Point de vue de Oumou:(mère de Amina)
Je n'arrive pas à concevoir que j'ai fait tout ce trajet. Un voyage de plus de vingt-quatre heures pour au final ne pas pouvoir rencontrer ce vieux marabout. Il me dit être fatigué ! Et moi alors ? J'ai dû changer de voiture trois fois de suite, sans oublier que la route était tout simplement impraticable. Et à un moment donné j'ai cru que je m'étais perdue dans la nature vue que je ne voyais que des singes.
Mais s'il est aussi réputé qu'on le dit, j'attendrai le temps qu'il faut. Pourvu que je parvienne à avoir ce que je veux. Cette fois-ci je ne veux pas de demi-travail, un marabout qui commence sans terminer. Je veux en finir une bonne fois pour toute avec ces diablesses.
******••••••••*******
6h.
Je suis enfin devant le vieux. Je n'ai pas pu dormir de la nuit. Moi Oumou dormir dans une case, sur une natte et surtout avec des volailles ? Que Dieu m'en garde. J'ai dépassé ce stade. Euh oui maintenant il me suffit de claquer des doigts pour avoir tout ce que je veux, il ne me manque rien ou du moins pas grand-chose sinon je ne serais pas là.
_hmmm hmmm. Il se racle la gorge me faisant sortir de ma torpeur par la même occasion.
J'ose enfin le regarder. Il fait peur mais ils sont tous pareils et j'en ai l'habitude. Alors je me rassis confortablement sur la natte en face de lui. J'allais ouvrir la bouche quand il me stoppa par un signe de la main. Il mélangea ses cauris avec du sable très blanc pendant un long moment, en marmonnant des trucs incompréhensibles, avant de s’arrêter brusquement pour me regarder avec insistance.
_D'après mes consultations vous êtes ici pour votre mari et sa fille. Affirme-t-il.
Eh ben, ma sœur ne m'a pas du tout menti, il est doué dans son travail.
_ Oui c’est ça. Mon mari c'est juste par précaution parce que jusque-là j'arrive à le mener par le bout du nez, même si des fois je revois en lui l'ancien Mohamed, c'est-à-dire celui qui est fou de sa famille et est indépendant et autoritaire.
_ Et vous voulez qu'il soit entièrement à votre disposition, qu'il vous mange dans la main.
_ Tout à fait.
_D'accord ! Et pour la fille ? Je vois que vous êtes après elle... Euh depuis sa naissance ainsi que sa mère aussi.
_ Oui ! Pour sa mère, aucun marabout n'arrive à l'atteindre, ils disent tous qu'elle est protégée par Dieu mais nous le sommes tous non ?
_ Ah c'est différent ! Je vois beaucoup de choses sur cette famille et effectivement elles sont protégées.
_ Alors e*****z cette protection, cette fois-ci je veux les atteindre totalement. Ordonnais-je avec fermeté.
Le vieux ferma ses yeux et continua de remuer ses trucs. J'espère juste pour lui qu'il ne va pas me dire qu'il ne va pas y arriver comme les cent autres. Tout ce qu'un marabout fait un autre peut le défaire, normalement.
_ Vous avez leurs photos ?
Oh que oui, j'en ai. Toujours et partout. Je n’ai même pas pris la peine de répondre et sortis de mon sac la photo que je déteste de plus. Elle est récente, et Rachida y figure avec son père, tous les deux affichent un sourire magnifique au bord de la plage. J'aimerais juste l'étrangler cette enfant de mal. Le vieux marabout saisit la photo et la mit au milieu de ses charlatans en murmurant du charabia. Ceci prit un bon moment, je commençais même à perdre patience.
Entre temps je me suis mise à penser à cette diablesse et sa maman. Depuis sa naissance je fais tout pour m'en débarrasser, j'ai dû limiter la reproduction de Aissatou, Rachida à elle toute seule, arrivait à avoir toute l'attention de mon mari. Il me fallait éradiquer sa race et voilà vingt ans après, elles sont toujours là et avec un supplément, Bella ; c'est devenu l'univers de mon mari, il en est obsédé. Je suis passée par tous les moyens pour les nuire, directement et mystiquement, je vois qu'elles souffrent et que les choses sont différentes maintenant mais cela ne me suffit toujours pas.
Rachida je veux tout simplement qu'elle meurt, qu'elle disparaisse à tout jamais. À chaque fois que je consulte un voyant il m'annonce la chose que je déteste de plus, la phrase : cette fille a un avenir brillant et prometteur devant elle, revient toujours. ‘Elle brillera de mille feux’ et ma fille à moi dans tout ça ? Et mes deux garçons ? Elle a d'abord pris la beauté de toutes les filles y compris la mienne, l'intelligence, l'éducation, tout, absolument tout chez elle est parfait et à cela elle veut ajouter un brillant avenir ? Jamais ! Il faudra me tuer d'abord.
_L'accident c'était vous ? Me sortit le vieux de nouveau de mes pensées. Je le regardais avec surprise, me demandant comment il le sait. Lui, je sens qu’il va m'aider, qu’il est doué. J’opine juste de la tête.
Bien-sûr que ça aussi c'était moi. Il ne s'est pas vraiment passé comme je l’avais prévu, parce que j'avais demandé à ce vieux-là de la tuer elle et sa sœur sur le champ. Je ne supporte pas qu'elles se pavanent avec les voitures de mon mari, tous ces biens me reviennent de droit mes enfants et moi. Mais il a fallu qu'elle s'en sorte vivante et en bonne santé, donc il me fallait ajouter. Si je ne peux pas la tuer je vais faire de sa vie une misère, tous les hommes qui lui courent après actuellement finiront par la fuir, parole de Oumou.
_ Pour son pied j'ai pu voir qu'elle souffre toujours et c'est une question de temps avant que ça ne devient fatal. Personne ne pourra la tuer avant son heure mais nous pouvons faire en sorte que la vie qu'elle va mener soit invivable.
_ Faites tout le nécessaire. Et dîtes moi, il y a-t-il un mariage dans ce que vous avez vu ? Je veux dire a-t-elle un prétendant ?
Il baissa la tête de nouveau et fixa la photo avec un sourire. Cela ne présageait rien de bon.
_ Des prétendants je dirais.
_ Et ?
_ Je vois au moins cinq candidats mais l'un d'entre eux est plus pressé et fera sa demande bientôt. C'est un jeune homme de votre entourage.
_ Il est riche ? Il vit au pays ?
_ Non pour la deuxième question et c'est tout ce que je peux vous dire.
_ Pouvez-vous faire en sorte que ce mariage ne se réalise pas ou du moins pas avec elle ?
_ Soyez plus clair ma fille.
Je veux que ce futur mariage soit pour ma fille Amina. Il doit faire en sorte que ce jeune homme épouse ma fille et non Rachida. Et après lui avoir expliquer cela, il fut de nouveau une consultation puis me dit que c'était faisable. J’étais au summum de l’euphorie.
_ Il faudra que votre fille arrive à faire manger ceci à sa grande sœur et au jeune homme en question, une fois cela fait, ce dernier n'aura d'œil que pour votre fille. Et ceci c'est pour aggraver l'état de son pied, il suffit de le lui verser dessus et le tour est joué. Me dit-il en me donnant deux bouteilles contenant un liquide bizarre.
Je souris de satisfaction. Enfin du sérieux.
_ Mais cela ne sera pas sans conséquence. Si par malheur il arrive qu'un autre marabout la consulte et arrive à lui enlever le sort, il se retournera contre vous, même si cela prend du temps.
J'avoue que c'est un peu risqué mais cette famille ne consulte jamais de marabout, ils sont trop croyants car malgré les multiples maladies bizarres de Rachida, elle ne s'est jamais soignée par la médecine traditionnelle donc il n'y a aucun risque.
Il prépara donc tous ses produits et me les donnât après m'avoir expliqué comment les utiliser. Heureusement que Amina est là-bas et que sa folle de sœur l'aime beaucoup malgré tout, Amina aussi l'aime même si je fais tout pour les éloigner, il me faut avoir ma fille dans mon camp pour pouvoir anéantir mes ennemis.
Tout est fait, il me faut juste lui remettre son argent et partir d'ici malgré que la somme qu'il me réclame soit un peu exagérée. Cinq-cents mille FCA ? Wow apparemment cette famille va me faire débourser tout mon argent, mais c'est un mal pour un bien.
Point de vue de Rachida :
Je suis toujours en train de fixer Majid avec surprise. Comment est-ce que j'ai pu être naïve à ce point ? C'était pourtant très évident et clair comme l'eau de roche qu'il n'était pas ce qu'il prétendait être. Mais devrai-je lui en vouloir ? Je ne pense pas, après tout c'est son argent et il a sûrement crû que s'il m'en avait parlé, j'allais devenir son ombre et quémander sa bonne foi, oui surtout avec ma situation. C'est la seule explication valable.
_ Bon tonton et monsieur bah se fut un plaisir de vous rencontrerez mais nous allons devoir prendre congé de vous, si nous ne voulons pas arriver en retard au cours. Dis-je en leurs serrant la main à tour de rôle.
_ Oui papa nous allons partir. Monsieur bah j'espère qu'on se reverra. Dit Ndeye en lui faisant un clin d'œil, il lui sourit, un peu gêné.
_ Tiens Ndeye prenez un taxi il est bientôt l'heure. Dit son père en nous tendant un billet de cinq mille.
_ Non je vais les déposer, j'allais rentrer. Intervient Majid.
Il va déposer qui lui ? Pas moi en tout cas. J'avais déjà entendu cette phrase venant de lui une fois et je suppose que c'est la seule vérité qu'il m'ait dite. Mais c'était sans compter sur ma copine qui est toute excitée à l'idée d'être déposé par monsieur je suis le plus gros menteur de la planète.
Je sers mon sac et sors en première, pensant à une solution pour ne pas avoir à monter dans sa voiture. J'étais en train de cogiter toute seule, dehors, lorsque je le vis se diriger vers moi, accompagné de Ndeye et les lunettes de soleil qu’il venait de porter le rendait plus beau que d'habitude, Seigneur Dieu qu'il est mignon ce gros mytho.
_ On y va mesdemoiselles. Dit-il avec sa voix rauque. Je ne le regarde même pas et porte mon attention sur ma copine en faisant une grimace.
_ Euh Ndeye allez-y sans moi je crois que je vais rentrer.
_ Quoi ? Rentrer ? Mais pourquoi ? On a cours deh et puis qu'est-ce qui t'arrive tout d'un coup ?
_ Les anglais ont débarqué. Dis-je dans un murmure pour ne pas que l'autre là nous entende. Elle ouvrit grand la bouche ainsi que les yeux.
_ Oh massa ma puce prend cet argent et paye un taxi, je t'appelle dès que le cours est fini.
_ Pourquoi doit-elle prendre un taxi ? Intervient Majid de nouveau.
_ Elle a une urgence à régler et ne pourra plus faire cours. Lui répond ma copine.
_ Une urgence du genre ?
_ Cela ne te regarde pas. Dis-je agacée au plus haut point. Ndeye me tapa discrètement alors que Majid lui souriait, oh son sourire Mamma Mia.
_ Truc de fille. Lui dit Ndeye. Mais cette fille pourquoi elle ne peut pas la fermer ? Ce gros c*n ne mérite aucune explication de ma part, je me retiens juste là pour le griffer.
Au même moment le téléphone de monsieur Bah sonna, et lorsqu’il s’est éloigné pour décrocher, j’ai décidé de remettre les pendules de cette folle à l'heure. J'allais ouvrir ma bouche quand elle s’est mise à indexer quelque chose ou quelqu'un derrière moi avec une mine bizarre. Je me retourne et tombe nez à nez avec mon plus grand cauchemar. Oh non ! Pas elle et surtout pas ici, et maintenant ! Je me mis à chercher Majid du regard, priant que sa conversation dure pour ne pas qu’il assiste à ce qui va se passer ici, genre tout de suite.
Je fis signe à Ndeye de le tenir éloigné, mais la connaissant elle ne voudrait pas me laisser seule avec cet enfant du mal, j’ai dû la supplier du regard.
_ Oh qui vois-je ! Rachida ? ben dis donc on dirait que tu as enfin commencé à appliquer les conseils de ta grande sœur experte. Me lance-t-elle en me jaugeant de haut en bas. J'avais juste envie de l'étrangler.
_ Je préfère de loin manger dans les poubelles et dormir dehors que d'appliquer tes conseils chère grande sœur. Rétorquais-je avec assurance. Le temps où je me laissai faire est révolu.
_ Je vois que tu fais la grande bouche maintenant. Mais ne prends pas trop de confiance chère sœur, tu n'as encore rien vu.
La phrase que je déteste de plus. La revoir fait resurgir en moi tellement de souvenirs douloureux que je me tue à garder enfui. J'ai tellement mal là où je suis que j'ai seulement envie de disparaître ou de la tuer, mais je me retiens, elle n'en vaut pas la peine après tout, comme dit Mum Dieu s'occupera d'elle au moment venu.
_ Toi non plus et ciao ciao, j’ai cours moi. Lui dis-je sur un ton de provocation avant de m’éloigner, sans lui laisser le temps d'ajouter quoique ce soit. Si je reste ne serait-ce qu’une seconde de plus, l’une de nous finira à la police et l’autre aux urgences
Pourquoi tant de haine ? Qu'ai-je fait pour mériter une telle famille ? Cette femme n’est autre que ma grande sœur, Seynabou, l'aînée de ma tante et elle a presque le même âge que mon père, mais continu de me prendre pour sa rivale. C'est elle qui m'a fait vivre un enfer chez ma tante, qui me faisait travailler jusqu'à une heure du matin sachant que j'ai cours le matin, qui me faisait dormir avec les bonnes, coupait l'électricité dans ma chambre pour m'empêcher d'étudier, envoyait ses enfants gâter le chargeur de mon ordinateur à chaque fois que j'avais un examen. C’est aussi elle qui me faisait manger les restes et c’est surtout elle qui m'a chassé de la maison au milieu de la nuit, comme un mal propre, mais pas sans m'avoir bastonné comme une voleuse avec l’aide de ses garçons. Je la hais.
Devant mon père elle joue à la sainte. Je me rappelle quand je suis arrivé ici avec Amina, elle voulait me transformer à son image. Elle m'a dit de me servir de ma beauté pour avoir tout ce que je veux sans demander rien à mon père et quand j'ai refusé et surtout quand elle a vu l'intérêt que me portait son mari, elle a fait de ma vie un enfer. Je me rappelle de ces mots le jour qu'elle m'a foutu dehors : ‘tu penses que ta beauté et ton intelligence suffisent pour avoir tout ? Tu n’as encore rien vu, je ferais en sorte que tu termines comme tata Rama, à vendre des arachnides au bord de la route pour rentrer trouver un mari vendeur de fruits ". M’avait-elle proféré avec assurance.
Je ressentais ces mots comme des flèches qu'elle me lançait et je savais surtout qu'elle en était capable. Cette femme est capable de tout je vous dis, elle a tué son premier mari en lui faisant mangé de la viande de serpent. Ce dernier avait quartes femmes et elle était la dernière et sans enfant, mais c'est bien elle qui a hérité de tous ses biens, même la maison où habite ma tante est à elle ; c'est elle la reine de la famille en un mot. Son mari actuel aussi était marié à quatre autres femmes avant elle et a une trentaine d'enfants, mais elle est la seule à vivre avec lui, son mari n'a plus aucun lien avec sa famille et aucun de ses enfants n'ose venir à la maison. Alors quand elle me dit ce genre de chose je ne peux pas ne pas m'en faire.
Mais je ne vais pas lui répondre. Les actes valent mieux que la parole. Au moment venu je vais lui répondre, je vais leurs répondre à tous In Sha Allah.
Dès que je me suis éloigné d'elle Majid est venu à ma rencontre. Il retira ses lunettes et me regarda bizarrement, j'espère juste que Ndeye ne lui a rien raconté, je n'aime pas parler de ma famille et surtout avec lui.
_ Rash ça va ? C'était qui ? S’enquit-il en posant sa main sur mon épaule.
Je le regarde avec un regard amer.
_ De quoi je me mêle monsieur Bah ? Rétorquais-je en me dégageant de lui.
Il baissa encore les yeux et semblait vexé. Mais je m'en fou moi.
_ Ndeye je te jure tu es en retard, vas-y on s'appelle après. Dis-je à ma copine en m’éloignant, mais il retient mon bras. Je voulais réagir mais ma copine commençait à nous regarder avec suspicion.
_ Attend ! On va déposer ta copine à l'école puis je te dépose chez toi, tu n'as pas l'air d'aller bien.
_ Non ! Ramène la Abdoul je vais prendre un taxi moi. Intervient Ndeye, en hélant un taxi en même temps.
Je n'ai pas eu le temps de dire quoique ce soit qu'elle s'engouffre dedans et s'éloigne en me disant qu'elle va m'appeler.
Je regarde Majid qui me tient la porte de sa voiture avec un regard suppliant. Vais-je vraiment monter encore une fois dans sa voiture et surtout dans mon état ? Je suis à deux doigts de sangloter, j'en ai marre de ma vie et je n'aime pas paraître faible devant un inconnu. Mais si j'ouvre la bouche pour prononcer même le plus petit mot, la boule nouée dans ma gorge va se dénouer et je ne pourrai pas me retenir, je monte alors sans rien dire. Il lâcha un gros ouf de soulagement.
Une fois à l'intérieur je m’assoie de l'autre côté en posant ma tête contre la vitre. Je ne comptais pas parler du tout. Je risquerai de dire des mots que je vais regretter après. Ça m'arrive très souvent.
_ Rachida... Commence-t-il mais mon téléphone se mit à sonner en même temps. Super c'est mon père. Je me penche pour éteindre la radio comme si c'était ma voiture.
_ Allô papa.
_ Salam Rachida comment tu vas ?
_ Bien Alhamdoulillah papa et toi ?
_ Alhamdoulillah ! Tu n'es pas à l'école ?
_ Non papa j'ai fini et j'étais passé saluer ma tante. Et Mum et Bella ?
_ Elles vont bien ! Et ton pied ? Tu as reçu ton argent ?
_ Mon pied ça va, oui j'ai reçu, j'allais t'appeler le soir. Merci. Tu bouges quand pour Dubaï ?
_ Dans deux jours In Sha Allah.
_ Tu feras bon voyage et s’il te plait n'oublie pas mes lunettes et mon ordinateur. Je fonctionne au ralenti actuellement.
_Je vais voir ce que je peux faire, mais sache que maintenant tu n'es pas le seul enfant que j'ai et je suis vieux et fatigué. Les dépenses deviennent trop.
S'il n'avait pas gâché notre discussion, s'il n'avait pas dit quelque chose pour me vexer, j'allais dire que ce n'est pas mon père, le nouveau hein. J’étais vraiment à deux doigts de pleurer, j'en ai marre et marre.
_ Oui papa. Porte-toi bien, je salue maman.
Je raccroche à la hâte et secoue ma tête dans tous les sens pour assimiler tout ce qui vient de se passer, j’aurais dû rester à l’école. Qu'elle journée !!
Point de vue de Majid :
Rachida a vraiment l'air perdue. Quand elle a su que je n'étais pas celui que je prétends être elle était surprise mais pas triste, c'est depuis que je me suis éloigné pour répondre à l'appel de Chérif tout à l’heure qu'elle est devenue comme ça. Je l'ai vu avec une femme en train d'échanger quelques phrases vite fait et j'avais voulu m'approcher mais sa copine m'en a empêché. En tout cas ce n'était pas un échange de courtoisie puisque depuis lors elle est complètement triste et on dirait que l’appel qu’elle vient de recevoir n’a fait qu’aggraver les choses, je la vois se retenir de pleurer, mais pourquoi ? Pourtant son appel avait bien commencé, elle a décroché avec un sourire après avoir éteint ma radio chose qui m'a un peu choqué, mais voilà qu'elle raccroche avec une mine hyper triste et ça me fend le cœur.
Je me suis trop attaché à elle, et dire que j'allais lui révéler toute la vérité aujourd'hui, là je n'ai plus le courage. Je veux juste la prendre dans mes bras et la rassurer. Mais elle m'évite, elle ne me regarde plus, ce qui est quand-même compréhensible. Je n'aime pas la manière dont elle a appris qui j'étais vraiment, pas du tout. J’aimerais revenir en arrière, et changer les choses. J’aimerais juste la voir heureuse, et aussi retrouver sa confiance.
_ Ma mère n'est pas morte. Sortis-je sans savoir pourquoi, je n'ai jamais dit ça à un autre, tous mes amis savent que ma mère est morte et non qu'elle m’ait abandonné. C'est mon plus grand secret et j'ai envie de lui montrer que je ne suis pas un menteur, qu'elle compte énormément pour moi et j'espère qu'elle le comprendra.
_ Encore un autre de tes mensonges, dis-moi, tu t'appelles vraiment Majid ? Réplique-t-elle d’un ton s******t.
J'ai senti mon sang se glacer dans mon organisme. Elle ne me croit pas, pourtant je dis vrai et c’est important pour moi.
_ Rash je suis vraiment désolé de t'avoir menti mais comprend moi, tu étais trop méfiante, ce n'est que quand je t'ai dit que je ne suis qu'un simple stagiaire que tu t'es détendu. En plus avant toi personne ne m'avait jamais apprécié pour ce que je suis vraiment, avec toi c'était simple et naturelle, tu me voyais pour ce que je suis vraiment et je ne voulais pas que ça change. Avec toi je me sens moi-même et oui je t'ai menti, oui j’ai été égoïste en ne pensant qu’à moi mais j'allais tout te dire aujourd'hui même.
_ Majid c'est bon tu n'as pas à te justifier avec moi, c'est ton argent ta vie et moi je ne suis qu'une simple étrangère, une inconnue. S'il te plait dépose-moi chez moi et on s'oublie.
Elle est sérieuse ? On s'oublie ? Mais moi je ne vais pas l'oublier et je ne veux pas non plus qu'elle m'oublie. OK j'ai fait une erreur mais j'essaie de me rattraper là !
_ Mais Rachida on vient à peine de nous connaître. Tentais-je de nouveau. C’est bien la première fois que je me retrouve à supplier une fille et je dois avouer que cela ne me plait pas, mais que faire ? Je veux la garder à tout prix.
_ Justement ! C’est le meilleur moment de se quitter, sache Majid que je n'ai rien contre toi mais je n'ai pas une vie comme la tienne. J’ai assez de soucis comme ça et je ne compte pas en rajouter.
_ Je me fou que ta vie soit compliquée et pleine d’obstacles, c'est toi qui m’intéresses et je te veux avec tout ce que cela implique, s'il te plaît laisse-moi me rattraper. Lui dis-je en saisissant sa douce main.
_ Tu veux m'aider Majid ?
_ Tout ce que tu voudras rash.
_ Alors reste loin de moi. J'ai assez de problèmes comme ça.
Dès qu'elle a fini sa phrase elle a ouvert la portière pour descendre. On est arrivé donc ? Mais qu’est-ce qu'elle a ? Et si je lui dis maintenant que je suis l'homme qui la percuté pendant les vacances elle va sûrement me foutre une raclée, au faire un malaise.
_ Rash, attend moi stp. Dis-moi ce qui se passe. Lui demandais-je en sortant à mon tour.
Je la vois se retenir pour pleurer encore une fois. Je me sens très mal pour elle, elle a l'air de vraiment souffrir et je ne comprends pas pourquoi elle me repousse. Si seulement elle me laissait la possibilité de lui venir en aide ! Mais....
_ Reste loin de moi Majid, ne reviens plus jamais.
J'ouvre grand la bouche pour dire quelque chose mais rien ne sort. Je la regarde s'éloigner de moi sans rien pouvoir faire. Je ne peux pas la perdre de cette façon, j'ai souffert pour la retrouver, non c'est trop facile ça.
Je décide de retourner à l'hôtel et lui laisser le temps de se calmer et de mon côté trouver une solution.
Mais une fois dans la voiture je reçois un appel de mon assistante, qui m'informe que je dois rentrer au plus vite car l'auditeur a constaté une énorme fuite d'argent dans l'entreprise. Mais c'est quelle histoire ça encore !