Chapitre 9

1876 Mots
« Poussière nous sommes, poussière nous retournerons ». Proverbe biblique Allahu Akhbar, Allahu Akhbar, Ashadu an La Ilaha Ilallah... De la maison de Baba, on entendait clairement le muezzin appeler les fidèles pour l'accomplissement de la prière du crépuscule ce Vendredi. La maisonnée était calme. Coumba était en train de finir ses ablutions. Elle était toujours dans sa chambre mais s'apprêtait à descendre pour aller prier avec ses grands-parents. Baba préférait qu'ils prient toujours tous ensemble et ceci était devenu un rituel. Lorsqu'Adama était à la maison, il lui arrivait de diriger la prière sinon Baba s'en occupait. Elle descendit rapidement et trouva Yaye Racky ainsi que certains domestiques de la maison déjà prêts et en position pour commencer à prier. Aux heures de prière, Baba avait interdit à qui que ce soit dans la maison de s'occuper de quoi que ce soit. Il était obligatoire que tout le monde se rassemble pour prier ensemble. Coumba s'était couverte d'un voile et alla directement s'installer derrière son grand père à côté de Yaye Racky. - Allahu Akhbar, commença Baba. Il récita les litanies de prière et se baissa avec difficulté. Coumba derrière lui suivait attentivement. Voir son grand père se prosterner avec tant d'effort lui faisait de la peine. A plusieurs reprises les médecins l'avaient recommandé de s'asseoir pour prier mais il avait toujours refusé catégoriquement. Je ne me m'assiérais pour prier que le jour où je ne sentirais plus mes jambes. Répétait -il. Tant qu'il me restera un souffle, je me sacrifierais pour honorer Dieu. Yaye Racky n'insistait plus depuis bien longtemps et le laissait prier à sa façon. Il y'a une relation personnelle entre chaque homme et Dieu et que personne ne peut entraver ; disait-elle. Laissons-le. Elle par contre s'assaillait sur une chaise pour prier de temps en temps. Elle avait des rhumatismes aux jambes qui lui empêchaient parfois de rester debout pour accomplir sa prière. Coumba ne put s'empêcher de penser à quel point le temps passait trop vite. Une fois de plus, elle réalisa que Baba se faisait vieux malgré sa joie de vivre et sa bonne humeur. A la fin de la prière, Baba se retourna et leur fit face. Il lui arrivait de faire un sermon après chaque prière mais ceci ne durait jamais. Il commença. -Vraiment aujourd'hui je veux juste rendre grâce à Dieu pour ses bienfaits et bénédictions. Il ne faut jamais prendre pour acquis les choses de ce monde. On est riche que de sa famille. Il s'arrêta un moment. -Coumba, continue à être la personne dévouer que tu es. Et occupe-toi toujours de la famille. Ne fait jamais rien passer avant. C'est le conseil que je voulais donner aujourd'hui. Il reprit son chapelet. Coumba remercia Baba et sortie du salon, les laissant lui et Yaye Racky à l'intérieur. Elle était invitée ce soir mais attendait juste que le crépuscule passe. Elle devait aller se préparer maintenant. Elle n'avait pas encore prévenu Yaye Racky qu'elle sortait. De toutes les façons cette dernière lui faisait toujours confiance. Coumba était très casanière et ne s'absentait d'ailleurs jamais pour longtemps. Les seules fois où il lui arrivait de sortir tard, c'est quand elle était invitée à un mariage ou à un baptême. Elle n'aimait pas les boites de nuit et ne les fréquentait pas. Elle était une jeune fille timide d'apparence et surtout très réservée. Elle ne s'ouvrait au gens qu'une fois qu'elle leur faisait confiance. Elle adorait ses grands-parents ainsi que son frère. Celui-ci était son idole. Elle admirait son caractère et le fait qu'il était très travailleur. En général, Elle n'aimait pas les problèmes et les fuyait. Coumba adorait Sally et n'avait aucune animosité envers elle. Elle n'avait pas compris la réaction de ses grands-parents à l'égard de sa belle-sœur. Sage, elle avait préféré ne pas s'en mêler et s'entendait bien avec les deux parties. Une fois habillée, elle descendit de sa chambre et entra dans le salon où ils avaient priés plus tôt. Baba était toujours en train d'égrener son chapelet. Elle s'adressa à ses grands-parents. - Je sors avec des amies manger mais je ne serais pas longue. Yaye Racky qui était assise à côté de Baba fut la seule à répondre. Chapelet en main, elle remua la tête. -D'accord, vas-y. Qui t'amène ? -Je vais prendre la voiture. -A tout à l'heure alors. Coumba avait fait des études de droits et comptait un jour ouvrir son propre cabinet mais pour l'instant, il lui restait encore quelques années avant de finir. Elle avait préféré rester étudier à Dakar dans une école privée plutôt que d'aller vivre à l'étranger. Elle n'aimait pas l'extérieur et n'avait pas voulu laisser ses grands-parents seuls. Elle avait tout ce dont elle avait besoin ici :une famille aimante, des amis et une bonne école. Elle n'avait dans ce cas jamais envié ses amis qui avaient choisi de s'exiler à l'étranger. Elle ne gardait comme souvenir de l'Europe que le froid et la solitude et ne regrettait pas sa décision. Adama avait insisté au début, lui faisant miroiter les opportunités qu'elle pourrait avoir ainsi que la chance de vivre une nouvelle expérience pour un moment mais elle était restée ancrer sur ses positions. Aujourd'hui, elle était heureuse et ne regrettait pas du tout sa décision. Elle avait porté une robe en wax verte avec des motifs bleu et rouge dessus. Coumba aimait être élégante mais simple à la fois. Elle refusait et détestait le maquillage à outrance contrairement à la plupart de ses amies. Elle restait toujours simple et belle. Elle portait un maquillage léger. Elle avait faite des tresses et l'ensemble lui allait bien. Elle referma sa pochette noire et fit un signe de la main à ses grands-parents. -A tout à l'heure alors. Je ne serais pas longue. Elle referma la porte derrière elle. Baba qui était toujours dans la même position laissa tomber son chapelet, il n'avait pas prononcé un mot. Il paraissait subitement absent. Il s'adressa à Yaye Racky. - Je pense que je vais aller m'allonger. Je me sens subitement un peu fatigué. Elle arrêta son chapelet à son tour. -Oui, à tout de suite. Moi non plus je ne vais pas tarder à monter. Baba se leva avec difficulté. Il commençait même à tousser. Yaye Racky le regarda inquiète. -Attend, je t'aide à monter ensuite je vais t'apporter du thé chaud. C'est encore cette satanée toux? Elle aida Baba à se lever et l'aida à monter l'étage supérieur. Une fois dans la chambre Baba alla s'allonger directement sur son lit. Il repensa une fois de plus à sa vie et remercia le bon Dieu. Baba souffrait d'un cancer du poumon. Il avait préféré garder sa maladie secrète pour ne pas inquiéter sa famille. Les docteurs lui avaient donnés quelques mois à vivre. Depuis l'annonce de sa maladie au moins cinq mois était déjà passés. Au début quand on lui avait annoncé son diagnostic, il avait été surpris. Comment se pouvait -il qu'il souffre d'un cancer du poumon, lui qui n'avait jamais fumé de sa vie? Les médecins l'avaient cependant informés que ceci n'avait des fois aucun rapport. En bon croyant, il avait accepté son sort et faisait le tout pour vivre ses derniers instants en paix. Yaye Racky qui était en train de couvrir Baba avec une couverture reconnut d'emblée la voix d'Adama à l'entrée de la chambre. Ce dernier passa son visage par l'entre bord de la porte. -Toc toc ! Comment ça va ? Vous êtes déjà couchés ? C'est avec soulagement que Yaye accueillie son petit-fils. -Adama, entre. Baba ne va pas bien. Alerté Adama se dirigea vers le lit ou le corps frêle de Baba était allongé. Yaye hystériquement continua. -Dieu merci tu es là. Il n'arrête pas de tousser. Il se portait bien pourtant il y'a un instant mais là il commence à avoir de la fièvre. Adama toucha le visage de son grand père. Il était brûlant. -Yaye, appelle Dr Dieng et demande lui de venir immédiatement. Il lui remit son téléphone. Yaye composa le numéro du docteur instantanément. Adama avait eu un pressentiment. Il était allongé à la maison et c'est comme si quelque chose l'avait poussé à venir ce soir rendre visite à ses grand parents. -Qu'est-ce qu'il dit ? -Il arrive, il est en chemin. Il dit aussi que si la fièvre ne retombe pas d'ici-là d'appeler une ambulance. Adama reporta son attention sur son grand père -Baba ça va ? Celui-ci allongé eu du mal à répondre. -J'ai une migraine atroce et j'ai du mal à respirer. Amenez moi un sceau j'ai besoin de vomir. Adama se précipita dans la salle de bain et prit le sceau. Il se dépêcha et l'amena à temps pour que Baba vomisse dedans. -Tien bon, le docteur arrive bientôt. Ajouta-il. Baba continuait à tousser et paraissait ne plus être conscient. Adama alla dans la salle de bain une fois de plus. Il prit une serviette et la mouilla. Il l'amena et la posa sur le visage de son grand-père. -Tu te sentiras mieux avec cela. Il observa Yaye qui était au bord du lit entrain de masser les pieds de son époux. Elle pensait le soulager de cette manière. -Qu'est ce qui c'est passé Yaye? -Rien, je ne comprends pas. Il était pourtant en forme. On a prié ensemble le crépuscule et il a commencé à se sentir mal juste après. -Ou est Coumba ? Réalisant subitement qu'elle n'était pas là. Yaye commença à sangloter. -Elle est sortie mais elle ne devrait pas tarder. Il regarda sa montre impatiemment. Il reprit son téléphone et appela les urgences. Il demanda une ambulance et donna son adresse. Yaye cette fois ci sanglotait profondément. Elle ne supportait pas de voir son mari souffrir de la sorte. Il remit son téléphone à sa grand-mère. -Ça ira Yaye ! Ne te met pas dans cet état. Appelle Coumba immédiatement et demande-lui de rentrer. Yaye comme une automate prit le téléphone mais ne voulut pas s'éloigner. Adama en demanda à sa grand-mère d'appeler Coumba voulait que l'attention de cette dernière se porte sur autre chose. Il espérait et priait pour que ce ne soit rien de grave. Baba était souvent malade ses derniers mois mais il s'était toujours relevé comme un lion. Baba recommença à tousser. Au même instant, le docteur entra dans la chambre. Il toucha le corps souffrant du malade. Adama se poussa et laissa la place au docteur. Il observait chaque geste de ce dernier avec attention. Avant même que le médecin ne puisse faire quoi que ce soit, Baba se remit à tousser mais de façon plus contenu cette fois. Adama alerté par le bruit alla se placer derrière son grand père. Il soutient son dos. Après de fortes toux, Baba cracha et récita une litanie de coran. Sa voix à la fin n'était plus qu'un murmure rauque, ses yeux s'étaient éteints. Adama et le docteur impuissant baissèrent la tête de dépit. Yaye qui était au téléphone avec Coumba réalisant ce qui venait de se passer poussa un cri de détresse et s'agenouilla à terre. -Waye sama ndeye ! Baba demna ! (Oh! Mon Dieu. Baba s'en est allé) Elle se mit alors à pleurer toutes les larmes de son corps.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER