Les conséquences du mutisme de Nick

2761 Mots
Nick était soulagé d’être soutenu par Marah. Au cours de la semaine, il avait appris qu’il devait se rendre à Madrid. Sa relation avec Leïssa se résumait qu’a des simples salutations bien qu’ils travaillaient dans la même entreprise, ils se voyaient peu ; chacun de leur côté se préoccupait de leurs tâches et sans en parler à Leïssa, il comptait s’en aller… - Tu en as parlé à Leïssa mon fils ? Lui interrogea Marah. - Non, pourquoi ? Tôt ou tard elle remarquera mon absence dans l’entreprise. Répondit Nick vaguement. - C’est comme ça que tu veux qu’elle l’apprenne ? Juste en remarquant que ton béance ? - Son père lui préviendra. - Mon fils ! Prendre ta distance pour mieux faire les choses ne veut pas dire briser ton lien avec elle, ne pars pas sans lui en parler. - Ce n’est pas mon intention de briser mon lien avec elle, d’étouffer cette complicité qu’il y’a entre nous mais, je ne compte pas lui prévenir de quoi que ce soit. Dit-il en tenant tête à Marah. - Dans ce cas, elle va croire que cet amour n’est pas réciproque et, passer un mois sans la contacter, cette décision affectera votre relation que tu le souhaites ou non. Nick ne voulait pas écouter ses conseils, il prit l’avion pour Madrid et laissa son portable à la maison en évitant tout contact avec elle. Leïssa qui attendait que Nick l’appelle pour l’admonester d’avoir laissé la maison sans lui prévenir, n’avait reçu aucun signe de lui. Elle ne voulait pas demander à son père de ses nouvelles car, il risquerait de remarquer leur froideur. Quelques jours après, elle s’était rendue chez Nick en espérant avoir de ses nouvelles via Marah… - Bonjour Marah ! Ça fait quelques jours que je n’ai pas vu Nick au bureau, il va bien ? Lui demanda-t-elle. - Il ne t’a rien dit ? Lui questionna Marah à son tour. - Me dire quoi exactement ? Qu’est-ce qui est arrivé à Nicky ? - Il se porte bien ma fille. Nick est parti en voyage ça fait plusieurs jours. - Nick est parti en voyage ? Répéta Leïssa en hochant la tête et se mâchouillant les lèvres. - Oui, ma fille. - C’est devenu une habitude chez lui de ne rien me dire, lui qui s’efforce à me faire croire que je l’importe beaucoup. - Ne fais pas de jugement hâtif ma fille. Lui conseilla Marah. - Ah bon ! Ce n’est pas qu’aujourd’hui Nick se permet de réagir ainsi. - Je suis sûre qu’il a toujours ses raison.s - Bien sûr, comme il dit tout le temps : on a toujours une raison de faire ce que nous faisons. Mais, toi qu’est ce que t’en sais Marah ? Tu connais à peine Nick et tu penses pouvoir justifier chacun de ses actes. - J’en sais suffisamment pour te dire qu’il réagit toujours en fonction de ses principes à lui. - Il ne manquait plus que ça ! Tu sais quoi ? Je m’en vais, ne lui dis pas que j’étais venue prendre de ses nouvelles, je ne veux pas qu’il se croit si important que ça à mes yeux. - Je sais que tu l’aimes ! Continua Marah. - Je n’ai pas du tout envie d’en parler. Furieusement, Leïssa repartait, personne ne pouvait l’empêcher de croire ce qu’elle voulait, pour elle tout était déjà clair. Elle ne lui restait plus d’espoir et se disait que Nick ne ressentait absolument rien pour elle. Elle souffrait non seulement à cause de cette froideur qui s’y installait à nouveau dans leur relation mais aussi, du peu de sentiment qu’elle croyait que Nick lui portait , elle ne pouvait faire autrement que s’enflammer d’orgueil pour ce mépris si pesant. Elle regrettait un peu de lui avoir exprimé ses sentiments. Chaque jour, après le travail, elle sortait avec des collègues du bureau, voulant se détendre et occuper ses esprits, elle passait son temps à s’esclaffer faussement et grimacer des sourires comme à chaque fois qu’elle essaie de montrer à tout le monde que tout va parfaitement bien, bien qu’à l’intérieur, elle avait mal. « D’abord, il m’évite ensuite, il part en voyage sans m’informer. Pas besoin qu’il s’arme de courage pour me le dire en face, c’est trop évident, je ne compte pas pour lui ». Elle était tellement triste qu’elle lui arrivait de pleurer de temps à autre en ressassant ses souvenirs d’elle et de Nick, les meilleurs comme les pires. « J’étais la première à lui causer de la peine à une époque, la vie me rend la pareille. » « Mais, dans quel état peut bien être mon cœur pour arriver à aimer un enfant de nulle part ? »Moi, Leïssa Bermann, il ne saurait me mériter ! » Ses souvenirs étaient trop douloureux, chaque jour était pour elle un enfer. De son mutisme, elle n’en pouvait plus, sa présence lui manquait un peu plus chaque jour, elle souffrait énormément. Elle vivait mal ses nuits, des nuits parasitées par les souvenirs de Nick, elle était devenue prompt à se mettre en colère. Un soir, elle avait décidé de boire de l’alcool avec ses collègues, en ne voulant plus se retenir, puisqu’elle croyait que tout était déjà fichu, que rien n’était plus, elle arrivait jusqu’à se soûler, marchant seule dans la rue comme une folle pour se rendre chez Nick… - Nick ! Nick ! Nick ! Cria-t-elle. A peine Marah parvenait à s’endormir, elle entendit sa voix, se hâta de descendre en la faisant entrer. - Mais, que fais-tu dehors à cette heure ? Et soûle encore ? Si seulement Nick voyait dans quel état tu te retrouves. Lui dit Marah. En mettant son doigt sur la bouche de Marah, elle la demanda de se taire. - Si pour toi Nick est un chef, pour moi, il n’est rien qu’un homme méprisant ! Tu n’es pas ma mère, arrête de me faire la morale et Nick n’est pas mon père, qu’est-ce qu’il aurait pu bien faire ? Aurait-il pu guérir cette blessure que j’ai à l’intérieur ? Cette blessure que lui-même a causée volontairement ? Mais, attends je sais exactement ce qu’il ferait, il me prendrait par le bras, en m’admonestant avec ses regards perçants et effrayants, ses sourcils froncés, son air autoritaire comme un père grondant sur sa fille, un père dont la fille ne pourra jamais satisfaire. Madame Marah appelez-moi Monsieur Nick, demandez-lui de descendre, dites-lui que sa fille qu’il aime si peu demande après lui. Non, non, non, dites-lui plutôt, que la reine Leïssa réclame sa présence. Continua Leïssa sarcastiquement. - Leïssa, il est très tard, tu le sais ! Répondit Marah. - C’est : Majesté pour toi. T’as bien entendu que je suis la reine. Mais bon, peu importe ! Je l’aime, tu sais Marah ? Continua-t-elle d’un ton lugubre. - De qui tu parles ? Lui demanda Marah - Tu sais exactement de qui je parle. De Monsieur Nick, je suis éperdument amoureuse de lui. J’ai emprunté un peu de mon courage pour le lui avouer et lui, qu’est-ce qu’il a fait ? Il s’est défilé comme un lâche, oh non, il m’a méprisé comme un arrogant. Après tout, c’est tout ce qu’il sait faire : les regards et le mépris. Il parle qu’à travers ses yeux, qu’avec son silence et il procède de la même manière pour se taire, tu ne vas pas me demander comment ça peut bien se faire ? Mais, c’est de Nick qu’il s’agit. Il peut contrôler tout le monde avec son regard perçant. Je me rappelle encore de lui dans le parc, lorsque je pleurais, il s’était approché de moi en me faisant croire qu’il pouvait comprendre ce que j’endurais, qu’il pouvait m’aider à aller mieux. Je me rappelle lorsqu’il était venu à la maison, j’avais voulu le haïr de toutes mes forces mais, je n’avais pas pu, il y avait quelque choses en lui, qui m’attirait et qui ne me permettait pas de résister. Depuis tout petit, il s’était toujours tout permis, d’abord de me rapprocher, oser m’adresser la parole, venir à la maison, me pousser à me reprendre après la mort de mon Arthur, m’apprendre la sagesse, entrer dans ma vie et me pousser à l’aimer plus que je ne le voulais, comme jamais je ne pourrais me permettre d’aimer qui que ce soit d’autre. Voilà maintenant, qu’il se permet à défiler, il se croit toujours tout permis. Comment disais-tu déjà ? Il fait toujours ses choix en tenant compte de ses principes à lui. Ton fiston, c’est comme ça que tu l’appelles, non ? N’est-il pas égoïste et arrogant ? - Ne dis pas ça ma fille. Reprit Marah en assombrissant son visage. - Arrête de le défendre. Poursuivi Leïssa d’une voix criarde. - Baisse d’un ton jeune fille, tu t’adresses à une personne plus âgée que toi. Ordonna Nick d’un ton autoritaire. - Monsieur Nick! Tu es rentré ? Lui demanda Marah. - Ça fait quelques bonnes minutes que je suis là. Répondit-il. - Monsieur aux regards effrayants, aux sourcils froncés, Monsieur Nick, l’admonesteur en personne! Tu es rentré, t’en as pris du temps, tu sais ? Tu as raté le premier épisode, comment parviendras-tu à comprendre toute l’histoire ? Chut ! Ne me réponds pas. Mais, qu’est-ce que je dis là ? Comme si tu n’allais pas te permettre de te taire. Ouais, continue à me regarder comme tu le fais, tu pourras comprendre l’histoire, puisque c’est dans le mutisme que tu fais tout, elle est tellement intéressante, bien qu’il n’y ait qu’un seul personnage pouvant s’exprimer, l’autre est muet et dépourvu de toute émotion. Moqua Leïssa. - Tais-toi ! Tu t’es permis de te soûler en plus. Continua Nick d’un air furieux. - Ah ouais ! Qu’allez-vous faire Monsieur Nick ? Et soudain, Leïssa perdit connaissance, Nick se hâta de l’attraper en filant sous la douche, il l’avait coulé sous l’eau avec ses vêtements, demandant à Marah de lui enfiler une de ses grosses robes pour qu’elle y passe la nuit et ensuite, il alla s’enfermer dans sa chambre… - Je peux rentrer ? Lui demanda Marah en toquant la porte de sa chambre. - Qu’y-a-t-il Marah ? Je désire rester seul. Mais, rentre ! Lui répondit Nick. - Je me demande si tu avais tout entendu ? - J’étais rentré avant même qu’elle ne crie. - Et pourquoi tu t’es mis autant en colère, si tu as entendu tout ce qu’elle a dit ? Cette fille souffre, tu l’as blessé, c’est le résultat de ton mutisme, tu dois bien l’admettre. - Bonne nuit Marah ! Dit-il en la faisant signe de sortir. Nick ne pouvait fermer les yeux. Dans sa tête, il pouvait entendre à nouveau chaque mot qu’elle avait prononcé. « Comment n’arrive-t-elle pas à voir mes sentiments ? J’arrive à peine à les cacher. Comment peut-elle penser que je ne partage pas ses sentiments ? Elle est tout ce qu’il y a de plus important dans ma vie. » - Comment peux-tu te taire et t’attendre à ce que quelqu’un comprenne ton silence et y avoir confiance ? Reprit Marah en faufilant dans sa chambre. - Marah ! Tu m’écoutais ? Demanda Nick d’un sursaut. - Désolée ! Je ne pouvais m’en empêcher, admets que t’as besoin d’une oreille. Répondit Marah en clignant d’un œil. - Mais, je t’ai dit que je voulais rester seul. - Je sais ce que tu as dit. Qui peut entendre ce que tu te dis dans ta tête ? Qui peut lire un cœur, si ce cœur ne se permet pas de s’exprimer lui-même ? Ton cœur parle à travers tes actions et aussi à travers tes réactions mais n’oublie, pas qu’elles sont devenues différentes ces derniers temps, quoique tu aies tes raisons. Tu l’écartes sur ton chemin, tu mets une distance un peu trop longue, tu bornes ta relation avec elle. Ne t’attendais-tu pas à une telle réaction de sa part ? Tu sais fort bien qu’elle s’attache beaucoup à toi, et beaucoup plus que tu ne t’y attaches toi-même, parce que tu peux te retenir mais, pas elle. Ne sois pas si dur avec elle, ne sois pas si dur avec toi-même, même si tu tiens compte de tes principes. Poursuivi-t-elle. - Tu veux dire que j’ai eu tort de me taire ? Lui demanda Nick curieusement. - Non, je voulais dire que tu ne peux pas t’attendre à ce qu’elle comprenne toute seule ce que tu enfouis tout au fond. Les autres peuvent le voir mais, pas elle. Quand on est celle qui aime, il devient plus aisé de douter de l’amour de l’autre, plus aisé de croire que ce n’est pas réciproque tout en ayant peur de ne pas se faire rejeter. Mais, à force d’en vouloir une relation, il devient encore plus aisé de miroiter l’amour de l’autre tout en se persuadant que c’est vraiment réciproque. Quoi que les actions parlent plus forts que les mots, nous les femmes, nous avons toujours besoin d’entendre que notre homme nous aime, les femmes ont besoin de l’entendre. Tu ne peux pas te taire et exiger d’elle qu’elle entende parler ton cœur, ou te demander pourquoi elle ne s’en aperçoit de rien. - Je veux juste faire les choses normalement. - Si tu te tais pour une bonne raison pourquoi te plains-tu ? - Ça me ronge à l’intérieur de la voir souffrir autant et je voulais aussi voir ses réactions pendant un court moment d’attente. - Un court moment d’attente qui représente pour elle toute une éternité. - Marah ! Soupira Nick - Tu sais que c’est vrai, elle n’arrive plus à le supporter. - Puisque c’est comme ça, je vais accélérer le processus. - Qu’estce que tu veux dire par là ? - J’irai voir ses parents demain pour leur demander sa main. - T’es sérieux ? - Parce que j’ai l’air de plaisanter Marah ? - Non, pas du tout. Je suis contente pour vous. - Merci Marah mais.., - Mais, quoi encore fiston ? - Je doute de parvenir à la rendre heureuse. - Pourquoi dis-tu une telle chose mon garçon ? - A force de nourrir quelque chose, nous devenons nous-même cette chose. Je suis moi-même devenu une plaie, malgré mes combats quotidiens, je n’arrive pas à la refermer, dès fois, j’ai même l’impression qu’elle ne fait que s’élargir. Involontairement et inconsciemment je nourris mon amertume quoique je m’efforce à la bannir. - Disons plutôt que tu as appris à vivre avec cette amertume, inconsciemment tu parvins à te mettre au dessus d’elle sinon, tu ne réaliserais pas tout ça, tu as réussi ta vie au bon milieu de cette vive douleur et tu peux en être fier. Rien qu’en étant son ami, tu la rends heureuse, tu es doué pour provoquer le bonheur chez l’autre. Alors, je ne doute pas une seconde qu’elle ne puisse être heureuse à tes côtés. Et c’est une femme qui te le dit. - Promets-moi une chose, promets-moi que tu m’aideras à prendre soin d’elle et, si un jour je devais m’en aller, que tu veilleras sur lui comme tu le fais avec moi. Reprit Nick. - Mais… que dis-tu mon fils ? Comment ça, si tu devais t’en aller ? - Dans ma famille, la mort ne nous est pas indifférente ! - Ne dis pas ça fiston, chacun a son destin. - Le destin ! Un destin qui s’est permis de me priver de l’amour de ma famille, un destin cruel et sans borne ! Je veux seulement que tu me fasses la promesse, s’il te plaît Marah, je ne peux compter que sur toi pour le faire, parce que je sais, qu’elle restera avec toi, t’es une femme à aimer, elle s’attachera rapidement à toi, j’en suis certain. - Dis plutôt, qu’elle s’attachera à moi parce que tu t’es attaché à moi. - Comment ça ? Que dis-tu ? Parce que toute seule, elle n’est pas capable de t’aimer autant que je t’aime ? - Quand on perd quelqu’un qui nous était cher, cela arrive qu’on s’attache à tout ce qui lui importait, juste pour ressentir sa présence, nous rappeler sans cesse de lui. Bats-toi pour rester à ses côtés, c’est de ta présence qu’elle a le plus besoin, bats-toi pour dévier le projet de ce destin que tu crois si cruel, bats-toi pour l’aimer. Mais, je te le promets mon fils, je te promets de prendre soin d’elle comme ma propre fille ! Répondit Marah.
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