PROLOGUECette année, notre commissaire divisionnaire Cazaubon avait enfin décidé qu’il prendrait de vraies vacances au mois de juin. Avec sa femme Marie Lafitte*, ils avaient loué une maison au bord de la mer, à Lomener, près de Larmor-Plage.
Las ! Marie qui se réjouissait tant d’avoir bientôt son grand homme à elle toute seule, est tombée malade en mai. Un virus qui passait par là lui a sauté dessus et la voilà partie pour l’hôpital en catastrophe, terrassée par une pleurésie. Aux soins intensifs, elle a contracté une septicémie. Bref, l’horreur…
Pendant plusieurs jours, notre divisionnaire a cru qu’elle allait mourir. Les infirmières ne le laissaient même pas approcher de l’entrée de sa chambre pour la voir.
À la Brigade Criminelle de Vannes, mes collègues Tournebise et Guillou, et votre serviteur, capitaine Alban, nous lâchions à tour de rôle nos truands, nos planques et nos paperasses pour l’accompagner dans les couloirs de l’hôpital Saint-Julien, histoire de lui soutenir le moral. Et puis, elle a commencé à sourire de loin à son mari. Quelques jours après, il a eu le droit de la serrer dans ses bras et il s’est même fait engueuler par la surveillante pour s’être assis sur le lit de la patiente.
Les médecins n’ont consenti à lâcher Marie que fin mai.
— Que dois-je faire, Alban ? me demanda-t-il. Elle est très affaiblie. La surveillante me conseille de l’emmener dans une maison de convalescence. On m’a indiqué un endroit confortable et moderne, avec un grand parc, près de Vannes. Mais…
— Chef, vous n’avez pas envie de l’enfermer là-bas ?
— Non.
— Elle se remettra bien mieux avec vous à la villa ! Occupez-vous d’elle ! Avec une aide ménagère pour vous faciliter la vie.
— Alban ! Tournebise, Guillou et toi, vous avez été…
Il posa sa main sur mon bras. Il n’arrivait pas à finir sa phrase.
— Allez-y, Chef ! Elle vous attend !
*
Je connaissais bien Marie en bonne santé. Je la respecte, mais elle attire les catastrophes. Cette fois, malade, délirante, ensuite convalescente, elle a trouvé le moyen d’être encore mêlée à une histoire dangereuse.
Bien après les événements que je vais vous raconter, je lui ai demandé un jour pourquoi elle ne s’était pas contentée de compter les coups au lieu de…
Elle m’a interrompu :
— Capitaine, je sais ce que vous voulez dire ! Quand on est cloué au lit, le premier devoir est de guérir ! Ça suffirait à occuper n’importe qui, n’est-ce pas ? Mais je vous assure que je n’ai rien fait d’autre ! Les informations me sont parvenues comme ça, en vrac… Les gens bavardent…
Elle était sincère.
Elle a pourtant trouvé moyen de déterrer un os, comme dit le commissaire. Jugez vous-même…
* Le nom d’usage de Marie Cazaubon est Lafitte, du nom de son premier mari, Jean-Edmond, mort quelques années plus tôt.