mon regard balaye la pièce. Mon seul échappatoire est là, perché en haut du tas de corps empilés, un conduit d’aération à peine assez large pour que je puisse m’y glisser. L’idée me dégoûte, chaque cellule de mon corps proteste, mais je n’ai pas le luxe de l’hésitation. Je me hisse sur le premier cadavre, la texture froide et molle sous mes doigts m’arrache un haut-le-cœur, mais je serre les dents et continue. L’odeur est insupportable, la surface glissante, chaque mouvement me coûte un effort immense pour ne pas déraper. Et c’est là que je les entends. La porte s’ouvre à nouveau. Je me fige, chaque muscle tendu, mon souffle réduit à un filet d’air. Mes doigts s’accrochent à une épaule raide, mes yeux cherchent un appui plus stable. Puis, dans cette immobilité forcée, je le vois. Juste à côté de moi, un regard vitreux me fixe, inhumainement figé dans la mort… mais il cligne. Mon cœur manque un battement, et puis, un souffle, à peine audible, mais que je perçois distinctement. « Aidez-moi… » Je ravale un cri et plaque une main sur ma bouche pour ne pas céder à la panique. La porte se referme dans mon dos et, soudain, une main faible mais glaciale agrippe mon poignet. Je réagis d’instinct, ma respiration s’accélère et d’un bond, je me propulse vers le conduit. Mes doigts s’accrochent au rebord, mes muscles hurlent sous l’effort, mais je me hisse malgré tout à l’intérieur. Les pulsations frénétiques de mon cœur martèlent mes tempes alors que je rampe dans l’étroitesse du passage. Chaque centimètre gagné me rapproche de ma mission, chaque inspiration me rappelle l’odeur qui s’accroche à moi comme une marque invisible. Trente minutes. Puis quarante. Il faut que je me dépêche. Enfin, j’aperçois le poste de commandement, et miracle, il est vide. Je descends sans perdre une seconde et verrouille la porte derrière moi. Mes mains volent au premier disque dur que je trouve, j’insère une clé USB au hasard, mes doigts tapent sur le clavier, déclenchent un transfert. Le temps presse. Puis, un bruit dans le couloir. Clac. Clac. « Hé, y a quelqu’un ? » Merde. Deux minutes. Les voix s’intensifient, se rapprochent, et je force mon corps à se détendre malgré l’urgence. « Hé, quelqu’un a fermé le bureau, les gars ? » « Attends, j’vais chercher les clés. » « Hé, Jason, pourquoi t’as fermé ? » « T’as essayé de baisser la poignée ? » « Très drôle, c*****d ! Tu veux peut-être jouer au plus malin avec moi, hein ? » Clic. « Tu vois, c’est ouvert, tocard d’ivrogne. » Les voix s’éloignent, absorbées par une altercation entre eux. Parfait. J’efface les traces de mon passage et quitte la pièce aussi discrètement que possible. Le charnier est mon seul chemin de sortie. L’odeur est pire que dans mon souvenir, elle s’accroche à ma peau, me colle à la gorge. Je descends prudemment, mais avant même d’atteindre le sol, je l’entends à nouveau. « Aidez-moi… » Je retiens un frisson. Puis une main m’attrape à nouveau. Une autre présence entre. Un garde. Nos regards se croisent. Pas le choix. Je frappe. Vite. Fort. Silencieux. Il s’effondre sans un bruit, et je le tire vers l’homme blessé qui gémit encore. « Hé… on va se rendre service, ok ? Moi, je te laisse ce c*****d inconscient là… et toi, tu attends une minute avant de jouer avec sa grenade, compris ? » Je croise son regard, ses larmes qui coulent silencieusement, et mon cœur se serre. « Désolé, mec. » « Merci… » Je me détourne, me transforme et cours. « Yo, Sergei, tu fous quoi ? » « Ho p****n, planquez-vous les mecs, ça va péter !! » La déflagration explose derrière moi, un souffle puissant me percute, soulevant la poussière, faisant trembler le sol sous mes pattes. Le bourdonnement dans mes oreilles s’intensifie, couvrant presque les battements frénétiques de mon cœur.
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