Brisé par des mots

3869 Mots
Bermann avait proposé à Nick de prendre deux jours de congé suite à son voyage et il en avait profité de leur rendre visite… - Que nous vaut cet honneur fiston ? Lui demanda Marianne - Parce que je ne viens jamais ici ? Répliqua Nick - Tu viens peu souvent depuis que tu as quitté la maison. - Je le sais ! Je voulais vous parler à tous les deux. - On t’écoute ! Répondit Bermann. - Suite après la mort de ma famille, j’étais brisé bien que je faisais apparaître le contraire en étreignant mon amertume, j’étais seul et vous m’avez accueilli dans votre famille, sans penser une seconde que je pouvais l’empoisonner. - Mon fils ! Vous nous avez largement montré que notre décision était la meilleure, oublions ce passé douloureux. Répondit Bermann en lui coupant la parole. - Laissez-moi terminer, il le faut. En prenant cette décision vous m’avez donné à nouveau la chance de vivre. Et j’avais pu survivre malgré ma situation calamiteuse, tout ça grâce à vous, grâce à la place que vous m’avez donné au sein de votre respectueuse famille. C’est l’une des raisons pour laquelle, je ne pouvais pas me permettre d’approcher plus près de votre fille sans avoir vos consentements. Moi et votre fille sommes tombés amoureux et je me présente devant vous, juste pour vous demander sa main en mariage, si vous me le permettez bien. Ajouta Nick. Ils prirent tous deux un long moment de silence en se regardant mutuellement… - Après la mort de notre Arthur, cette famille avait perdu la joie de vivre, le goût du bonheur. Te donner la chance de partager notre respectueuse famille comme tu viens de le dire, c’était nous donner aussi la chance de pouvoir surmonter notre situation aussi accablante fut-elle. Disons qu’on s’était apporté l’un à l’autre et sans parler de Leïssa que tu as toléré et soutenu pendant des années, on te doit aussi des remerciements. En ce qui concerne notre fille, il n’y a pas d’homme qui saurait la connaître mieux que toi, qui saurait la comprendre, la respecter et l’aimer mieux que toi. En d’autre terme, il n’existe pas d’homme qui saurait la mériter mieux que toi. Pour cela, tu as mon approbation ainsi que ma bénédiction. Répondit Bermann d’un air fier et heureux. - J’ai toujours su qu’entre vous, il y aurait eu plus que de l’amitié. Quand vous étiez petits, vous étiez trop complémentaires, il y avait trop de complicité entre vous et, malgré ces petits caprices, tu savais mieux que moi qui suis sa mère, comment la gérer. Comment pourrais-je ne pas vous donner ma bénédiction? Tu as été une bénédiction pour nous dans cette famille. Je t’aimais déjà comme un fils maintenant, tu vas vraiment le devenir. Bienvenue à nouveau dans la famille ! Ajouta Marianne. D’une humeur câline, ils se levèrent, le prirent dans leurs bras et le bénir. En toute hâte, Nick se rendit à l’entreprise, entra un moment dans son bureau, s’affala sur son siège, la tête rejetée en arrière et faillit s’engouer. Au bout d’une demi-heure, il demanda à ce que tous les employés se rassemblent pour un communiqué quelconque. Sans savoir qui l’avait ordonné, Leïssa s’empressa de descendre. À son arrivée, elle sursauta en voyant Nick… - WoW ! Tu es belle et bien rentré de ton voyage ! Je peux être au courant de ton retour mais, pas de ton départ, comme c’est intéressant ! Tu viens directement de l’aéroport pour voir ta chère amie qui ne te manque jamais ? Moqua Leïssa en y prenant du plaisir. - Parce que tu ne te souviens pas m’avoir vu la nuit où tu étais peu sobre ? Lui interrogea Nick. - Applaudissez tout le monde ! Vous avez là, devant vous, l’homme ayant la vertu portant à garder une sage mesure en toutes choses. Bien sûre que je m’en souviens, je n’étais pas si peu sobre que ça, je me rappelle de chaque mot prononcé. Répondit-elle sarcastiquement. D’un coup, Nick n’a pas voulu continuer mais, tous les employés attendaient à ce qu’il réagisse, ils aimaient tous le voir aussi beau et craquant qu’il était. D’une démarche embarrassée, il avança, ayant peur qu’elle le rejette et le blâme… - Je veux justement et simplement te demander en mariage. Puisque tu me reçois de cette façon, je n’ose pas m’agenouiller devant toi car, cela ressemblerait plus à une insulte à ton égard plutôt qu’à une supplication. En lui pointant du doigt, Leïssa continua à être sarcastique… - Tu veux justement et simplement me demander quoi ? Pourquoi une telle plaisanterie ? - Tu sais fort bien que je ne fais jamais de plaisanterie et je ne saurais encore moins le faire avec un sujet d’une telle envergure. Je veux absolument que tu m’épouses Leïssa, je désire passer le reste de ma vie avec toi. Poursuivi Nick en s’armant de courage. Leïssa ne savait quoi lui répondre parce qu’elle doutait que Nick avait du sentiment pour lui, excédée d’être touché, elle éprouvait une agitation vive et passagère… - Je t’ai dévoilé mes sentiments, je t’ai toujours montré à quel point tu comptes à mes yeux, jusqu’à te faire comprendre que je ne saurais m’en passer de toi. Tu t’es défilé, tu as fait comme si de rien n’était, comme si mes sentiments t’importaient peu. Je ne pouvais plus supporter ton mépris , j’avais décidé de rentrer chez moi et même là, tu avais continué à m’ignorer, comme si, t’avoir dit ce que je ressens, c’était te trahir ou te demander de passer outre de tes valeurs morales. Tu es parti pendant un mois, sans prendre la peine de me le dire, j’ignorais que mes larmoiements te pesaient aussi lourds. J’ai souffert de ton absence tout en ayant l’impression que je ne pouvais me permettre de croire mériter tes appels. Sauras-tu un jour ce que j’ai ressenti pendant ce court mois ? Dit-elle d’un ton larmoyant. - Je sais exactement ce que tu as enduré mais, il fallait que je fasse les choses selon… - Selon tes principes, ouais ! Marah me l’a bien fait comprendre. - Il fallait que je fasse les choses normalement. Reprit Nick courageusement. - Et, te priver de moi, c’est faire les choses normalement ? - Demander d’abord ta main à tes parents sans me permettre de laisser évoluer notre relation, c’est faire les choses normalement. - Tu es allé demander ma main ? Dit-elle en montrant son air surprit. Nick s’approcha d’elle, laissant apparaître de la culpabilité et de la sincérité à travers ses yeux, le fixa continuellement, en retirant la bague de sa poche… - Tu peux beau me fixer mais, je ne suis plus cette petite fille que tu parvenais facilement à faire bouger ou convaincre. Enfant, je n’avais jamais pensé ou cru que tu ne me méritais pas, ne méritais pas mon amitié. La première fois qu’on s’était rencontré, j’avais senti que tu pouvais m’apporter plus qu’une consolation et même lorsque j’avais cru que tu avais volé mes parents, l’idée que tu ne me méritais pas, ne m’avait jamais effleuré l’esprit, quoique faisant croire le contraire, j’étais juste en colère d’avoir perdu mon petit frère et j’avais déversé ma colère sur toi. Mais là, je me rends compte que c’est ma naïveté qui m’a aveuglé pendant toutes ces années, stupide, m’efforçant à croire qu’il y’avait une personne spéciale derrière cet enfant de nulle part, croire que tu pouvais m’apporter autre chose que la souffrance, croire que tu méritais mon amour plutôt que mon mépris. Je t’ai regardé et je t’ai vu beaucoup trop parfait que tu ne l’étais en réalité, je t’ai accepté dans ma vie et je t’ai aimé beaucoup trop fort que tu ne le méritais. Dommage que c’est maintenant, que je m’en aperçois, il a fallu toutes ces années pour me rendre compte que tu ne valais guère la peine. Un enfant qui jouait dans la rue pour survivre, un enfant qui, depuis bien des années, n’avait plus d’origine, un enfant qui a été abandonné par sa famille, oui c’est de l’abandon, tu valais si peu à leurs yeux et aux yeux de ta petite Sawa, qu’ils avaient décidé de t’abandonner un par un et sans s’inquiéter de ta survie dans ce monde où tu dis n’arrêtant pas de te battre. Tu n’es rien et tu risques de n’être jamais davantage, malgré ayant atteint ce statut social, tu as une vie pauvre et privative. Dis-moi ! Comment pourrais-tu une seconde penser me mériter, moi Leïssa Bermann ? Comment pourrais-tu te permettre à désirer passer le reste de ta fichue vie avec moi ? Une vie qui ne vaut absolument rien. S’exprima Leïssa en s’enflammant d’orgueil. Des larmes ruisselèrent de ses yeux et après avoir trembloté un instant à ses cils, coulaient au long de ses joues barbues et il laissa planer le silence pour un court moment. Puis, il reprit ses esprits et dit : - J’ai passé ma vie à me reconstruire, me battre pour que mon amertume ne prenne pas le dessus mais, maintenant tu me fais comprendre, que cette lutte était vaine, que ce bonheur tant recherché n’est qu’une illusion et d’un instant tu l’as dissipé. Des années pour se reconstruire et moins d’une minute pour être brisé à nouveau et le plus étonnant, c’est que tu l’as fait que par des mots. Je retiens une chose dans tout ça : quand on se permet d’aimer quelqu’un, on lui donne le plein droit à notre bonheur ainsi qu’à notre malheur, à mesure qu’on l’aime, c’est à cette même mesure, qu’il peut nous rendre malheureux ou heureux. Que triste sont ces mots et comme ils pèsent lourds et glacés dans ma poitrine ! Leïssa Bermann, il n’y a que toi qui pouvais autant me briser ! Nick qui, savourait à peine une joie de vivre jusqu’alors inconnue, s’appliqua à refouler ses ressenties qui surgissaient au fond de son cœur. Et d’un coup, il avait une respiration haletante, on vit ses lèvres trembler, ses joues frémir, ses yeux vaciller comme dans le délire. De sa main, la bague fut tombée, une des employés s’approcha timidement pour la ramasser et la remettre dans sa poche. Puis, Nick se retourna et s’en alla, en n’étant pas en état de conduire. Il demanda à Mike la clé de la voiture car, de toutes ses forces, il voulait quitter cet endroit. - Monsieur ! Vous n’êtes pas en état de conduire, laissez-moi vous ramener. Lui conseilla Mike. - Prends un taxi Mike, je veux rester seul. Lui ordonna-t-il. En montant la voiture, il ne pouvait empêcher leslarmes de couler. La voix de Leïssa résonnait encore dans sa tête en repassant en boucle chaque souvenir de la mort des membres de sa famille. Arrivé en mi-chemin, il s’arrêta un moment pour pleurer, frappa son torse en voulant y faire ressortir les douleurs qui l’étouffaient. Chacune des phrases de Leïssa a été analysée dans sa tête, chacun de ses mots. « Homme échoué en un clin d’œil Homme vaincu en un claquement de doigt Homme brisé par une voix Passé, présent, avenir y sont amoncelés Une existence presqu’inutile, Dénouée de sens Pouvant comme une ombre, s’effacer parmi les vivants Pouvant comme un nuage, se dissiper Car, croyant vivre sa vie comme un songe N’osant solliciter sa part de bonheur Dans quel gouffre de défaite, je me suis précipité ? Enfer ou néant, miroitant d’autres perspectives La victoire m’ayant usurpé au terme d’un combat fondé sur l’abnégation et l’espoir Maintenant, je me retrouve au milieu d’un monde sans borne Ayant reçu un coup mental Obstinément, la souffrance que toute ma vie j’exile revient rôder autour de l’abîme défendu Je ressens à nouveau des maux insoutenables Vulnérable, succombant sous la surabondance d’affreux souvenirs Ne me restant que d’embrasser cette croix me pesant lourde Quoique je me sois autant battu, ce monde m’extermine Tantôt me rappelant ma douleur Tantôt me la faisant revivre En usant de toutes ses ruses, il me ramène au bord du précipice M’enveloppant, m’oppressant d’une détresse accablante Je souffre, je m’étouffe Me rendant compte ayant vécu que pour agoniser Offrant au monde un lugubre spectacle De cette atrocité, croyant être une chose à laquelle on saurait s’habituer Lors d’un bonheur qui tout bas, me chuchotait à l’oreille Subitement, m’ensanglantant à coup de lance Butant mon impuissant Être Précipitamment, faisant des pas en avant Cherchant à l’esquiver Tout à coup me retrouvant sur le chemin dont à mille lieues, j’avais cru fuguer bravement L’esprit s’étant trop débattu, éreinté, N’ayant plus la force de lutter À l’écoute de ses mots, je me suis laissé assaillir Et s’en est allé mon envie de vivre À l’étude de ses mots, je n’ai pas pu vaincre, Ce que je craignais le plus et ma joie s’est contrefaite J’ai galvaudé le temps en niant l’évidence : Accepter un combat plus fort que soi, C’est accepter de se vouer à la défaite Comme un homme sans défense, qu’on offense Comme un battant sans conscience, qu’on torture Le repoussant d’un brusque élan Je n’ai pas su vivre sans maître Inconsciemment, j’ai laissé cette douleur l’en devenir Dans ma propre guète, je me suis enlisé ! » Ensuite, il reprit la route, à peine s’être déplacé en changeant de vitesse, une voiture heurta la sienne. Leïssa elle, de son côté, s’était enfermée dans son bureau en prenant soin d’examiner ses propos blessants. Elle revoyait Nick entrain de pleurer. « Mais, qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi lui ai-je dit tout ça ? Pourquoi ai-je été aussi insultante ? C’est vrai que j’ai été blessé par son silence, mais là, j’ai vraiment fait une grosse bêtise et le pire devant tout ce monde. » disait-elle. En essayant d’appeler Nick, elle reçoit un appel de Marah, l’annonçant que Nick vient d’avoir un accident et qu’il est à l’hôpital. Sans se hâter, elle s’y rendait… Nick était inconscient et gravement blessé. D’après les diagnostics du médecin, il avait fait une hémorragie interne et il ne lui restait que quelques heures à vivre. « Je ne peux pas vous priver de lui, je vais le réveiller, entrez et faites vos adieux. » dit le docteur. Leïssa fondait en larmes, personne ne pouvait la consoler. Nick avait beaucoup de visite quoique n’ayant que ses grand-parents comme famille. Mike, John, Ridja, les parents de Leïssa… - Mon futur gendre, tu dois te battre, tu as toujours eu le courage de le faire. Lui dit Marianne d’une voix enrouée. - Ne miroitez pas mon rétablissement. Répondit Nick. Où est Leïssa ? Je veux la voir avant de partir. Personne ne pouvait lui répondre, Leïssa n’avait pas le courage de faire face aux regards de Nick, elle refusait d’entrer dans la chambre, elle restait toute seule dans la salle d’attente. - Dites-la qu’il ne me reste pas beaucoup de temps et que je ne partirai pas sans la voir une dernière fois. Persista Nick. Quoiqu’on lui dise, Leïssa ne décida pas d’aller le voir. Nick lui avait laissé un enregistrement, demandant à Marah de ne pas oublier la promesse qu’elle lui avait fait, celle de prendre soi de Leïssa. Il raidit la manche de la chemise de Bermann en lui chuchotant quelques mots à l’oreille. « Demande à Leïssa de verser de l’argent sur le compte de mes grands parents ainsi qu’à Marah, Mike et John, c’est elle qui est en possession de tous mes biens ». - Mon séjour parmi vous s’achève aujourd’hui et ici, il est temps pour moi de rejoindre ma famille, j’espère qu’ils seront tous contents de me voir, vue que j’ai été si loin d’eux toutes ces années. Merci à chacun d’entre vous, merci pour ton amour Marianne, je l’emporte avec moi ! Dit Nick en lançant un sourire pétillant, comme débarrassé de toutes ses douleurs vives et si pesants. Et d’un instant à l’autre, Nick rendit l’âme. Leïssa l’ayant appris, se jeta face contre terre, ne cessant de répéter « Je l’ai tué ». Des regrets poignants étreignaient son cœur, en sachant qu’elle ne lui était plus possible de changer certains vécus partagés avec Nick car, toutes ses mauvaises attitudes, elle les regrettait. Elle repassait en boucle ses derniers moments avec lui « pourquoi ai-je été aussi cruelle avec lui ? Qu’a-t-il fait pour mériter tout ça Leïssa ? » Elle ressassait les moindres de ses actes et de ses pensées, en se demandant où elle pouvait bien les nourrir ? Elle soupesait tout à l’aune de sa culpabilité, se reprochait l’impossible. Le doute s’insinuait dans tout son être «sa mort aurait pu être évitée, si je ne m’étais pas comportée ainsi » et cette pensée la taraudait douloureusement pendant plusieurs semaines jusqu’à s’interdire de tout plaisir de vivre en se condamnant avec sévérité, s’infligeant une terrible punition :une baisse d’estime d’elle-même conjuguée à une grande détestation de soi. Elle ne pouvait prendre part à l’inhumation de Nick, Bermann lui avait engagé un psychothérapeute pour une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) afin de l’aider à modifier positivement ces pensées négatives qui la taraudaient l’esprit. Au bout de trois mois, les assauts douloureux avaient fini par résorber. Leïssa avait appris que Nick avait mis tous ses biens à leur nom, et qu’elle en devenait l’unique propriétaire, après son décès. Elle ramassa tous ses affaires et alla vivre dans son nouvel appartement. En arrivant là-bas, elle se souvint de chacun des gestes de Nick, de chacune de ses expressions. Elle ressentait sur son corps, chaque câlin, chaque tendresse, car son odeur emplissait l’espace. Marah lui avait remis l’enregistrement que Nick lui avait laissé dans une enveloppe jaune, elle contenait aussi le collier et la montre qu’ils se partageaient. - Tu l’avais gardé Marah ? Dit-elle - Les derniers mots d’un être aimé nous bousculent toujours à passer à autre chose ! Répondit Marah. Et, en se rendant sur la tombe de Nick, vêtue de noir comme une veuve endeuillée, elle ouvrit l’enveloppe et écouta l’enregistrement… « Je sais exactement ce qui te passe par la tête, tout comme je sais ce que tes pensées te font endurer. Je vais te dire une chose et une seule : tant qu’une pensée ne te permet pas de changer une situation, ne la nourrit pas. Cette culpabilité que tu ressens ne saurait changer quoi que ce soit alors, bannis-la et continue ta vie. Que tu sois triste, que tu sois heureuse ne me fera pas revenir on le sait alors, choisis l’humeur qui te convient le mieux. Je te pardonne Leïssa Bermann, je te pardonnerais toujours quoi que tu m’aies fait. Se permettre d’aimer quelqu’un, c’est aussi jurer à toujours le pardonner, l’amour pardonne tout ! Libères-toi ma chérie, continue ta vie Issa chérie. C’est vrai, je me suis toujours tout permis dans la vie et la plus encore, c’est que je me suis permis de t’aimer au-delà de tout ce qui existe dans ce monde, au-delà de mon origine, au-delà de mon passé et au-delà du mérite. Je t’ai aimé plus que moi-même parce que j’avais su surpasser ma plus grande douleur à chaque fois que je me retrouvais à tes côtés et cela, rien que pour te faire de la place. Je vais me permettre une toute dernière fois, en te demandant de vivre ta vie en tenant compte de mes principes, de mes valeurs, je voudrais que tu vives pour moi Leïssa, cette vie dont je n’ai pas su profiter en passant chacun de mes tiers secondes à guetter, à lutter jusqu’à me retrouver sans aucune arme et dépouiller de mon bouclier. Je te laisse mon collier, ma montre, je veux que tu les portes toujours, ne t’en débarrasse jamais. Je t’aime Issa mon amour ! Sois heureuse ! Entre nous, on peut admettre qu’il ne pourra jamais y avoir d’adieu car, je sais que j’habiterai toujours ton esprit tout comme tu habiteras à jamais le mien. Retiens une chose : tu es la seule personne qui m’a permis de goutter à cette part du bonheur et c’est tout ce qui compte ! Au revoir Leïssa Bermann ! » Malgré la tristesse que lui provoquait la voix de Nick, un sourire naissait sur ses lèvres. « Mon Nicky ! Qu’est-ce que tu m’as fait ? Maintenant, il n’y a pas que des jours, des mois ou des années à passer sans toi, je dois vivre pour toujours sans toi. Je sens que je ne suis qu’une ombre errant dans un monde ! Je t’aime tellement Nicky, au-delà de cette enfant que j’étais, au-delà de mes stupidités, je t’aime au-delà des mots Nicky mais, je n’ai pas su être à la hauteur de cet amour ! » Elle avait continué sa vie, de ses colliers, de ses montres, de cette bague, elle ne s’en débarrassait jamais, elle se considérait comme s’être déjà mariée, elle vivait avec Marah et Mike; elle fit peindre les murs de la chambre vide où Nick avait l’habitude de jouer, de toutes les photos qu’elle avait prises avec lui lors du festival, la chambre ressemblait depuis, à une musée; à chaque fois qu’elle voulait revivre le passé, elle entrait dans cette chambre, et c’était assez régulier. Comme le lui avait demandé Nick, elle avait versé de l’argent sur les comptes indiqués ainsi que sur celui de John. Elle continuait à travailler dans l’entreprise de son père qui était aussi devenue la sienne, ayant reçu la part d’action que Nick avait achetée. Chaque mois, elle envoyait des provisions et un peu d’argent pour les grand-parents de Nick. Toute sa vie, elle l’a vécue, seule, en agréant la demande de Nick. *************************** Soudain, me voici aujourd’hui Seule, assise, la peau couverte de voile de transpiration Les joues rougies, les lèvres serrées Attendant des réponses auxquelles je n’y ai point droit Épiant un visage que moi-même, par l’absurdité j’ai chassé Je ressens cette douleur qui, à chaque battement, me comprime le cœur J’ai mal et je ne peux rien y faire À part, qu’accepter cet imminent malheur Me ruant de l’émoi Une douleur, siégeant dans mes entrailles Essaimant dans mon esprit Accaparant mes pensées en tentant de m’achever Une douleur, abusant de mes failles Se faisant jeu de ma vulnérabilité Bafouant mon impuissance M’étouffant à coup de démence Je me retrouve au fond du gouffre d’obscur, Au-delà de toute profondeur Sans ayant l’augure qu’un jour, Je puisse remonter En maître, dans la maison règne : L’obscurité, le silence et ton ombre Je ne peux plus t’entendre, Et c’est comme le silence qui bourdonne à mes oreilles Je ne peux plus te voir, Et c’est comme ma vision qui s’est brouillée Je ne peux plus te sentir, Et c’est comme une grande sensation de froid, Une grande lourdeur physique qui m’empiète le corps Tu n’es plus là, Et c’est comme ma vie qui s’encellule en se sentant coupable d’exister Mais, quoique mes yeux s’emplissent de larmes Quoique je suis devenue moi-même une souffrance Quoique laissant mon cœur étreindre par cette douleur À jamais, je garderai et chérirai l’image que j’ai de toi, ainsi que ces beaux souvenirs dont tu as pris soin de m’en faire cadeau. Car, j’admets qu’étant du mien, j’ai perdu pour toujours cette part de moi-même !
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