📖le serment brisé

1357 Mots
Avant tout je tiens à vous dire que Aedren a été changé par Rachild merci pour la compréhension Le sanctuaire était silencieux. Trop silencieux. Éléa restait agenouillée près du corps de Rachild. Ses doigts tremblaient sur l’armure noire marquée de cendres, comme si, en la touchant assez longtemps, elle pouvait inverser le temps. Le vent soufflait à travers les colonnes brisées, soulevant une poussière rouge et noire qui dansait autour d’eux comme des âmes errantes. Kaël s’approcha doucement. Son sabre encore ensanglanté dans la main, il s’arrêta à quelques pas, hésitant. — Éléa… il faut partir. Elle ne répondit pas. Ses yeux fixaient le vide, mais ce n’était pas le corps qu’elle voyait. C’étaient les souvenirs. Les jeux d’enfance. Les promesses échangées à l’aube, sur les falaises d’Héliara. Le rire de Rachild quand il s’était brûlé les doigts en essayant de faire jaillir sa première flamme. Tout cela était parti. Il n’était plus qu’un fragment silencieux, le troisième parmi sept. Elle se releva lentement, les traits figés, le regard vide. — Ils ne nous laisseront pas le temps de pleurer, dit-elle enfin. Ils arrivent. Kaël se tourna vers l’horizon. Au loin, les chasseurs avaient commencé à se retirer, mais pas tous. Une silhouette restait immobile, perchée sur une créature immense aux yeux d’obsidienne. Une femme vêtue de noir et de verre. Les traits masqués. La voix, quand elle s’éleva, résonna dans leurs têtes plutôt que dans l’air : > — Tu as pris le fragment. Alors tu seras jugée. Un éclair fusa depuis son bras, mais Éléa leva la main. Une lumière dorée l’entoura et dissipa l’attaque dans un murmure d’étoiles. Kaël serra les dents. — On ne tiendra pas longtemps. — On ne va pas tenir, dit-elle. On va fuir. Elle tendit la main. La lumière autour d’elle se condensa. Le fragment de Fraternité et celui de Vérité fusionnèrent un instant, projetant un rayon pur vers le sol. Une faille s’ouvrit. Un passage. — Vite ! Ils plongèrent dedans. Et le monde se retourna. --- Ils émergèrent au sommet d’une montagne. Un souffle glacial les accueillit. Le ciel était presque noir, constellé d’éclats gelés. En contrebas, une vallée s’étendait, couverte de ruines circulaires et de dômes brisés. Des cristaux bleus émergeaient du sol comme des fleurs gelées. Une odeur d’ancien, de magie enfermée trop longtemps, saturait l’air. Kaël reprenait son souffle. — On est où ? — Là où personne ne vient. L’ancienne Cour du Nord. Les Gardiens déchus y dorment depuis des siècles. Kaël la regarda, surpris. — Tu savais que ce lieu existait ? — Non. Mais la lumière en moi le savait. Ils descendirent les pentes raides. La roche noire craquait sous leurs pas. À mesure qu’ils approchaient de la vallée, des murmures apparaissaient. Des voix, faibles. Des souvenirs gelés dans l’air. Puis ils les virent. Des silhouettes, figées dans la glace. Des Gardiens. Anciens. Prisonniers de leur propre serment. Ils avançaient entre eux, comme dans un tombeau royal. — Ce sont… des morts ? demanda Kaël, inquiet. — Non. Pires. Ce sont des vivants figés dans le remords. Éléa s’arrêta devant une silhouette plus grande. Une femme à la peau d’argent et aux yeux clos. — Voici la Première Gardienne. Celle qui a refusé de brûler Héliara. Kaël fronça les sourcils. — Et elle est là, comme punie ? — Elle a choisi le silence. Mais peut-être que moi, je peux lui parler. Elle leva la main. La lumière jaillit. Et les yeux de mla Gardienne s’ouvrirent --- Les yeux de la Première Gardienne s’ouvrirent comme deux éclats de givre. Aucun souffle ne sortit de ses lèvres, pourtant sa voix emplit l’air, pénétrant directement l’esprit d’Éléa. — La flamme a osé. Enfin. Le cristal qui l’entourait se fendilla. Lentement, sa silhouette se dégagea de la glace ancienne. Des fragments tombèrent autour d’elle dans un tintement fragile, et les autres Gardiens figés tremblèrent dans leurs prisons de silence. Kaël recula d’un pas, la main sur la garde de son sabre. — Tu crois qu’elle est de notre côté ? — Je ne sais pas. Mais elle m’a appelée, pas attaquée, répondit Éléa sans la quitter des yeux. La Gardienne s’avança, pieds nus sur la glace, son corps couvert de marques gravées dans la chair : des runes de serments anciens, usées par le temps et le sacrifice. — Tu portes deux fragments, dit-elle. Et pourtant, ton cœur vacille. — Je ne veux pas être une arme, répondit Éléa. Je veux comprendre. Protéger. Pas brûler tout ce qui reste. La Gardienne s’arrêta. Elle tourna lentement la tête vers les autres Gardiens figés. — Nous avons tous dit cela, un jour. Kaël s’interposa. — Si vous êtes une Gardienne… pourquoi vous êtes-vous figée ? Pourquoi ne pas avoir aidé à sauver Héliara ? La Gardienne baissa les yeux. — Parce qu’aider… aurait signifié obéir. Et obéir… c’était trahir la lumière. Un silence tomba. Le vent hurla dans les crevasses. — La lumière n’a pas été détruite, Éléa. Elle a été divisée, piégée… pour empêcher le réveil de ce que nous appelons aujourd’hui la Flamme Blanche. — La prophétie, murmura Éléa. Je l’ai entendue. Dans mes rêves. La Gardienne acquiesça. — La Flamme Blanche n’est pas une arme. C’est une fin. Ou un renouveau. Le monde ne peut pas survivre à son retour… à moins qu’il ne soit préparé à mourir d’abord. Elle tendit la main. Une étincelle s’en échappa. Une lumière pâle, mais vive. — Prends-la. — Qu’est-ce que c’est ? demanda Kaël. — Son épreuve. La tienne. Une vision forgée de mémoire, de peur et de vérité. Si elle y survit… alors elle portera le troisième fragment sans se consumer. Éléa inspira. — J’y vais. Elle toucha la lumière. Et elle disparut. --- Elle tomba. Encore. Mais ce n’était pas une chute physique. C’était une descente en elle-même. Des bribes d’Héliara défilèrent : la capitale en fête, les lanternes flottantes, la voix de son père, les jeux d’épée avec Rachild. Puis vinrent les cris. Le feu. Les trahisons. Mais ce ne fut pas le passé qui la brisa. Ce fut l’avenir. Elle se vit… changée. Seule. Une silhouette consumée par les flammes, avançant sur un monde en ruines. Aucun compagnon. Aucun frère. Juste des ombres prosternées. Et à ses pieds… Kaël. Mort. Ses mains, pleines de cendre. Son regard, vide. — Non… NON ! hurla-t-elle. Mais la vision s’accrocha à son esprit. > Tu es la fin. Tu es la cause. Tu crois porter la lumière. Mais tu n’es que son brasier. Elle chuta encore. Puis le vide. Et soudain, une voix douce. Connue. — Éléa… Elle ouvrit les yeux. Kaël. Vrai. Vivant. Il la tenait dans ses bras, inquiet. — Tu t’es effondrée d’un coup. Tu es restée inconsciente presque une heure. J’allais… Elle le serra sans réfléchir. — Je t’ai vu mourir… Il tressaillit. Mais resta contre elle. — Pas aujourd’hui, dit-il doucement. Derrière eux, la Gardienne fixait Éléa. — Tu as vu ce que tu peux devenir. Tu as regardé le feu en face. — Et j’ai tenu, répondit-elle. Je tiendrai. — Alors prends ceci. Elle tendit un éclat translucide. Il brillait faiblement. — Ce n’est pas un fragment. C’est une clé. Éléa la prit. L’éclat disparut en elle. — Une clé vers quoi ? — Vers le quatrième fragment. Et vers ceux qui veulent le posséder avant toi. Un frisson parcourut Éléa. — Où se trouve-t-il ? La Gardienne hésita. Puis murmura : — Dans la Tombe de Verre. Sous l’ancienne capitale. Là où Héliara a commencé à mourir. --- Ils quittèrent la vallée au matin. Kaël boitait légèrement, mais son regard restait clair. Il parlait peu. Depuis qu’Éléa était tombée dans cette transe, il la regardait autrement. Pas avec peur. Mais avec cette inquiétude qu’on a pour quelqu’un qui porte trop seul. Ils marchèrent trois jours. À la tombée du quatrième, le ciel changea. Des nuages rouge sang tourbillonnaient autour d’un point fixe. Et du sable s’élevait du sol, comme attiré par quelque chose. Éléa s’arrêta. — C’est lui. — Le fragment ? — Non… le roi. — Le roi ? — Le Roi de Poussière. --- (Suite
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