Chapter 3

1067 Mots
Le pacte L a salle des abysses était sombre, uniquement éclairée par des orbes en verres diffusant une clarté argentée. Située à plus de 50 mètres sous le château d’Espéria11 et reliée par un escalier en colimaçon s’enfonçant dans les profondeurs du lac, c’était la pièce la plus secrète du château. Elle était vaste. Ses murs étaient couverts de bibliothèques contenant des ouvrages uniques, des grimoires de magies rares et autres parchemins scellés. En son centre, se trouvait une femme pétrifiée, la redoutable Karlinna. Près d’elle, portant une robe bleue frangée d’or et sa couronne de cristal sur la tête, la reine Providence la fixait en silence malgré le bandeau aux runes étranges couvrant ses yeux. Elle était tendue. Elle avait déjà vérifié deux fois l’état du cercle de protection, et même s’il était parfait, elle n’était pas tranquille. Karlinna n’était pas une personne ordinaire et elle le savait. Alors qu’elle se demandait si finalement c’était une bonne idée de la « réveiller », quatre magiciens, dont Merlin, pénétrèrent silencieusement dans la pièce. Le visage grave qu’ils arboraient renforcés quelque peu son malaise. Merlin, tout en caressant distraitement sa barbe, vérifia le cercle à son tour. Il parut satisfait, concerta rapidement les trois autres magiciens puis se dirigea vers la reine. — Nous sommes prêts Majesté. Si cela est également votre cas, nous pouvons dès lors commencer le rituel. — Bien, commençons alors. Inutile de vous dire à quel point cette femme est dangereuse, n’est-ce pas ? — Ne vous inquiétez pas Majesté, nous connaissons les risques. Elle inspira profondément pour se donner du courage et se plaça en dehors du cercle, face à Karlinna, tandis que les magiciens, eux, se placèrent aux quatre points cardinaux de ce même cercle. Ils écartèrent les bras et se mirent à psalmodier dans un murmure montant crescendo. Une sorte de brume bleuâtre se forma doucement dans la pièce, excepté dans le cercle de protection où le sol était toujours visible. Pourtant, c’est dans cette zone de scellement que la magie opérait. Sur la statue, de minuscules fissures lumineuses apparurent rapidement. Soudain, presque brutalement, les magiciens cessèrent leurs mélopées et la statue disparut dans une explosion aveuglante. À sa place se tenait Karlinna, recroquevillée sur elle-même, tremblante, la tête baissée et se prenant les épaules à deux mains. Elle paraissait faible et sans défense. La reine savait pertinemment que ce n’était qu’une apparence. Comme pour confirmer cela, Karlinna se releva doucement, se dressa de toute sa hauteur devant elle et lui lança un regard empli de haine. Les deux femmes se dévisagèrent un moment dans un silence tendu. Quand soudainement, avec la célérité d’un serpent, Karlinna lança un éclair d’énergie en direction de la reine. Celle-ci se sachant en sécurité ne broncha pas. Effectivement, lorsque l’éclair atteignit le cercle de protection, il se dissipa instantanément. — Vous n’êtes pas aussi incapable que je ne le pensais, railla Karlinna avec arrogance. Elle tourna alors la tête et vit les quatre magiciens se tenant autour du cercle. — Un cercle de protection de haut niveau et quatre magiciens dépêchés spécialement pour moi. Vous me faites trop d’honneur, se moqua-t-elle. À moins que je ne vous fasse si peur qu’il vous faille tout cet arsenal pour ne serait-ce que m’adresser la parole. — Je le confesse, répondit la reine avec calme, je redoute votre puissance. Mais ne vous faites pas d’illusion, je n’ai peur ni de vous, ni de votre magie. — Peuh, fit-elle avec dédain, vous ne tiendrez pas ce discours si je n’étais pas prisonnière de ce maudit cercle. — Certes. Toutefois je ne suis pas là pour me battre avec vous. J’ai un marché à vous proposer. — Un marché ? Répondit-elle en fronçant les sourcils. — Je vous propose l’accès au Cœur de Wontania en échange de votre collaboration dans la guerre se préparant. Elle la toisa, puis éclata d’un rire glacial. — Le Cœur de Wontania, rien que ça. Soit vous êtes complètement folle, soit totalement stupide. Savez-vous la puissance que je pourrais obtenir avec lui ? Elle fronça de nouveau les sourcils et l’observa attentivement. — Non, dit-elle finalement. Vous êtes désespérée. Si vous me demandez mon aide et me proposez le Cœur de Wontania aussi facilement, c’est que vous l’êtes assurément. — Vous vous trompez, répondit la reine sans se départir de son calme. Nous sommes prêts pour cette guerre, même si je l’appréhende. Bien sûr, votre puissance fait de vous une alliée de poids, mais ce n’est pas pour cela que je souhaite votre appui. Vous ne la savez certainement pas, mais vous êtes l’une des pièces maîtresses de ce conflit et c’est précisément pour cela que j’ai décidé de négocier avec vous. — Ne racontez pas n’importe quoi, répondit-elle avec colère. Je me moque de votre stupide guerre. — Connaissez-vous la prophétie des 5 Étoiles ? — Vous vous moquez de moi ? Dit-elle en serrant les poings de rage. Je n’ai que faire d’une vulgaire légende. — Pourtant elle parle de vous. — De moi ? Répondit-elle avec prudence. Si c’est encore là un tour à votre façon, il vous en cuira, je vous préviens. — Je ne cherche pas à vous duper, rassurez-vous. — Alors, expliquez-moi, mais vous avez intérêt à être persuasive. La reine lui narra en détail la teneur de la prophétie, l’identité des 5 Étoiles ainsi que de la situation actuelle. À la fin de son récit, Karlinna resta silencieuse tout en touchant distraitement la marque se trouvant derrière son oreille. — Êtes-vous certaine de vous ? Demanda-t-elle ébranlée malgré elle par cette révélation. — Oui. Il n’y a absolument aucun doute. — Hum, fit-elle pensive, finalement votre proposition mérite réflexion. Elle la fixa un moment avant de poursuivre. — Vous me proposez l’accès au Cœur de Wontania, reprit-elle, mais je ne peux croire que vous me laisserez en faire ce que je souhaite. J’imagine que vous allez m’imposer certaines restrictions, n’est-ce pas ? — Naturellement. Vous vous servirez de lui dans un cercle de protection et sous la garde de plusieurs archi-scelleurs. De plus, vous devrez l’utiliser uniquement pour briser la malédiction pesant sur vous et vos Mangeurs d’Ombres, et seulement pour cela. Telles sont nos conditions. Elle la regarda droit dans les yeux, puis reprit : — Si d’aventure, elles ne vous convenaient pas, le marché que je vous propose serait alors caduc. Si nous devions en arriver là, nous serions malheureusement dans l’obligation de vous changer de nouveau en statue. — Ne soyez pas si arrogante avec moi, répondit-elle avec fureur. Si ce n’était ce maudit cercle, je pourrais vous réduire en cendre en un claquement de doigts. Soit, dit-elle en reprenant le contrôle d’elle-même, j’accepte vos conditions. — Parfait, répondit la reine. Je vais donc vous libérer. Néanmoins, sachez que je garde vos Mangeurs d’Ombres captifs comme garantie de votre loyauté. — Évidemment, j’aurais dû m’y attendre. Toute vertueuse que vous semblez être, vous usez vous aussi de sournoiserie avec grand talent. Le fruit d’une longue pratique, j’imagine ? — Il est plus question ici de garantir votre bonne conduite que de sournoiserie, répliqua la reine avec tact.
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