Chapitre 14

2011 Mots
Paniquée, je me réveillai alors que le jour déclinait déjà, les jambes entrelacées à celles de Noah, qui, lui, dormait à poings fermés. J’avais perdu la notion du temps et finalement, je n’étais pas rentrée chez moi. J’eus une pensée pour Veronica, qui devait être inquiète. Il fallait vite que je lui donne de mes nouvelles. Je me levai d’un bond, regardant autour de moi, perdue. Trop obnubilée par mon partenaire, je n’avais pas pris la peine d’observer les lieux. La chambre de Noah était dans les tons baroques noir et or. Les vampires avaient des goûts plutôt spéciaux. Tout transpirait le luxe, jusqu’aux draps de soie. Au-dessus du lit pendait un énorme lustre incrusté de pierres précieuses avec des dizaines de breloques qui pendaient. Étaient-ce de véritables diamants ? Deux commodes de bonne facture elles aussi entouraient le lit king size d’où je venais de me lever. Quand mes yeux se posèrent dessus, je remarquai immédiatement que mon prince ne dormait plus. Au lieu de quoi, il m’observait, l’air heureux. — Qu’est-ce qui te fait sourire autant, Noah ? — Je me disais que maintenant que nous avions géré l’urgence de nos besoins mutuels, il serait temps de prendre notre temps. — Sauf que du temps, je n’en ai pas, j’aurais dû rentrer et si je ne le fais pas rapidement, ma meilleure amie fera cramer quelques vampires avant la tombée de la nuit. Il me regarda, suspicieux. Je ne plaisantais pas. Veronica m’avait toujours entendue dire que mon père était du poison. Elle connaissait mes craintes, mieux, elle les partageait. — Tu es sérieuse ? — Plus que ça. Je suis partie sans qu'on sache si l’invitation de mon père était ou non un piège et depuis, je n’ai pas donné signe de vie. Où est mon téléphone ? Il réfléchit quelques secondes avant de glisser hors du lit. — Je n’ai pas le souvenir que tu aies emporté quoi que ce soit quand nous sommes arrivés. Il partit, puis en un claquement de doigts, réapparut, mon téléphone à la main. Il me le tendit, frôlant mes hanches de son corps nu. — Il était dans la voiture. — Merci, fis-je en souriant. Sourire qui s’effaça rapidement quand je vis le nombre d’appels manqués. Il y en avait six de Veronica et trente-deux de Vladimir. — Nom d’un chien, ce type n’est-il jamais raisonnable ? me chuchotai-je. Noah me scrutait comme un insecte épinglé sur son mur. Plus ennuyée qu’inquiète, je me passai une main sur le visage, refusant d’y croire. Puis je soufflai un bon coup avant de composer le numéro de Vé. — Bonjour, marmotte, me dit-elle dans un sourire. — Bonjour Vé, désolée, je n’ai pas vu l’heure, commençai-je. Minute, pourquoi n’es-tu pas en colère ou stressée ? Elle éclata d’un rire joyeux avant de me répondre. — Je veux tous les détails. Quand j’ai remarqué ton absence ce matin en partie à cause d’un alpha en colère ou, au choix, incroyablement possessif, j’ai effectué un sort de localisation pour savoir si tu avais besoin d’un coup de main et quelle ne fut ma surprise de découvrir que tu étais saine et sauve, terriblement excitée, dans l’un des domaines du fameux prince vampire de la Louisiane ! Prends tout ton temps pour rentrer. J’aurais voulu me cacher dans un trou d’une souris. En même temps, je souhaitais lui demander ce qu’elle entendait par : un alpha en colère et possessif, mais je n’étais pas sûre d’assumer sa réponse, pas devant mon vampire, en tout cas. Je rigolais jaune, certaine que Noah n’avait pas loupé une miette de cette conversation. Je fis du mieux que je pus pour paraître décontractée. — Je savais que je pouvais compter sur toi, ma poule. Embrasse les filles, je rentre bientôt, me contentai-je de répondre. — Oui, avec du croustillant ou tu ne passeras pas la porte. — Eh ! C’est chez moi ! m’exclamai-je, outrée. — Du croustillant ou tu pourras retourner d’où tu viens. Elle ne me laissa pas le temps de répondre et raccrocha. Noah m’observait, le regard pétillant. — Où en étions-nous ? me dit-il, la voix suave. — Je n’en ai pas fini, Noah. Je dois appeler un contact professionnel. Je descends et je reviens vite, c’est promis. Il ne répondit pas, mais se recoucha, les bras sous la tête. — Tu veux parler de cet alpha possessif et en colère ?Est-ce que je devais m’inquiéter ? — Alferov n’est qu’un contact professionnel. Il n’y a jamais rien eu entre nous et il n’y aura rien aussi longtemps que je vivrai. — Dans ce cas, il faudrait peut-être le lui rappeler. — Il est seulement un peu trop protecteur depuis que l’on s’est fait attaquer au cimetière. C’est un loup, en définitive. J’omis délibérément de dire que l’auteure de cette attaque était ma mère. Je préférais laver mon linge sale en famille, pour ne pas dire seule. Puis surtout, j’évitai de dire tout haut que depuis ce jour où l’alpha avait tout fait pour me protéger, je sentais une connexion entre nous. J’étais certaine que non seulement il ne comprendrait pas, mais qu’en plus il ne serait plus dans de bonnes dispositions. — Je reviens. Affaire de loups, je ne peux donc pas avoir cette conversation avec toi dans les parages. À bien y réfléchir, il vaudrait mieux que je rentre. Noah émit un bruit inhumain. — Je vais laisser passer pour cette fois, Jones. Mais sache que je n’hésiterais pas à décimer tout le clan Alferov s’il lui prenait l’envie de s’approcher d'un peu trop près.  Je t’ai donné l’occasion de tout arrêter, hier, je t’ai prévenue que je ne te laisserais plus t’enfuir. Tu es mienne et je suis tien. Je ne me fis aucune illusion. Il s’agissait d’une promesse. C’était bien plus effrayant qu’une simple menace. Et dire que je trouvais ça excitant ! À croire que cette nuit m’avait fait perdre quelques neurones ! Un frisson de plaisir anticipé me saisit. Et à voir l’expression de mon vampire, il s’en était aperçu. Malgré tout, dans l’espoir de l’apaiser un peu plus, et surtout parce que je voulais le sentir plus proche, je grimpai sur le lit et rampai vers lui à la manière d’une panthère. Puis, je plongeai dans son regard et m’emparai de sa bouche. — Oh, Noah, ne te fais pas de soucis. Il n’y a personne d’autre que toi. L’éclat meurtrier disparut de ses yeux alors qu’il m’enlaçait. Je me retrouvai aussitôt sur le dos, Noah au-dessus de moi. — C’est très tentant, mais le travail m’appelle, lui chuchotai-je. Je le repoussai sans conviction. Lui raffermit sa prise. Ses lèvres vinrent conquérir les miennes. Et cette fois, il fut plus doux. Il n’avait plus rien à voir avec l’affamé qu’il avait été la veille. Non, là, il ne me baisait pas. Il aimait et honorait mon cœur et mon corps. Ce ne fut que meilleur. Quand nous fumes rassasiés l’un de l’autre, je n’avais plus qu’une envie, m’endormir dans ses bras. Mais mon désir, si fort soit-il, ne me faisait pas oublier le nombre d’appels de Vladimir. Avait-il pu se passer quelque chose de grave qui expliquerait son acharnement ? Je refusais de croire qu’il n’agissait que par pure jalousie. De plus, il ne savait pas où je me trouvais. La peur que je puisse avoir raison me fit me redresser. J’embrassai Noah, qui ne manquait rien de mon trouble. — Cette fois, je dois y aller, lui dis-je tendrement. — Je le sais, mon amour. Reviens-moi vite. Je ne me fis pas prier et courus presque vers la porte. Si je restais une seconde de plus en sa compagnie, je ne répondrais plus de rien. L’appel des hormones risquait d’être bien plus fort que la raison. — Tu ne perds rien pour attendre, me hurla-t-il alors que j’atteignais ma voiture. Je rigolai comme une folle, sûre qu’il me ferait regretter mon empressement. Mon cœur, ce traître, s’emballa. J’en étais impatiente... Ce jour-là, si j’avais eu la malchance d’avoir un contrôle routier, j’aurais été terriblement gênée. Peu encline à enfiler ma robe de bal, je m’étais sauvée avec une chemise appartenant à Noah sur le dos. Heureusement qu’elle était longue, car ma petite culotte n’avait pas survécu aux assauts de mon vampire. J’étais tentée de brûler tous les feux, me précipitant chez moi, mais si je faisais ça, j’avais une probabilité plus élevée de me faire arrêter. Le plus dur étant de passer devant le Starbucks et d’être dans l’incapacité d’aller me chercher un café. Et le fait d’être à jeun donc passablement irritable n’allait pas m’aider à communiquer avec Vladimir. Je pris mon courage à deux mains et appuyai sur rappeler, l’estomac noué. — Jones, où êtes-vous, nom de Dieu ? cria-t-il. Son timbre laissait transparaître une telle inquiétude que je me sentis mal durant quelques secondes. — Pourquoi ça n’irait pas ? lui répondis-je sans réfléchir. — Pourquoi ? s’énerva-t-il, je vous ai appelée un nombre incalculable de fois et laissé autant de messages et vous n’avez pas daigné donner de vos nouvelles ! — Vladimir, nous sommes le week-end et les gens normaux qui bossent comme des dingues en semaine se reposent une fois le dimanche arrivé. Je sais bien que toute notion de religion a déserté la plupart des surnaturels. Mais le repos dominical est quelque chose d’ancré chez certaines personnes dont je fais partie. — Le repos dominical ? Vous osez me parler de notion chrétienne, de jour du Seigneur alors que vous n’êtes même pas rentrée cette nuit ? Depuis quand n’avez-vous plus mis les pieds dans une église ? J’en restai sans voix. Vladimir avait-il gardé la foi ? — Dois-je vous rappeler ce qu’est une autre notion appelée vie privée ? Que me voulez-vous ? Venez-en à l’essentiel, sinon je jure sur ce qui est encore sacré que je vous raccroche au nez ! Vladimir ne semblait pas s’être calmé. Pourtant, je supposai qu’il était assez lucide pour ne pas poursuivre cette conversation. Enfin, c’est ce que j’avais imaginé avant qu’il ne me dise : — Je serai chez vous dans une demi-heure grand max, nous devons parler. Puis sans plus de cérémonie, il raccrocha, me faisant comprendre que je n’avais pas mon mot à dire. Je jurai, balançant mon téléphone sur le siège passager. J’étais encore loin de la maison et compris rapidement que je n’y arriverais jamais avant lui.
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