LE «VILLE-DE-MARSEILLE »FATÉMA BEKHAÏ Une ville grise au centre de la France mais, au-delà des rues sans attraits et, plus loin, des lugubres crassiers, la campagne était si belle! C’est là que j’ai grandi. C’est là que pour la première fois j’ai entendu prononcer le mot «indépendance». On avait confié à mon père la tâche sensible de gérer un centre d’accueil pour Nord-Africains besogneux, célibataires par obligation. «Le Centre», c’est ainsi qu’on l’appelait… Il n’y avait ni femmes ni enfants, juste des hommes un peu perdus. Marocains, Algériens, quelques Tunisiens, on ne faisait pas la différence. Ils étaient pour la plupart mineurs, mais il y avait aussi des «bâtisseurs», ceux qui travaillaient dans le bâtiment. Ils étaient discrets, partaient avant le lever du jour et rentraient à la


