Le départ de Nick

2814 Mots
Quelques années plus tard, Nick avait terminé ses études classiques, étant un élève très brillant, il gagna une bourse d’étude à l’étranger, Bermann et sa femme étaient fières de lui, mais lui, il pouvait peu se réjouir de cette bonne nouvelle, il devait se séparer de sa meilleure amie, il a refusé de fêter sa réussite. « Il y a peut-être une réussite à célébrer, mais mon départ l’encombre ». Disait-il. À un moment donné, Leïssa essayait de se montrer mature, en faisant bonne impression, lui soutenant, lui montrant à quel point elle était contente pour lui. - Je te félicite vraiment ! Et c’est une belle opportunité que tu as là. Disait-elle. - Oui, je sais. Et c’est tout ? Lui demanda Nick en retroussant le nez. - C’est de ton avenir qu’il s’agit Nicky. En s’esclaffant, Nick s’approcha d’elle … - Tu vas me mentir pendant longtemps ? C’est évident que tu fais bonne impression, ce n’est pas toi, ça ! Ma chérie à moi me dirait : « Je ne veux pas que tu partes ». Dit-il en prenant une voix féminine. - Ok, c’est bon… Je ne veux vraiment pas que tu partes, je ne veux pas qu’on se sépare, tu me manqueras beaucoup trop. Si seulement je pouvais venir avec toi. - Issa chérie ! Moi non plus, je ne veux pas me séparer de toi. - Mon chéri, tu sais que mes parents sont très riches et, continuer à répondre à tes frais d’études ne leur serait en rien un problème, passe-toi de cette bourse d’étude, reste avec nous. Tu sais qu’ils te choisiront la meilleure université. - Tes parents ont tellement fait pour moi, ils ont tellement pris soin de moi et, sans tenir compte que je reste un étranger, ils se sont occupés de mon éducation pendant des années, je crois qu’ils ont assez fait comme ça. - Tu continues à dire que t’es un étranger, après tout l’amour que ma mère te donne ? - Aimer un enfant comme son fils ou aimer une femme comme sa mère ne fait pas de l’un ou l’autre, un fils ou une mère. Et, c’est pour l’une des raisons que j’estime autant tes parents. Mais, quoique me considérant comme leur fils, quoique m’aimant comme faisant partie de leur sang, la vérité, c'est que… je reste un enfant venant de nulle part et ça, des sentiments ne sauraient l’effacer. Après mes études, je reviendrai. Je te fais la promesse de toujours t’appeler, on passera le maximum de temps possible à communiquer. De mon absence, tu ne t’en apercevras guère. - Comment peux-tu comparer des appels et des messages à ta présence ? Je pourrai te prendre dans mes bras, à chaque fois que j’en aurai envie ? Je pourrai ressentir ta présence ? Pourrais-je dormir dans tes bras ? Tu parles comme si ce serait suffisant. La seule chose qui ne me manquera pas, c’est ta voix. Crois-tu que c’est la seule chose à laquelle je m’attache ? Voir, ton beau visage à travers un écran, sans pouvoir le toucher. Ouais, c’est vrai, tu as parfaitement raison, de ton absence, je ne m'en apercevrai guère. Lança-t-elle en baissant les yeux. - Je n’ai jamais dit ça mais, tu comprends que je dois partir. - Je n’ai pas à comprendre quoi que ce soit. D’ailleurs, je ne comprends rien du tout. Je ne supporterai pas ton absence Nicky. Si tu pars, on oublie notre amitié. Maugrée-t-elle. Elle se leva, le fixa et s’écria : - Cette fois, on ne parle pas d’une séparation d’été. Cela va jusqu’à quatre longues années. Comment veux-tu que je le supporte ? Comment Nicky ? N’es-tu pas en train de me punir ? - Comment peux-tu dire ça ? Et pourquoi je te punirai ? - Je t’ai toujours causé du tort par le passé, ta vie à mes côtés, n’était pas si facile, à maintes reprises, je m’étais permise de t’insulter, et sans compter mes petits caprices, je n’ai pas oublié ce que je t’ai fait avant ton accident, je n’ai oublié aucun de mes mauvais agissements. Nicky, je suis bien consciente que je suis loin d’être la personne que tout le monde aimerait avoir comme amie. Et le pire, c’est que je n’ai pas changé depuis, je suis la même enfant gâtée. Comme tu l’avais dit, il y a quelques années, personne ne saurait m’enlever l’étiquette de la fille blessante. En réalité, tu as toutes les raisons du monde de me punir et crois-moi, tu sais bien choisir les punitions, me priver de ta présence est la pire de toutes, tu l’as toujours su, bien joué ! - Mais, qu’est-ce que tu dis ma chérie ? Je ne suis pas rancunier, tu le sais fort bien, tes mauvais agissements comme tu dis, ne sont pas des raisons suffisantes pour que je te punisse, et même si c’était le cas, je ne me permettrais jamais de le faire. Voyons ma chérie, te priver de ma présence volontairement, c’est me priver moi aussi de la tienne et tu sais pertinemment qu’elle m’apporte autant que la mienne t’apporte. - Ne t’en va pas Nicky ! Je t’en supplie, ne t’en vas pas ! - Attends ! C’est comme si tu me demandais de choisir entre notre amitié et mon avenir. - Je pensais qu’on n’allait jamais se séparer Nick. En plus, tu sais que ton avenir ne dépend pas de cette bourse et non, je ne te demande pas de choisir, j’essaie juste de te faire comprendre que ton départ m’affectera beaucoup plus que tu ne le redoutes. - Bien sûr que si, mon avenir en dépend. Tu crois que ça ne me gêne pas quand ce sont tes parents qui s’occupent de tout ? Tu crois que ça ne me gêne pas qu’ils prennent autant soin de moi ? Je ne suis plus un enfant, je ne peux plus me dépendre totalement d’eux, et tout ce qu’ils font pour moi, ils ne me le doivent pas Issa. J’ai la possibilité de les débarrasser un peu de toutes les charges qu’à cause de moi, ils ont à couvrir. Ils sont riches, mais leur argent revient à leur fille et non, à un étranger. Cette bourse, c’est la seule chose qui me fera sentir indépendant de ta famille. - Tu dis tout ça parce que tu n’as jamais considéré ma famille comme la tienne, tu n’as fait que nous aimer comme des étrangers et, comme c’est décevant ! - Je vous adore, c’est vrai, mais on ne remplace pas une famille ! À un moment donné, j’ai failli croire que tu avais grandi, mais tu restes toujours cette enfant gâtée que j’ai connue. Je n’attends pas à ce que tu me comprennes, dans ce genre de situation, l’enfant gâtée prend le dessus de toi, parce que je sais qu’il ne s’agit pas seulement de mon absence qui te rendra vulnérable, mais tu nourris aussi ton égoïsme, jusqu’à me mettre des bâtons dans les roues : si je pars, on oublie notre amitié, c’est ce que tu as dit. Des fois, je me demande si tu t’entends parler ? Dans la vie, il faut savoir quoi sacrifier, quand le sacrifier et pourquoi le sacrifier. Je vais partir, je m’y suis déjà décidé et si tu choisis de rompre notre lien, je saurai comment faire à mon retour pour le renouer. - Comme je te déteste Nick ! - Je le sais ! Je t’aime très fort ma petite Issa chérie et je reste à croire que tu n’en doutes pas, j’ai peut-être accepté de sacrifier quatre années de notre amitié, mais à toi, je n'y renoncerai jamais. Depuis, leur amitié avait connu une froideur intense, Leïssa était très distante, elle lui parlait à peine, voulait toujours rester seule, s’efforçant à déjà s’y habituer ; sauf quand ils allaient en cours de danse, ils étaient proches, mais rien que physiquement, elle devait tenir sa promesse et ne pas changer de partenaire. La veille du départ de Nick, elle alla s’asseoir sur le toit de la maison, elle voulait comprendre ce que cet endroit rapportait à Nick pour qu’il y passe son temps et, elle essayait d’imaginer un instant comment elle allait refaire Face à triste vie. « Moi qui croyais que j’avais pour toujours, retrouvé goût à la vie, on ne peut vraiment rien tenu pour acquis. Il est ce dont j’ai besoin pour être heureuse, mais lui, même en le sachant, il s’en fout ! Après tout, c’est quand même la vie, on gagne, on perd, on gagne à nouveau et on perd à nouveau. On ne fait qu’user un petit moment, de ce qu’on obtient dans la vie ». Dit-elle. - Que fais-tu dans le noir ? Lui demanda Nick. - Je regarde les étoiles. Répondit-elle. - Tu les parles ou tu les regardes ? En m’approchant, je t’ai entendu marmonner. - J’ai juste envie de rester seule alors, s’il te plaît, laisse-moi seule. - Je me rappelle notre première rencontre dans le parc, où tu étais en train de pleurer, j’avais compris que je n’étais pas le seul à souffrir. - La différence, c'est que mon petit frère méritait chaque goutte de mes larmes. - Quand j’étais venu ici, tu étais la seule personne à me causer du tort. On s’était rencontré dans un pire et précieux moment, involontairement et inconsciemment, on s’est apporté du réconfort l’un à l’autre. - Sauf que, je m’y suis trop attachée. Je n’ai jamais cru qu’un enfant de nulle part allait autant changer ma vie, tu m’as tout rapporté sauf mon frère. - On a vécu de merveilleux moments ensemble, n’essaie pas de tout gâcher Issa. Nick, la tenant par la main, la conduisit dans sa chambre, en voulant l’offrir un cadeau. Il prit une boîte contenant un bracelet, autour duquel est inscrit son nom, et il le mît à son poignet. - J’en ai un aussi qui porte ton nom. Dit Nick en lui montrant le sien. - C’est comme si tu m’offrais un cadeau d’adieu. Souffla-t-elle les yeux baissés. - Ce mot n’existe pas pour nous Issa. - J’aimerais le croire autant que toi. J’ai tellement envie de te détester parce qu’on dirait que c’est le seul moyen pour moi de m’en passer de toi et supporter ton absence, mais je n’y arrive pas. Que vais-je faire Nick ? Depuis la mort de mon petit frère, c’est toi qui m’as donné à nouveau la force et l’envie de vivre. Euh oui, l’enfant de nulle part ! J’ignore totalement quoi faire. Dis-moi comment tu fais, tu as toujours été plus fort que moi. J’ai perdu un frère et je n’ai pas su avoir le courage de le supporter, mais toi, tu as perdu toute ta famille et t’as eu assez de force jusqu’à parvenir à en partager avec moi. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi courageux que toi. Je pleurniche sur mon sort et toi, tu prouves à tout le monde que tu es au-dessus de ton amertume, que ton vécu n’a été qu’une tempête de courte durée. - Je n’ai pas été si fort que ça ma chérie, j’ai juste trouvé à quoi me raccrocher : la musique et j’avoue que dès fois, j’ai voulu être fort rien que pour toi. - Mais moi, c’est à toi que je me suis raccrochée. Lança-t-elle. - Leïssa ! Soupira-t-il - Leïssa quoi ? Ne vois-tu pas que tu me prives volontairement de mon envie de vivre ? Accepter cette bourse n’est pas ta seule option, mais tu refuses de l’admettre. Poursuivi-t-elle. - Ma chérie ne dis pas ça, on va rester en contact et on en avait déjà parlé, je ne changerai pas d’avis. - C’est si facile pour toi de partir et de t’en passer de moi. Cria Leïssa. - Calme-toi s’il te plaît. Tu sais fort bien que ce n’est pas vrai. À mes yeux, tu es plus importante que tu ne pourrais l’imaginer, combien de fois dois-je te le répéter. - Dans ce cas, mon imagination ne va pas si loin que ça ! Je vais dans ma chambre, j’ai sommeil. J’espère qu’à mon réveil demain, je ne te trouve pas à la maison. - Je me demande d’où tu tiens cette cruauté ? Et le pire… que ça te torture ou pas, tu te rassures simplement de torturer l’autre. Viens dormir avec moi s’il te plaît. - Non. - Pour rien au monde, tu n’aurais refusé. - Les choses ont changé. - C’est ce que tu veux vraiment ? Demanda Nick, le visage abattu. - Ce que je veux ? Hmm ! La vie continue Nicky, on finit toujours par passer à autre chose. - Et, c’est ce que tu fais ? - Bon voyage Nick ! Que Dieu t’accompagne ! J’espère que tu prendras soin de toi. D’une démarche ferme, elle se dirigea vers sa chambre, elle voulait prouver à Nick qu’elle pouvait s’en passer de lui. Soudainement, la sensation d’être abandonnée lui avait comprimé la poitrine et rendait difficile sa respiration. La tête sur l’oreiller trempé de larmes dans sa taie de coton froissée, voulant crier à plein gosier, mais se retint par orgueil. Et ce n’était que tard dans la matinée qu’elle s’était levée de son lit, voulant s’assurer que Nick n’y était plus. Chaque jour, elle essayait d’ignorer la souffrance que lui procurait l’absence de Nick. À la maison, elle faisait comme si de rien n’était, elle s’efforçait de rire aux moindres détails, s’esclaffant faussement et bruyamment comme toujours, se livrer à des plaisanteries de premier ordre, juste pour que ses parents ne sachent pas qu’elle en souffre. Et, comme l’ayant prévenu, elle avait rompu tout lien avec Nick, ne répondant à aucun de ses messages et de ses appels, elle refusait d’aller vérifier ses boites émail, pensant que Nick tenterait de lui laisser des messages. Elle avait complètement changé, elle s’habillait différemment, comme une fille vulgaire, portant des mini-vêtements en laissant toujours son corsage s’entrouvrir pour exposer ses seins. Elle fréquentait peu de gens bien, sa liste d’amis venait considérablement à augmenter, ses parents ne la reconnurent plus. Des années ont passé, elle grandissait et changeait de plus en plus. Après avoir terminé ses études classiques, elle était à son tour rentrée à l’université, elle était devenue une très jolie femme, séduisante, mais, manipulatrice, elle se vantait sans cesse de sa beauté et de sa capacité à mettre tous les garçons à ses pieds. Elle se disait être très belle et très intelligente, deux qualités indispensables à une vraie femme. Des copains, elle en avait des tas, les utilisant un par un, comme faisant un horaire pour s’engouffrer de plaisir. Elle s’était rassurée de se débarrasser de tout ce qui pourrait lui rappeler Nick, car son absence avait chambardé sa vie, elle ne pouvait faire autrement pour supporter cette douleur qui la rongeait quotidiennement, un mal assez meurtrier pour étreindre le passé. De toutes ses forces, elle voulait dénaturer à jamais ses pensées, même ses moments heureux avec lui. Et, son orgueil lui mettait dans l’âme un principe de dégoût pour toute chose pouvant lui plaire, car même dans ses moments de plaisirs, elle ne s’y plaisait pas. De ses changements, elle s’en était aperçue et n’en était pas trop fière. Même si elle essayait de vivre une vie différente, elle se rappelait à chaque seconde ce qu’aurait apprécié Nick. De sa mémoire, elle ne put le remplacer ; de sa tête, elle ne put l’effacer. Nick était présent à chaque instant de sa vie, elle pouvait bien s’en passer de cette amitié, mais pas de son ombre, pas de sa voix qui résonnait dans sa tête. Nick de son côté, était devenu plus serein, plus réservé, il se refermait sur lui-même. À maintes reprises, il pensait à rentrer pour revoir Leïssa mais, il ne pouvait pas. Il ne pouvait plus de son mépris, sa présence lui manquait terriblement. Souvent, il parlait à Marianne et Bermann, leur demandant des nouvelles de leur fille, ils ne pouvaient se retenir de lui dire à quel point elle avait changé, quoiqu’il entende cela, il ne pouvait rien y faire de si loin. Il était resté ce garçon si intelligent, il était le meilleur de sa promotion, beau garçon, un vrai homme avec une prestance remarquable, il ne s’intéressait pas aux filles qu’il rencontrait, il se contentait d’étudier et rien d’autre, son seul moment de loisir était son violon. Un an plus tard, il était diplômé en science de la gestion, suite après, il décrocha un contrat de deux ans d’une somme exorbitante, il devait rester quoiqu’il ait promis à Leïssa de rentrer, il voulait avoir une autonomie financière avant de retourner à Paris. Il savait qu’encore, il lui fallait faire des sacrifices, il ne pouvait pas résumer sa vie aux petits caprices de Leïssa.
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