Sur la piste de danse, je me sentais légère et quand j'ouvris les yeux, Noah et moi flottions à quelques centimètres du sol. Il me serrait très fort contre lui comme s'il avait peur que je ne m'envole. Mon cœur battait la chamade et une chaleur se diffusait dans tout mon corps. L'absence de ses battements à lui me fit l'effet d'une douche froide. Longtemps, au Lunamentis, j'avais entendu dire que les vampires n'étaient pas capables de ressentir, d'éprouver des émotions et tout simplement d'aimer. Je me servais de Noah pour oublier Vladimir, alors ce détail aurait dû m'enchanter, sauf que ce fut tout le contraire. Une douleur s'empara de moi alors je tentais de m'éloigner de lui.
- Qu'est-ce qu'il y a ? me chuchota-t-il, la tête blottie dans mon cou. Tu es tendue, d'un coup.
Je passai mes doigts là où son cœur aurait dû se trouver sans prononcer un mot. Ce fut suffisant pour qu'il comprenne.
- Ce n'est qu'un organe. Il ne témoigne pas de l'affection que je te porte.
- Les vampires sont incapables de ressentir quoi que ce soit, répondis-je du tac au tac.
- Ah bon !? Et tu es arrivée à cette déduction toute seule ? Ce n'est pas parce que je n'ai aucun besoin de respirer ou que je suis incapable de faire battre mon cœur que je n'ai pas de sentiments.
Je restai accrochée à ses lèvres. Je voulais tellement y croire !
- Le cœur qui s'emballe n'est qu'une manifestation physique de ce que tu ressens, continua-t-il. Chez les vampires, les sens sont décuplés, tout comme les sentiments. C'est juste que ça ne se manifeste pas de la même façon que chez une sorcière ou encore chez un loup.
- Alors, explique-moi. Qu'éprouves-tu en ma présence ?
- Ta peau a une odeur... particulière. Elle m'évoque un bain de soleil. J'ai l'impression de la goûter en permanence. Dès que tu n'es plus à mes côtés, je vis ce manque comme un trou béant dans l'ensemble de mon corps, comme si j'étais amputé d'un membre. Quand tu es là, c'est comme si j'étais resté en apnée le temps de te retrouver et que je pouvais enfin respirer. Tu occupes chacune de mes pensées, tu envahis mes nuits. Tu es mon autre. Ça pourrait paraître bizarre, nous venons de nous rencontrer. Mais c'est ce que l'on appelle le Nafass'am chez nous.
- Le Nafass'am ?
- Oui, mon souffle, ce qui m'anime désormais.
Cette déclaration aurait dû me faire peur. Le fait de savoir qu'en me rapprochant de Noah, je jouais également le jeu de Sevastian aurait dû me pousser à fuir. Mais je n'en avais pas la force. Aux côtés de Noah, je me sentais en sécurité et aimée. Deux données qui m'avaient terriblement fait défaut jusque-là. Alors, dans un désir purement égoïste, je voulais en profiter tant que ça durerait. Mes lèvres rencontrèrent les siennes dans un b****r envoûtant. Il n'y avait plus que nous et cette folle passion. Mon esprit avait déserté, car plus aucune pensée cohérente ne filtrait. Je le voulais lui entièrement, ardemment. A contrario de sa puissance, je souhaitais qu'il se soumette à moi. Fuir les lieux devint un besoin irrépressible. Noah et moi courûmes comme des enfants jusqu'à ce que nous nous engouffrions dans la nuit. Une sensibilité à peine supportable s'empara de moi. Le froid de la nuit me lacérait jusqu'à l'âme. Mais le corps étonnamment chaud pour un vampire de Noah me procurait un plaisir presque jouissif, équilibrant ainsi les sensations. Ses longs cheveux noirs me chatouillaient et me provoquaient une série de frissons.
- Où se trouve ta voiture ? Je suis venu en volant.
Je lui pris la main et l'entraînai rapidement vers le parking improvisé de Sevastian. Lorsque nous arrivâmes près de mon véhicule, Noah m'y plaqua avec une force étonnamment douce. Et mon cœur, le simple organe qui battait encore dans ma poitrine et pas dans la sienne, faillit imiter le sien et s'arrêter tant le geste fut soudain. Et pourtant... ce serait mentir que d'infirmer qu'il y avait quelque chose d'excitant là-dedans. Ses mains me tenaient avec une fermeté qui m'inspira une seconde ce que pourrait bien être sa poigne durant l'amour. Puis, comme s'il lisait mes pensées, Noah fit serpenter ses doigts le long du creux de mon dos, glissa sous ma robe pour m'empoigner mes fesses. Il enfouit son visage contre mon cou, huma mon odeur et frôla ma veine palpitante de ses crocs, me faisant frémir. Je me sentis fondre. Littéralement. La chair de poule couvrit ma peau moite. Entre cette chaleur qui grimpait dans mes veines, rythmant ainsi les affolements de mon cœur et cette fraîcheur environnante, j'avais tantôt froid, tantôt chaud. Je me surpris à avoir le courage de repousser ses mains pour l'entraîner à l'intérieur de l'habitacle afin de m'asseoir sur ses jambes. Il fallait continuer la conversation ; j'avais besoin de savoir. Et bien que Noah soit un vampire plus que séduisant, je ne l'aimais pas assez pour me transformer en quiche sans cervelle une fois devant lui. Je me raclai la gorge :
- Ce sont tes émotions que je ressens ? demandai-je dans un souffle. Ta façon... de les exprimer ? Il sourit. - En partie, commença-t-il, la voix rauque et voluptueuse. Disons que... c'est un mix de ce que nous ressentons tous les deux.
Il se lécha les lèvres en me dévisageant comme si j'étais son futur repas. Ou dessert.
- Comme un échange, ajouta Noah.
- Et..., dis-je, hésitante, le débit toujours plus bas, le ton toujours plus lent, est-ce toi qui veux faire de moi ta servante ?
C'était ce que faisaient les vampires qui tenaient suffisamment à un humain pour lui octroyer la vie éternelle afin de pouvoir traverser les siècles avec amour. En contrepartie, celui qu'ils choisissaient se donnait à eux corps et âme, réalisant le moindre de leurs désirs. J'avais toujours cru que ce qu'il y avait entre ces deux personnes n'était que physique. Mais ressentant un peu des émotions de Noah, je devais avouer que je m'étais forcément trompée. Toutefois, je ne serais jamais la servante de personne ; qui plus est, je ne ressemblais en rien à ces mortels. Je devais tout de suite le détromper s'il s'imaginait que je deviendrais sa chose.
- Je ne veux pas faire de toi ma servante. Je veux bien plus, je veux que tu sois mon égale.
Sa déclaration me prit de court. Être son « égale » ? Alors que nous nous connaissions à peine ? En avait-il encore des bonnes comme celle-là ?
- Alors...
- Cette envie de soumission vient de toi. Ce qui est étrange, c'est que je dois avouer n'avoir rien contre.
L'étonnement me fit ouvrir les yeux en grand, ma main se suspendit avant d'atteindre sa joue, que j'avais voulu caresser.
- Tu te soumettrais à moi ?
- Je ferais tout ce que tu voudras, Djoonam (ma vie en persan).
Ses lèvres s'emparèrent de ma bouche et sa langue vient titiller la mienne dans une danse ensorcelante. Je me perdis dans ses yeux couleur d'ambre et retins mon souffle face à la perfection de ses traits.
- Tu aimes ce que tu as sous les yeux ? dit-il d'une voix grave.
- Ça dépend, qu'attends-tu de moi, Noah ?
Sa main se glissa sous ma robe et malgré moi, son contact me surprit. C'était si soudain... un effleurement si délicat qu'on aurait dit le frôlement du vent chaud après une pleuvine (pluie fine).
- Rien du tout.
Je ricanai nerveusement alors que ses doigts rampaient le long de ma cuisse, disant le contraire de ce qu'il avançait.
- Mensonge, chuchotai-je. Essaie encore.
Il toucha mon pistolet et haussa les sourcils, un sourire narquois étirant nos lèvres. Nullement effrayé, Noah s'en débarrassa en l'envoyant sur le siège passager.
- Très bien, je veux tout, tout de toi sans limites. Sur l'instant, ça m'allait parfaitement. Moi aussi, je voulais tout de lui. Une reddition complète et rien d'autre. Alors que j'approuvais cette décision, ma respiration se fit plus lourde. Noah faisait serpenter sa main toujours plus haut sous la jupe de ma robe. Il tâtait, explorait, frôlait ; il jouait avec les dentelles de ma culotte, narguant ainsi avec une fausse timidité mon intimité. Le sang pulsait dans mes veines, entre mes jambes. Chaque fois qu'il me caressait, je me sentais me liquéfier, m'abandonner à ses soins. Toujours plus séduite, je savourais les sensations qui secouaient doucement mon corps épris de ses doigts longs et délicats. Délicats et pourtant si fermes, si sûrs, si précis. Rien ne lui échappait. Il surveillait mes réactions à travers ses cils noirs épais, je le sentais m'épier dans cette fine pénombre tel un chasseur. Que dis-je ! C'était un chasseur... et pour une fois, ça ne me dérangeait aucunement d'être la proie. Du moment qu'à la fin, j'étais rassasiée et que c'était moi qui le mangeais. Je m'emparai de sa bouche et lui volai un b****r assoiffé. J'enfouis mes mains dans ses épais cheveux noirs pour tirer sur les racines, lui arrachant alors un gémissement qui me fit sourire malgré moi. Un mouvement en entraînant un autre, mon dessous finit en lambeaux. Ma robe se replia sur ma taille et Noah dit adieu aux fausses modesties. Il était décidé à m'arracher des plaintes de plaisir ; j'étais décidée à prendre mon pied. Ainsi, je roulais des hanches contre son érection, contre sa main, contre son corps si parfait. Je gémissais en étouffant mes sons entre mes dents sans réel succès. J'avais chaud, la tension montait. Arquée contre lui, je rejetai la tête en arrière, lui offrant mon cou comme une idiote. Je me tendis. Mon cœur rata un battement. Et ne résistant pas à l'appel muet, Noah bondit presque au creux de mon épaule pour lécher avec paresse la veine palpitante contre ma chair moite. Je me ramollis en soupirant tout l'air de mes poumons. Toutefois, ce fut de bien courte durée, car sans prévenir, alors qu'un croc caressait ma peau, Noah crut bon de me mordiller. Je le repoussai contre le siège. Violemment.
- Qu'est-ce que tu fous ?
- J'aime... croquer. Et tu m'as invité.
J'avalai ma salive en essayant de me calmer.
- Et... ça sent bon, ajouta-t-il en passant sa langue sur son croc.
Je frémis. Un tout petit peu. Parce qu'il avait dit cela avec une sorte de... un truc qui rendait ça drôlement érotique, bien que glauque. En voyant le regard noir que je lui jetai, pince-sans-rire, il se justifia platement :
- C'est de l'humour.
Noah m'attrapa par la gorge pour m'incliner la tête sur le côté, comme tout à l'heure. Son pouce me caressa la peau, alors qu'avec un sérieux étrange, il me fixait dans les yeux. Puis, dans un silence chargé en électricité sexuelle emplissant l'habitacle, Noah revint glisser ses lèvres contre mon cou. Et le vampire me croqua, délibérément, provocant, arrogant. Le tout sans qu'une goutte de sang perle ou en coule. Il y pressa sa bouche humide, m'embrassa comme si j'étais une fleur fragile et descendit entre mes seins, doucement mais sûrement, marquant ma peau du sceau de ses lèvres. Il m'empoigna la poitrine, tira sur ma robe, dévoilant alors mon soutien-gorge, mais tandis qu'il s'apprêtait à me l'arracher, il s'arrêta en si bon chemin pour demander :
- Est-ce que tu tiens à cette robe ?
- Pas vraiment. Mais je préférerais rentrer présentable à la maison.
Son regard s'obscurcit. L'espace d'un instant, je le vis tel qu'il était : un prédateur.
- Quelqu'un attend ton retour ? gronda-t-il.
Ça sonnait comme une menace.
- Oui, souris-je.
Je n'arrangeais pas mon cas, à voir comme ses sourcils se froncèrent au point de presque se toucher.
- Mes filles, gros bêta.
La surprise et le soulagement remplacèrent cette lueur prédatrice. Il ne dit rien pendant un moment et sourit encore.
- Dans ce cas, nous serons plus à l'aise chez moi que dans cette voiture. Même s'il me sera bien difficile de me maîtriser jusque-là.
Je quittai ses cuisses d'un mouvement souple et élégant pour prendre place côté passager. Tandis qu'il démarrait, je me contorsionnai sur le siège pour arranger un tant soit peu ma robe et serrai mes cuisses, étouffant la moiteur entre elles. À mes pieds, je trouvai ma culotte en morceaux. Je ne pus m'empêcher de penser qu'elle m'avait coûté cher, quand même... Il fallut une bonne heure pour arriver chez Noah. Une bonne heure durant laquelle je scannais le vampire, sans discrétion. Je l'examinais, le regardais sous toutes les coutures, me voyant le déshabiller de toutes les manières possibles, il ne cessait de sourire. Je ne voulais plus qu'une chose : que nos corps ne forment plus qu'un. Je voulais qu'il se laisse faire et j'imaginais des choses qui ne pourraient se réaliser que sous couvert des ténèbres, la boule au ventre, affamée. Et à vrai dire, la scène était bien plus spectaculaire dans mon esprit. Car dès que nous eûmes grimpé l'escalier de la maison dans une précipitation monstre, nous nous jetâmes l'un sur l'autre, nous emmêlant les pinceaux. Lui avec une force qui me plaqua contre le mur le plus proche et moi avec cette impatience de le découvrir en tenue d'Adam. J'envoyai valser sa chemise dans le vide et défis la fermeture éclair de son pantalon, qui glissa le long de ses jambes. Il ne portait rien dessous, si bien que son membre jaillit contre mon ventre. Je le pris en main et Noah grogna.
- Non, non... pas le temps pour ça, bafouilla-t-il en me chassant.
Il prit le soin de dézipper ma robe, qui roula le long de mes courbes jusqu'à mes pieds. Lorsqu'il vit mon corset, il pesta. Et ce dernier ne voulant pas coopérer, il frôla la mort avant que Noah ne se résigne à en défaire les lacets à une allure vampirique. Sans effort, il me souleva du sol pour nouer mes jambes autour de sa taille.
- Ne m'en veux pas si demain, tu ne marches plus droit, susurra-t-il contre mes lèvres.
- Ne sois pas si prétentieux, veux-tu ? ricanai-je à mon tour.
Ma respiration était hachée, mon cœur battait si fort contre mes tempes que je ne sentais que lui. Lui qui tenait, lui qui m'embrassait, lui dont les doigts s'enfonçaient dans ma chair, lui qui me pénétrait. Et moi qui l'accueillais dans un râle de bien-être, réalisant que je le voulais bien plus fort que je ne l'aurais souhaité. Noah fondit sur mes lèvres. Il me tenait, me prenait comme s'il était le seul à pouvoir me satisfaire. Le vampire me dévorait, ses mains étaient partout, sa bouche me faisait honneur. C'était une sensation grisante. Pouvoir me dire qu'il ne serait qu'à moi ce soir. Le prince Noah était entièrement mien et sa façon de me b****r m'honorait. Je poussai un énième râle en griffant son épaule en me courbant contre le mur. Il geignit contre ma gorge, qu'il lécha sans pudeur. Je tentai de m'accrocher à lui, mes ongles l'éraflèrent, ma paume moite glissa le long de son dos, au gré de ses coups de reins brusques. Mon corps suivait la cadence effrénée du sien, ivre et avide du bonheur pervers qu'il me procurait. Mon sang pulsait entre mes oreilles, au bout de mes doigts, entre mes jambes. Et plus il allait, plus j'en voulais. Encore. Toujours plus. Puis, lorsque vint l'o*****e, je m'entendis jouir dans un rire euphorique étranglé par mon souffle hachuré, la gorge sèche. Et Noah s'abandonna aussi dans ce c**t. Quand il revint à lui, en un clignement d'œil, j'étais allongée dans ce qui semblait être son lit. Je gémis de la fraîcheur des draps, de l'odeur douce qui s'en dégageait et roulai dedans, légère. Lorsque je me couchai sur le dos, je croisai son regard. Mon vampire se tenait au-dessus de moi et sa beauté et le désir animal que je décelais dans ses yeux manquèrent me faire défaillir.
- Il est encore temps de tout arrêter, me dit-il, la voix rauque. Si nous continuons, je ne te laisserai jamais plus partir.
Je n'avais aucune envie de partir, bien au contraire. Mon esprit s'était fait la malle et je n'aspirais plus qu'à une chose : qu'il me goûte de toutes les manières possibles. Pour cela, j'ouvris lentement les jambes, lui offrant la vision d'une invitation indécente. Noah dégrafa mon soutien-gorge, seul survivant de notre premier assaut, et à genoux sur le lit, il me détailla comme moi plus tôt dans la voiture. Il savoura la vue, ses mains se promenant sur ma peau et considérant ma demande, il se jeta sur mon intimité. Et je ne saurais dire si je le maudissais pour cette longue nuit ou si je l'en remerciais... Tout ce que je pouvais en dire, c'était que Noah fit ressortir une gourmande en moi que je ne connaissais pas et que je profitai de son instabilité pour goûter aux fruits de la luxure jusqu'au petit matin.