chapitre 5

1241 Mots
Je cours encore plus vite, poussée par l’adrénaline, par la nécessité d’échapper à ce c*****e, mes pattes martelant le sol avec une précision féroce. L’instinct me guide, plus rapide, plus fort, plus affûté que la peur. L’odeur du sang et de la chair brûlée s’accroche à moi comme un poison invisible, mais je ne ralentis pas. Derrière moi, la forêt est calme, silencieuse, pourtant mon loup gronde en moi, toujours sur le qui-vive. « Dépêche-toi. Trop lent. Danger partout. » Je ressens son impatience comme un frisson sous ma peau, un grondement dans ma cage thoracique. Quinze minutes plus tard, j’arrive enfin à la voiture. Je reprends forme dans un craquement d’os et de muscles qui me fait grimacer, puis enfile mes fringues de rechange en soufflant, mon corps encore secoué par l’intensité de ce que je viens de vivre. « Ouf, t’es restée ! » « Bien sûr ! Tu croyais vraiment que j’allais rentrer sans toi ? Ha ha ha ha. » Will rit, mais je sens la tension dans sa voix, une tension sourde, contenue, que mon loup capte immédiatement. Son odeur a changé, une pointe d’inquiétude suinte sous la façade légère. « p****n, qu’est-ce que t’as foutu ? J’ai entendu une explosion, ça va ? » Je serre les mâchoires, la scène du charnier gravée derrière mes paupières. « Ouais… Faut qu’on s’arrache. Roule. » Je monte à l’arrière, encore fébrile, alors qu’il démarre à toute vitesse, nous éloignant rapidement des lieux. La voiture file dans la nuit, les lumières de la route défilant à toute allure. « Tu m’expliques ? Et c’est quoi cette odeur ? Ça empeste, p****n. » Je ferme les yeux une seconde, inspirant lentement. Mon loup, lui, reste éveillé, en alerte, prêt à bondir au moindre danger. « Un charnier. Il y avait un p****n de charnier… J’ai dû me cacher dedans. » Will ne répond pas tout de suite. J’entends sa respiration ralentir, comme s’il tentait de contenir quelque chose. Je lui tends la clé et le disque dur à travers la fenêtre arrière. Il les attrape, son regard passant rapidement de la route à moi, l’air plus grave. « Sérieux ? Chapeau. J’espère qu’il y a tout ce qu’ils veulent. Et l’explosion ? » Mes doigts se crispent sur mon pantalon, une vague de nausée montant sans prévenir. Les images reviennent, ce regard suppliant, la voix brisée qui m’a demandé de l’aide… « Le charnier… Ils n’étaient pas tous morts dedans. » Un silence glacé s’installe. Will croise mon regard dans le rétroviseur et ses traits changent instantanément. Ses yeux virent au noir, sa prise sur le volant se raffermit. Ma louve grogne doucement dans mon esprit, une tension animale qui répond à la sienne. « Tu es fâché ? Tu vas avoir des problèmes à cause de moi ? » Sans prévenir, il braque et la voiture dévie sur le bas-côté, soulevant un nuage de poussière. Il freine brusquement, descend et claque la portière. Je l’observe à travers la vitre, sa silhouette tendue, ses épaules se soulevant au rythme de sa respiration lourde. Ma louve se tend, prêt à réagir. « Il est instable. Énervé. Pourquoi ? » Cinq minutes passent. Il respire profondément, cherchant visiblement à calmer la tempête qui l’agite. Quand il revient, il ouvre ma porte et tend la main. « Descends. Suis-moi. » Je fronce les sourcils, hésitante. « Tu m’en veux ? Je suis désolée, Jasper va— » « Hehehehe, shhht, ça va. » Son sourire est léger, mais quelque chose danse encore dans ses yeux, une lueur que je ne sais pas encore interpréter. Il sort une petite clé, ouvre une porte devant nous et allume la lumière. Quand je regarde autour de moi, je réalise enfin. « J’emmerde Jasper, ok ? Il ne me fait pas peur. J’ai réservé cette chambre pour deux heures, va te prendre une douche. » Je le fixe, un instant incapable de réagir. Un motel. Une chambre. Pour moi. C’est la première fois que quelqu’un fait ça. Il prend ma main, un contact bref mais sincère, puis me laisse entrer. « Ça aussi, c’est une première, pas vrai ? » Je ne réponds pas, me contentant de hocher la tête. Lorsqu’il referme la porte derrière moi, un étrange mélange de soulagement et d’incompréhension s’installe en moi. Sous la douche, l’eau chaude glisse sur ma peau, emportant la crasse, le sang, l’odeur de mort qui s’était incrustée jusque dans mes os. Je ferme les yeux, savourant ce moment, chaque goutte effaçant un peu plus la peur, un peu plus la tension. L’odeur du savon, le simple fait de pouvoir me laver sans précipitation… C’est presque irréel. Mais au-delà du réconfort de l’eau, une autre chaleur persiste en moi. « Il a fait ça pour nous. Il s’inquiète. Il protège. » Je serre les lèvres, troublée par cette pensée, puis me sèche lentement. Je devrais remettre mes fringues, celles qui puent encore la mort. Mais une autre idée germe, une pulsion que je ne contrôle pas vraiment. Une envie de tester quelque chose. J’ouvre la porte, timidement, comme si je mettais à l’épreuve mes propres limites. « Will, tu sais… Il y a encore une première fois… » Ma voix est incertaine, mes yeux évitent les siens. Il se tourne vers moi et, à ma surprise, rougit légèrement. Un frisson me traverse. Ma louve réagit, attentif, curieux. « Il nous regarde différemment. Il veut… mais il attend. » Il s’approche lentement, son regard glissant sur moi avec une intensité brûlante. Mes instincts s’embrasent sous ce regard. Mon cœur bat plus fort. « Je comprends l’allusion, mademoiselle. » Ses doigts effleurent mon bras, traçant une ligne invisible jusqu’à ma main. Il approche son visage du mien, enfouit son nez dans mon cou, son souffle chaud caressant ma peau. Un feu s’allume en moi, un besoin primaire qui m’est presque étranger. « Voilà une proposition fort intéressante… » Son murmure à mon oreille me fait frissonner. « Mais une telle occasion doit être parfaite. Je ne pourrais pas te satisfaire ce soir. » Son ton est sérieux, doux, mais ferme. Je le fixe, troublée. Un refus ? Pourquoi ? Ma louve gronde doucement, frustré. « Il nous désire. Pourquoi attendre ? » Un peu vexée, je me détourne et enfile mes vêtements sans rien dire. Lorsqu’on quitte la chambre, il m’ouvre la portière avec un regard plus doux. « Savannah. » Sa main attrape doucement ma nuque et il m’embrasse profondément. Mon cœur s’arrête un instant. Je n’ai jamais embrassé personne. Je ne sais pas quoi faire, alors je me laisse juste guider. Ses lèvres sont chaudes, pleines d’une tension contenue. L’instinct me pousse à répondre, et je me perds dans cet instant suspendu. Il recule légèrement, son regard ancré dans le mien. « Juste pour qu’il n’y ait pas d’erreur, ok ? Tu me plais. Beaucoup. Mais je ne veux pas que ta première fois se fasse dans un hôtel à passe, ok ? » Je cligne des yeux. « C’est quoi un hôtel à passe ? » Il se racle la gorge, visiblement embarrassé. « Eh bien… euh… Monte dans la voiture, s’il te plaît. » A quelques mètres de ma prison, il a frotté mes membres de terre et ma embrassé un derniere fois. Un sourire naît sur mes lèvres. Ma louve ronronne doucement. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens en sécurité. Merci, William…
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