- Ta mère devait être contente de t'avoir pour elle toute seule, poursuivit Cécile.
- Oui, et son état est stable pour le moment. Nous avons pu un peu profiter l'une de l'autre.
- Je suis contente pour toi. Et as-tu eu l'occasion de voir ma sœur ou d'autres connaissances ?
Cette fois-ci, la question décontenança Sabine, qui posa son croissant et demanda :
- Pourquoi ces interrogations ? D'ordinaire, tu ne veux jamais aborder ce sujet.
Cécile ne lui répondit pas et lui tendit la lettre qu'elle venait de recevoir.
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Sabine lut l'invitation rapidement et reposa la feuille sur la table.
- Je ne savais pas que tu la recevrais toi aussi, lui dit-elle simplement.
- Parce que tu l'as également eue ?
- En fait, lorsque je suis retournée chez ma mère la semaine dernière, j'ai vu quelques anciens camarades d'école qui m'ont mise au courant. Je n'ai pas jugé utile de t'en parler car je sais combien tu ne souhaites pas que l'on dialogue sur le passé. Je ne pensais pas que le comité t'enverrait une lettre. Tout le monde là-bas sait très bien que tu ne désires pas revenir en Nouvelle Terre.
- Alors pourquoi l'ont-ils fait d'après toi ? questionna Cécile en mordant dans un croissant à son tour.
- Je pense qu'il s'agit là d'une marque de politesse plutôt que d'une réelle demande.
Cécile but une gorgée de son café et lança :
- Et toi, comptes-tu t'y rendre ?
Sabine fuit son regard insistant en murmurant un vague oui.
Elles restèrent silencieuses quelques instants, puis Cécile continua :
- Gabrielle m'a également téléphoné pour me demander si j'allais venir au manoir pour l'occasion.
Sabine faillit s'étrangler en avalant sa viennoiserie.
- Ta sœur t'a vraiment appelée pour te dire ça ?
- Oui, rétorqua la jeune femme sur le ton de la confidence, elle a également précisé que ça lui ferait plaisir de me voir.
- Alors là, je suis sidérée ! Gabrielle n'a jamais pris la peine de te donner de ses nouvelles qu'en de rares occasions comme les fêtes de fin d'année. Tu crois qu'elle est malade ?
Le ton soudain sérieux de Sabine fit rire sa complice.
- Figure-toi que je me suis posée la même question !
Cécile se leva pour remplir à nouveau les deux tasses du liquide encore fumant. Elle jeta un coup d'œil à son amie avec un air malicieux.
- Qu'est-ce que signifie ce regard ? s’enquit Sabine, intriguée.
La jeune femme se contenta de sourire.
- Je crois que je vais me laisser tenter, lâcha-t-elle.
- Par quoi ? Un autre croissant ?
Sabine comprit tout à coup où sa compagne voulait en venir.
- Tu vas accepter cette invitation, n'est-ce pas ?
Le sourire de cette dernière s'agrandit encore et Sabine s'écria :
- Mais c'est une nouvelle géniale ! Es-tu sûre de ton choix ? Et comment comptes-tu t'y prendre avec l'agence pour déposer quelques jours de congé ?
- Attends ! Tu vas trop vite pour moi.
- Oui, excuse-moi, mais c'est que je suis tellement excitée à l'idée que l'on se retrouve là-bas, comme lorsque nous étions enfants.
- De prime abord, reprit Cécile, il faut effectivement que je vois comment m'organiser avec mon travail, puis que je rappelle ma sœur, et enfin, que je me fasse à l'idée d'y retourner, même si ce n'est que pour un week-end prolongé.
- Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis sur le sujet ?
- Je ne sais pas vraiment. L'avertissement du médium, le coup de téléphone de ma sœur, mais aussi l'affreux cauchemar que j'ai fait la nuit qui a suivi la soirée d'hypnotisme.
- Quel cauchemar ? Tu ne m'en as pas parlé sinon je m'en souviendrais, coupa Sabine.
Cécile lui raconta dans les moindres détails son rêve qu'elle n'arrivait pas à chasser de sa tête. Elle lui confia aussi ses peurs et ses angoisses.
Sabine en vint à la même conclusion qu'elle à la fin de son récit : que ses appréhensions avaient refait surface après la séance de voyance, et que son histoire si longtemps refoulée se présentait sous forme de mauvais songe.
- Il est plus que temps que tu affrontes ton passé ma chérie, ajouta Sabine.
- Je suppose que tu as raison. Mais remuer tout cela pourrait se révéler dangereux pour mon équilibre mental.
- La fuite n'a jamais été une solution en soi. Un jour ou l'autre, un évènement nous ramène au point de départ.
- Je veux aussi tisser des liens avec ma sœur. Nous ne pouvons pas continuer comme ça et nous avons perdu beaucoup d'années.
- Cela veut-il dire que tu vas t'investir davantage à propos de la gérance des " Quatre Vents " ?
- Non, absolument pas. D'ailleurs j'ai bien trop de travail à l'agence pour y penser. J'aimerais seulement me rapprocher de Gabrielle.
- Tu sais, poursuivit Sabine, elle sort très peu du manoir et ne croise pas beaucoup de gens dans le village ou aux alentours.
- Elle doit se sentir bien seule. Je suppose que c'est sa manière à elle de faire son deuil, même si je pense que celui-ci s'éternise un peu trop à mon goût.
- Tout comme toi celle de fuir. A-t-elle des amis ou un amoureux dans sa vie ?
- Je n'en n'ai pas la moindre idée ! Mais ce sont des questions auxquelles je compte bien y répondre.
- Tu sais, reprit doucement Sabine en touchant la main de sa copine, ce n'est jamais trop tard pour créer un lien.
- Ça ne va pas être une chose facile, surtout en si peu de jours mais c'est décidé, je vais aller faire mes valises !
- A la bonne heure ! Je vais t'aider au cas où tu changerais encore d'avis.
Elles se précipitèrent dans la chambre et les deux jeunes femmes passèrent le reste de leur journée à essayer des tas de vêtements, de chaussures et d'accessoires.
En début de soirée, le sac de voyage était presque fini, l'armoire rangée et les deux amies sortirent dîner dans un petit restaurant qu'elles connaissaient bien à quelques rues de là.
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Cécile regardait les paysages défiler à travers la vitre du train à grande vitesse. Ces deux derniers jours à l'agence s'étaient relativement bien passés et elle avait pu se libérer plus tôt qu'elle ne le supposait. Le train étant le moyen le plus rapide pour rejoindre sa terre natale, elle avait prévenu Gabrielle de son arrivée et elle savait que celle-ci l'attendrait à la gare de Lamont pour 12h30. Sabine n'avait pas pu se joindre à elle en milieu de semaine car elle avait déjà pris tous ses congés.
Ses pensées se tournèrent inexorablement vers son passé. Elle ne se souvenait plus très bien de ses parents car elle était très jeune lorsqu'ils avaient eu leur accident de voiture. Les mois qui avaient suivi cette période restaient flous comme si sa mémoire avait voulu effacer le chagrin et la tristesse liés à ce drame. Elle se rappelait seulement que sa mère lui avait alors beaucoup manqué et que sa sœur s'était éloignée de tout le monde. Elle pouvait bien comprendre Gabrielle car celle-ci était plus âgée qu'elle et avait reçu cette nouvelle comme un véritable choc ; elle l'avait vue se transformer progressivement en se renfermant davantage chaque année. Bien que leur grand-mère Marie leur donnait toute son affection, cette tragédie avait considérablement modifié leur vie de manière inéluctable. Elle avait trouvé un grand réconfort auprès de Sabine, qui elle aussi, sortait d'un drame. Elles étaient devenues immédiatement complices et le quotidien avait repris son cours presque normalement. Presque était bien le mot juste. En réalité, le rejet de ses camarades de classe, le silence de Gabrielle, le chagrin de Sabine à propos de sa mère avaient donné une atmosphère négative qui l'avait poussée à fuir la région le plus rapidement possible. Elle savait au plus profond d'elle-même qu'elle avait fait le bon choix, ne serait-ce que pour conserver son équilibre mental.
Puis il y avait eu le décès de Marie, 5 ans auparavant. Cette dernière avait été bien plus qu'une grand-mère à ses yeux. Elle leur avait prodigué beaucoup d'attention et elle lui manquait cruellement. Seul l'investissement total qu'elle donnait à son travail lui permettait d'oublier toutes ces pertes qui occasionnaient tant de douleur. La vieille dame était décédée d'une crise cardiaque avant la soixantaine et l'enterrement avait été pénible. Même ce triste événement n'avait pas rapproché les deux sœurs et il était plus que temps aujourd'hui de tenter de comprendre Gabrielle.
Le train à grande vitesse arriva en gare de Lamont à 12h30, comme prévu et Cécile fut l'une des premières à sortir du wagon. Gabrielle était sur le quai d'arrivée, et sourit à la vue de sa sœur, qui se bataillait avec ses innombrables sacs pour sortir du compartiment sans bousculer les autres voyageurs.
Gabrielle était une grande femme mince aux cheveux roux ondulés qui tombaient en cascade sur ses épaules, aux yeux bleus comme l'océan et avait de multiples taches de sons qui la rendaient tout simplement magnifique dans le soleil éclatant de ce milieu de journée.
- Bonjour Cécile, dit Gabrielle en se penchant pour l'embrasser. As-tu fait un bon voyage ?
- Bonjour Gaby. Oui, le trajet est bien moins long en train. Et toi, comment vas-tu ? demanda Cécile, légèrement anxieuse.
- Bien. Tu sais, rien n'a changé au manoir.
Gabrielle prit une valise appartenant à sa sœur avant de se diriger vers la sortie de la gare.
- Tu avais besoin de toutes ces affaires pour ces quelques jours ? s’étonna-t-elle.
- Ah tu me connais, j'ai emporté la moitié de mon armoire ! Sachant que le temps et la température peuvent assez vite varier dans la même journée, j'ai pris toute une gamme de vêtements allant du blouson d'hiver au maillot de bain.
Gabrielle ne répondit pas et se contenta de sourire en rejoignant sa berline rouge. Les femmes mirent les sacs dans le coffre et cette dernière s'installa derrière son volant. Cécile prit place à côté d'elle et se rendit compte qu'elle ne savait pas quoi dire à sa sœur.
Le véhicule sortit de la ville et se dirigea vers la route nationale, en direction de Larive. Le ciel était bleu, parsemé de cumulus et la température était très douce. Cécile sentit les embruns de l'océan envahir ses narines.
- Je suis contente que tu sois venue, lança Gabrielle pour briser le silence.
- Moi aussi à vrai dire. Ces quelques jours de repos vont me faire le plus grand bien.
- As-tu prévu de te rendre à la fête de samedi soir ?
- Oui. Je suis venue pour me relaxer, pour cette fête de commémoration mais aussi pour te voir, rétorqua Cécile.
- Me voir ? répéta Gabrielle en la regardant.
A cet instant précis, les femmes entendirent un énorme coup de klaxon en provenance d'un autre véhicule et Gaby constata qu'elle s'était déportée du mauvais côté de la route. Elle braqua brusquement son volant sur la droite et la voiture quitta un instant la chaussée pour rouler sur le bas-côté. Elle contrebraqua à nouveau sur la gauche plus doucement et la berline reprit sa place sur la bonne voie.
Cécile jeta un coup d'œil à sa sœur en cessant de s'agripper à son siège, et remarqua que celle-ci tremblait légèrement.
- Nous en reparlerons à la maison, si tu veux bien, murmura-t-elle.
Elles avaient dépassé la petite ville à présent et cette dernière ne répondit pas, essayant de se concentrer sur sa conduite. La quadragénaire était la prudence incarnée et Cécile ne l'avait jamais vue aussi nerveuse. Elle se demanda un instant si c'était son retour qui la mettait dans cet état. Mais d'aussi loin qu'elle pouvait se souvenir, sa sœur avait toujours été d'un calme olympien, quelles que soient les circonstances. Il n'y avait pas de doute possible, quelque chose ne tournait pas rond et elle était bien décidée à savoir de quoi il en retournait !
La berline arriva à un dernier carrefour, face à l'immensité d'eau salée d'un bleu profond qui s'étendait au-delà de l'horizon. L'odeur des algues et du poisson se fit sentir et Cécile respira cet air iodé à pleins poumons. La voiture prit la départementale située sur la droite et passa devant le port rempli de bateaux de pêche. On pouvait apercevoir, un peu plus loin, une petite forteresse entre ciel et mer, mais l'on ne pouvait y accéder qu'à pied, à marée basse. Une grande plage de sable blanc bordait un océan où se déchaînaient de grandes vagues dans un vacarme familier à la jeune femme. De l'autre côté de la route, le village avait fait place à la lande et Cécile aperçut le manoir des" Quatre Vents " après un dernier virage.
" Quel bonheur de rentrer chez soi après toutes ces années " se surprit-elle à penser au fur et à mesure qu'elles se rapprochaient du château.
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Le manoir était une imposante demeure de pierres apparentes grises et comportait de multiples petits toits en ardoise. Ses fenêtres à meneaux et ses gargouilles à l'entrée rendaient l'endroit sinistre. Une tour était flanquée entre l'imposante porte d'entrée et le reste du château, sur la gauche. L'aile droite donnait sur une magnifique terrasse en pierre, et le jardin aux alentours semblait entretenu. L'ensemble du parc était, en revanche, en moins bon état. Un malaise diffus s'empara de Cécile et un froid soudain lui glaça le sang. Voyant qu'elle restait hypnotisée par la contemplation de la façade, Gabrielle décida de l'interpeller afin qu'elle l'aide à sortir les bagages de la voiture.
Elles entrèrent dans un immense hall et une femme d'un certain âge vint à leur rencontre.
- Bonjour Solange, dit Cécile d'une voix émue, en la serrant dans ses bras.
- Bonjour Cécile. Quel plaisir de te revoir parmi nous, répondit la vieille dame. As-tu déjeuné ?
- Non, pas encore.
- Il était prévu que tu partages notre repas, déclara Gabrielle en posant les affaires de sa sœur devant le grand escalier. Tu auras tout le temps de t'installer dans l'après-midi.
Cécile fit un grand sourire et suivit les deux femmes à gauche de l'entrée, contournant ainsi la tour qui était condamnée, et entra dans une magnifique cuisine de couleur abricot. Elle était heureuse de constater que Solange était toujours à leur service après autant d'années. Les rapports entre elles étaient devenus familiers et l'employée faisait " partie de la famille " même si cette dernière résidait au village. Gabrielle et elle-même avaient l'habitude de prendre leurs repas dans la pièce même, en sa compagnie. Elles avaient également une intégrale confiance dans leur employée, qui se trouvait être souvent leur confidente.
Une délicieuse odeur de poulet rôti sortait du four et Cécile se rendit compte qu'elle mourrait littéralement de faim.
- Tu es une cuisinière hors pair ! Lança Cécile à l'attention de Solange.
Celle-ci rougit et bredouilla :
- Tu dois fréquenter de beaux restaurants à Citeneuve.
- Rien ne vaut la chaleur et les mets de cet endroit ! s'exclama joyeusement la jeune femme.
Elles se régalèrent tout en discutant de leurs dernières activités lorsque le carillon de la porte d'entrée retentit.
- J'y vais, répondit Gabrielle, laissant le soin à l'employée de débarrasser la table.
- Vous attendez quelqu'un en particulier ? S’enquit Cécile.
Une voix virile et masculine lui répondit dans son dos :
- Oui, moi !
Elle se retourna sur le nouveau venu et fut surprise d'y reconnaître Marc, son ancien grand amour de jeunesse. Ne s'attendant pas à le trouver là, elle omit de le saluer tout en le regardant longuement. Il enchaîna :
- Je vous salue également, gente dame, en lui faisant une grande révérence théâtrale.
Cécile sortit de sa contemplation en éclatant de rire. Elle se leva et il la serra dans ses bras.
- Tu n'as pas changé, lui glissa-t-il en s'écartant légèrement d'elle.
Ce fut au tour de la jeune femme de rougir, et lui affirma :
- Toi non plus, tu es resté le même !
Gabrielle proposa à son hôte de s'asseoir pendant que Solange s'affairait autour de la machine à café. Après avoir salué la vieille dame, Marc regarda Cécile droit dans les yeux et lui demanda :
- Alors, que nous vaut le plaisir de ta visite ?
- C'est drôle car j'allais te demander la même chose.
Il lui fit son plus beau sourire et Cécile sentit quelque chose fondre en elle.
- Je suis venue voir ma sœur et par la même occasion, assister à la réunion des anciens élèves de l'école primaire, expliqua-t-elle.
- Donc tu as aussi été invitée ? répliqua-t-il, pensif.
- Il semblerait que tout le village et ses environs aient été conviés à cette fête, ajouta Gabrielle.
- Oui, en effet. As-tu également l'intention d'y venir ? questionna innocemment Cécile à Marc sans cesser de le dévorer des yeux.
- Il ne manquerait ça pour rien au monde ! déclara l'aînée à la place du jeune homme. Marc est journaliste pour " Les vents de l'Ouest ".
Ce dernier lui fit un clin d'œil. Cécile devait bien l'admettre : le revoir réveillait en elle un flot d'émotions qu'elle avait bien du mal à contrôler.
Marc était un grand homme brun à la carrure athlétique et aux grosses mains viriles. Il avait des yeux malicieux de couleur noisette et une coupe de cheveux ondulés mi-longue.
La vieille dame leur servit du café à l'odeur enivrante dans de magnifiques tasses en porcelaine.
- Je ne savais pas que tu étais resté en contact avec ma sœur ? hasarda Cécile.
- Oui, je m'arrête de temps à autre au manoir afin de voir si tout va bien. Solange fait aussi le meilleur café du coin !
- Deux compliments en un jour ! s'écria cette dernière. Je devrais peut-être tenter ma chance à la loterie.
Ce commentaire eut pour effet de déclencher un fou rire général qui allégea l'atmosphère.
- Solange le commande directement de Colombie, justifia Gabrielle.
Chacun dégusta quelques gorgées de ce nectar et Cécile poursuivit :
- Quelles sont les nouvelles de ces dernières semaines par ici ?
Ses compagnons se regardèrent un instant et ce fut Marc qui prit la parole :
- J'enquête sur la vague de crimes perpétués dans la région ces derniers mois.
- Oh mon Dieu, oui, s'exclama la jeune femme. Je l'ai lu dans les journaux. Deux meurtres sanglants et la police ne trouve pas de lien entre ceux-ci.
- C'est exact, reprit le journaliste. Il y a eu deux femmes tuées dans un rayon de 30 kilomètres environ et la première victime remonte à 6 mois.
- Et il n'y a pas l'ombre d'une explication ?
- Il y a bien quelques éléments que la police ne souhaite pas voir divulguer dans les médias et je respecte cela.
- Il n'y a pas eu que des meurtres sur des femmes, enchaîna Gaby. Des bêtes ont été retrouvées massacrées de la même manière.
- De la même manière ? répéta Cécile.
- Eh bien, cela veut dire qu'elles ont également été éventrées avec un mode opératoire presque chirurgical, jeta Marc.
- Je suis horrifiée, lâcha-t-elle.
- On dirait des assassinats commis selon des rites sacrificiels, précisa le jeune homme.
- Quel élément te dirige vers cette conclusion ?
- Les animaux ainsi que les humains ont été vidés de presque tout leur sang avec une pompe.
Il y eut un silence de plusieurs minutes où chacun réfléchit à ce qui venait d'être dit.
- Je comprends mieux la réaction des autorités locales, renchérit Cécile. Ces propos provoqueraient une réelle panique parmi la population.
Cécile regardait le soleil jouer entre les aiguilles des pins depuis la fenêtre de sa chambre. Ces arbres avaient sans nul doute été torturés par de puissantes rafales de vent venant de l'océan car ils étaient tous tordus dans la même direction. Son attention fut attirée par un couple de promeneurs qui semblait absorbé par leur passionnante conversation car ils ne remarquèrent pas sa présence. De là où elle se trouvait et bien que sa vitre fut ouverte, elle ne put en saisir le moindre mot. Il s'agissait de Marc et de Gabrielle qu'elle avait laissés un moment plus tôt. Elle se demanda quel était le véritable sens de la visite du journaliste. Sa sœur l'avait volontairement écartée du quotidien du manoir ainsi que de sa vie privée et Cécile ne soupçonnait pas que celle-ci put avoir des relations. Marc avait certainement besoin d'une amie, lui, car elle avait appris, bien longtemps après son départ que Lisa, sa petite sœur, mariée à l'inspecteur de police du coin, avait un jour disparu sans laisser de trace. Le jeune homme avait été inconsolable et elle n'avait pas osé le rappeler.