Chapitre 11

2691 Mots
Winifred Sanderson, alias Marina, n'était pas aussi laide que dans sa version filmographique. Pas tout à fait, en tout cas, sauf pour les dents. Une poupée à la dentition de lapin restait affreuse. Autre ressemblance avec le personnage, elle savait parfaitement mettre les gens en rogne. Elle venait de m'annoncer que si j'étais pressée, je n'avais qu'à remettre le rendez-vous à plus tard. Chose que j'avais trouvée très cavalière, puis après un temps de réflexion, très sensée. Surtout quand je pensais à l'arrivée imminente de Veronica. Le temps que cette illumination me monte au cerveau, la sorcière avait déjà gravi les trois quarts de l'escalier et n'allait pas tarder à atteindre mon bureau. Encore une sans-gêne, avais-je pensé avant d'entendre le klaxon d'une voiture qui se garait devant l'entrée. - m***e ! Laissant la sorcière derrière moi, je dévalai les marches une fois encore, mitigée vis-à-vis de mes sentiments. Ma meilleure amie et mes filles étaient enfin arrivées. J'aurais voulu crier ma joie sur tous les toits, mais je réalisai que Veronica allait découvrir que j'avais fait appel à une autre sorcière qu'elle, et même si je lui prouvais par A + B qu'elle était trop fatiguée pour faire un sort sans se mettre en danger, elle m'en voudrait. Mes deux furies, Victoria et Catherine, furent les premières à descendre du véhicule. Elles accoururent dans ma direction et les larmes perlèrent dans mes yeux. Comme d'habitude, elles étaient couvertes de rose des pieds à la tête. À treize ans, cette couleur se retrouvait bannie par les ados, mais pas par les miennes. J'en étais ravie, car cette petite touche d'originalité restait la seule chose qui permettait de les relier encore à l'enfance. Leur apparence était plutôt celle de jeunes femmes majeures. La faute aux gènes de loup et peut-être un peu à mon ADN. J'espérais seulement qu'elles ne se figeraient pas dans le temps avant un bon moment. Moi, je n'avais pas changé d'un poil depuis mes vingt ans et encore, je n'avais aucun gène lupin. Je les serrai dans mes bras sans que ni elles ni moi n'échangions de mots. Nous n'en avions pas besoin. Veronica les suivit, elle avait l'air exténuée. Néanmoins, un léger sourire étirait ses lèvres. Je sentis Zombi, son familier, se glisser entre mes jambes et se hisser sur mes épaules. Une personne lambda ne l'aurait pas remarqué, pourtant, Zombi était un énorme boa constricteur albinos, pas vraiment le genre de chose qui passe inaperçue. Seulement, les sorcières avaient une particularité : elles pouvaient rendre leur familier invisible. Un sort qui ne fonctionnait pas sur moi. Ma perception était un rang au-dessus de celle des autres, certainement un don lié a ma presque clairvoyance. - Hé, poulette ! s'écria-t-elle. Je lui rendis son sourire et remarquai sa mine soucieuse. Les filles, quant à elles, se dirigèrent spontanément vers le boucher. Elles avaient l'habitude de côtoyer des êtres de son espèce et les adoraient. - Est-ce que ça va ? demandai-je à Vé. - Ouais, mentit-elle avec aplomb. Juste fatiguée. Je n'insistai pas davantage, consciente de l'effort qu'elle faisait en étant ici. Zombi descendit de son perchoir et se dirigea vers l'étage. Veronica fronça les sourcils et m'observa, l'air trahie. - Tu n'as pas osé, Jones !? Je soufflai. - J'ai eu un petit incident et je ne pouvais pas rester sans protection, et puis tu n'étais pas là. Furibonde, elle me dépassa et se précipita elle aussi dans mon bureau. Je la suivis sans perdre de temps. Vé se rapprocha de l'autre sorcière, puis huma l'air, dégoûtée. - Combien de temps ? fit-elle, les mains sur les hanches. - Deux longues heures, lâchai-je, sur mes gardes. - Je crois bien que tu es tombée sur la plus feignasse du lot. - On dit que tu es partie parce que tu étais nulle, alors, à ta place, je ne la ramènerais pas trop, rétorqua Marina. Il y avait bien longtemps que je ne pleurais plus sur le sort de Vé. Elle l'avait déjà trop fait. La souffrance s'était transformée en rage. - Comment s'appelle cette c******e ? Ils auront besoin d'une piste pour une reconnaissance quand j'en aurai fini avec elle, fit mon amie. Je devais mettre un terme à ça, cette situation allait faire fuir les clients, à moins que ce ne soit Cavely qui ne nous fiche dehors, révoquant mon bail. - Winifred Sanderson, lâchai-je, pince-sans-rire. Veronica me regarda d'une drôle de façon, avant de me tendre sa main pour que je lui en tape cinq. Marina, quant à elle, ne broncha pas. - Je vais montrer à cette empotée ce qu'est une vraie sorcière. - Il n'en est pas question ! lui hurlai-je. Tu viens de te taper vingt heures de route, tu es presque aphone, il ne manquerait plus que tu épuises toute ton énergie et que tu t'étales façon étoile de mer. - Je ne m'épuiserai pas, je vais utiliser Winifred comme catalyseur. Un pop retentit, signe que Marina avait soit fini, soit manqué son sort. J'optais pour la dernière solution vu qu'elle m'avait annoncé deux heures quelques secondes plus tôt. Mince je venais de remarquer quelque chose, javais déjà senti cette aura chez ma mère. Marina était celle qui s'était introduit chez ma mère. - N'y penser pas, râla Winifred. - Personne ne te demande ton avis, railla Vé. - Surtout quand on rentre chez les autres sans invitation. Vé me regarda et madressa une question muette. - J'ai senti son aura le soir de mon arrivé chez ma mère. Elle avait lancé un sort de detection de pouvoir. Vé ne repondit pas et assomma la sorcière puis elle prit place à ses côtés. L'air semblait vibrer alors que l'aura de Vé grandissait. J'étais presque sûre qu'on pouvait sentir l'afflux de son pouvoir à l'autre bout de la ville. Les filles débarquèrent en courant et s'arrêtèrent, stupéfaites, Cavely sur les talons. - Nom de Dieu ! cria-t-il. - Woh ! lâcha Vicki. Catherine ne broncha pas. Mon téléphone se mit à sonner. C'était Vladimir, inquiet. - Est-ce que vous allez bien, miss Jones ? - Pourquoi ça n'irait pas ? - Il semblerait que nous ayons un problème de sorcières sur les bras. - Pas vraiment, non. C'est juste Vé qui se la pète. Mais votre appel répond à ma question, son aura est visible en dehors de la ville, ça va poser problème. - Vous voulez dire que tout ça n'est l'œuvre que d'une sorcière ? - Ouais. Il resta silencieux un moment avant de reprendre. - Je présume que vos filles sont arrivées ? - Vous présumez bien. - Donc je vous revois très vite. Je souris, et une discussion plus légère s'installa alors que les filles me fusillaient de leurs grands yeux. L'ouïe des loups était une vraie plaie, par moments. Quand je finis par raccrocher, seulement quelques minutes s'étaient écoulées, une quinzaine tout au plus. Et pourtant, Vé en avait terminé. - Je suis d'humeur taquine, me dit-elle. On la dépose inconsciente devant le coven avec un petit mot qui dira que tu ne paies que le déplacement vu son incompétence ? Je savais que ça nous créerait des problèmes, mais cette sorcière avait touché une corde sensible et quel genre d'amie j'aurais fait si j'avais refusé ? Je lui souris avant de hocher la tête. - Je regrette presque ce que nous sommes en train de faire, me dit finalement Veronica. - Pourquoi ? - Dans la famille, ce n'est pas que joie autour du feu, comme tout le monde l'imagine. On ne danse pas en se tenant main dans la main et en joignant nos pouvoirs. C'est plutôt du chacun pour soi. On cultive la haine jusqu'à se sentir misérable, et on veut que le monde entier soit comme nous. Cette fille, elle va en baver. - Il est encore temps de revenir sur notre décision. Et je ne suis pas d'accord. Tu n'es pas que haine. Tu penses toujours aux filles et à moi en premier. Avant même de penser à toi, d'ailleurs. La preuve, tu es ici. - C'est normal, vous êtes la famille que je me suis choisie, l'autre était trop pourri. Pour ce qui est de cette Winifred, j'ai dit presque... Il n'est pas question que je fasse machine arrière. Elle a tenté de me rabaisser, ce n'est qu'un juste retour de bâton. - Je suis tout à fait d'accord avec toi. - Pourquoi Winifred, au fait ? - Tu me poses vraiment la question ? L'as-tu bien regardée ? Vé éclata de rire. - Elle paraissait tellement hautaine au moment où elle m'a dit de prendre un autre fichu rendez-vous alors que je me plaignais du temps qu'elle mettrait que j'ai souhaité l'espace d'un instant être l'une d'entre vous pour lui faire pousser plein de choses sur le visage. Mais j'ai repensé à ses dents, et je me suis dit qu'il y avait peut-être, finalement, une entité au-dessus de nous. Une justice dans ce monde. Nous nous mîmes à rire bruyamment. - Ce soir, je veux boire jusqu'à en oublier mon nom, poulette, fit-elle après avoir accompli notre mission. J'eus la sensation d'être une piètre amie pour la énième fois de la journée. Après notre petite vengeance, nous étions rentrées à la maison et les filles s'étaient empressées de tout visiter et de choisir leur chambre. Je ne leur avais pas encore annoncé qu'elles iraient sur le territoire de la meute. Je n'étais pas pressée, j'en avais amplement le temps. Une dizaine de pizzas, quelques épisodes de Legacies et plusieurs commentaires sur Hope Mikaelson et son étrange héritage ADN... Tantôt, louve, tantôt sorcière, tantôt loup-garou, les filles avaient fini par s'écrouler, nous laissant seules, Vé et moi. Il était de notoriété publique qu'une sorcière déçue ou en colère était une harpie. J'avais déjà enfilé la robe que mon père m'avait envoyée et j'essayais de peaufiner le tableau avec un ravalement de façade en bonne et due forme et une coiffure qui, à défaut d'être parfaite, ne serait pas trop ratée. Entre deux épingles, je composai le numéro de Noah, espérant qu'il m'accompagnerait, mais il ne répondit pas. Au lieu de quoi, je reçus un message cinq minutes plus tard. - Je suis l'invité de Sevastian ce soir, je me dois de faire acte de présence. Je ne peux répondre, mais je te rappellerai demain sans faute. - OK, on se reverra plus vite que prévu, dans ce cas, répondis-je, tout sourire. Au moins, je ne serai pas seule dans ce merdier. À peine avais-je envoyé le texto que je reçus une autre notification. Il avait rebondi vite. Le sien affichait deux points d'interrogation que je préférai ignorer. - Qui te fait sourire ainsi ? fit Vé, debout dans l'encadrement de la porte de ma chambre. - Je suis désolée, Vé, de t'abandonner ce soir. Promis, je me rattraperai. - Ne t'en fais pas pour si peu, je serai encore là demain. Alors, qui est-ce ? Ça, c'était un problème en soi. Où étaient les cris, la rage, les meubles qui virevoltent ? Où était sa f****e contrariété ? Et puis elle avait l'air si préoccupée ! Avait-elle un problème autre que ses vieux démons liés à cette ville qui ne manqueraient de venir la hanter ? En la regardant un peu plus, j'en eus la certitude. - Qu'est-ce qui se passe, Vé ? Dois-je préparer une pelle pour enterrer un ex ? Elle sourit, l'air de rien, mais son sourire n'atteignait pas ses yeux. Peut-être pas un ex. Le boulot, alors ? - Il s'est passé quelque chose au boulot ? D'ailleurs, comment ont-ils réagi au fait que tu plaques tout pour me rejoindre ? - Il se passe toujours quelque chose au boulot, mais rien qui me regarde directement. Et puis tu sais, je ne leur ai pas vraiment laissé le choix pour mon départ. J'avais l'étrange impression que c'était une demi-vérité. Venait-elle de me mentir volontairement ? - Alors, qui est le beau gosse qui te fait sourire autant ? - Ne t'emballe pas, ce n'est qu'un vampire, un abstinent. - Un abstinent !? Qu'est-ce que c'est que ça ? Un eunuque ? J'oubliai pour le moment l'étrange pincement que j'avais ressenti face à son mensonge et ris à gorge déployée. Ça me soulageait de savoir que je n'étais pas la seule à avoir un esprit tordu. Quand Noah m'en avait parlé, je n'avais jamais imaginé que ce terme concernait son hygiène alimentaire. Quand j'avais enfin compris mon erreur, j'avais été mortifiée et m'étais sentie comme une obsédée. - Non, rigolai-je encore. Juste un vampire qui ne boit pas les humains. - Tu as pris un coup sur la tête ! Qu'est-ce qu'il boirait, sinon ? - Du sang animal. - Mince, tu es sérieuse ? dit-elle, stupéfaite. Mais ça ne me dit pas pourquoi tu souriais comme une ado attardée, se moqua-t-elle. - C'est un vampire assez sexy, je dois l'avouer, et très puissant. - Puissant comment ? - Prince... - Prince ? Et tu as ajouté sexy ? Ne me dis pas que tu as laissé un tel monstre te toucher ! Quelles que soient les conneries qu'il a pu te débiter. Pas toi ! - Oh, je peux t'assurer que cette histoire d'abstinence est bel et bien vraie, j'ai vérifié auprès de l'alpha de La Nouvelle-Orléans. Et en ce qui concerne le fait qu'il m'ait touchée ou pas, disons, pas encore, je te dirai si ça change. - J'étais convaincue que tu me parlerais de cet alpha, on dit qu'il est parfait. - Ouais, je passe mon tour, tu veux bien ? marmonnai-je en cherchant mes escarpins noirs. Veronica me tendit un verre de whisky et m'observa un long moment sans prononcer le moindre mot. - Quoiii ? m'impatientai-je. - Rien, répondit-elle, laconique, ta vie sexuelle est bien palpitante, ces derniers temps, j'aimerais être à ta place. J'avais failli oublier ce crétin de Dimitry et tu n'as rien mentionné non plus. - Dimitry sait tout, il ne l'a pas vraiment bien digéré, mais je te raconterai tout ça plus tard. - Ouais, une emmerde de plus, je finirai par croire qu'on les attire. Malheureusement, ce que je vais te dire en rajoutera une couche. Je viens d'avoir une révélation, et je ne crois pas que ce soit bon ni pour nous ni pour le reste de la ville. Je repris mon sérieux. Comme si je n'avais pas assez de soucis ! Elle prenait son temps, l'irritation me gagna rapidement. - Tu vas cracher le morceau ou tu veux que je te l'extirpe ? La patience n'était vraiment pas mon fort. En même temps, que pouvait-il arriver de pire que des chasseurs de surnaturels dans nos rues. - As-tu vu le familier de cette sorcière ? Winifred, je veux dire. Maintenant qu'elle le disait, je ne l'avais même pas senti. Pourtant, il devait bien être quelque part. - Une sorcière ne se sépare pas de son familier sauf dans certaines situations, continua-t-elle, venant faire écho à mes pensées. - Oui, et aucune ne nous conviendrait. La mambo non plus n'a pas son familier. - Ouais, je ne te le fais pas dire. Soit elles ont conclu un pacte avec une entité, soit cette même entité les contrôle et du même coup s'octroie tous les pouvoirs de leurs familiers. - Noah m'a dit que les sorcières étaient affaiblies, tu penses que ça expliquerait le fait qu'elles aient passé un pacte ? - Qui est ce Noah ? Ma grand-mère est encore là-bas, me dit-elle doucement. De son vivant, jamais une telle chose ne se produirait. - Le prince vampire, son nom est Noah. Vé, désolée d'être cet oiseau de mauvais augure, mais sommes-nous certaines qu'elle soit encore en vie ? Elle but c*l sec le liquide ambré et s'en resservit un deuxième suivi immédiatement par un autre. Je m'en voulus encore plus de ne pas pouvoir rester lui tenir compagnie. Mais je devais résoudre les problèmes quand ils se présentaient avant qu'une marée ne vienne nous submerger. La complication liée aux sorcières n'était qu'une autre f****e goutte d'eau qui ferait déborder le vase si elle était avérée.
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