Première partie, suite chapitre V

5000 Mots
suis pas rendu au café parce que je suis très pris avec ce taxi qui commence à me fatiguer un peu. Mais à vrai dire, je préfère m’emmerder mille fois dans un travail fatigant plutôt que de sombrer dans l’oisiveté. Meriem n’était pas le genre de femme qui prête l’oreille au babillage interminable de ce type de conducteur curieux et plaignant qui ne cherche qu’à lui tirer les vers du nez en plaidant le faux pour savoir le vrai. Elle savait toujours comment s’y prendre dans de telle situation et encore moins mentir quand il le fallait pour tromper et garder ses secrets pour elle. Elle réfutait qu’on s’immisçât dans sa vie privée purement et simplement. Pour couper court les paroles inutiles, elle lui demanda :             — S’il te plaît dépose-moi ici, je voudrais continuer à pieds pour me dégourdir les jambes.                     Le chauffeur s’exécuta. Meriem le paya et en descendit. Elle faisait semblant d’arranger son foulard pour qu’il parte sans pouvoir repérer la direction qu’elle allait prendre. Aussitôt qu’elle se dirigea en direction de l’hôpital, elle commença à aligner ses phrases pour aborder Najat sans lui montrer le moindre soupçon de mécontentement ou de jalousie. Sans avoir voulu utiliser les services de Jamila, la nièce de son mari, elle demanda à voir l’infirmière directement Najat. On lui demanda d’attendre le temps qu’il fallait pour l’annoncer au moment convenable. Aussitôt mise au courant de la visite de Meriem, Najat sortit à sa rencontre pour en connaître l’objet. Les deux femmes qui se sont déjà vues, se reconnaissaient dès que les  regards se croisèrent. Après un bref salut d’usage Najat engagea le dialogue en demandant :             —   C’est à moi que tu veux parler ?       -Absolument ! C’est à toi. Je ne sais pas si tu te rappelles de Driss le cafetier qui a été hospitalisé ici même à la suite d’un accident de la circulation.            —  Oui, naturellement ! Mais…Ne me dit pas qu’un malheur lui arrive derechef. Driss m’a beaucoup marquée par sa sympathie et son humour de bon goût. Je garde un très bon souvenir de lui quand il était soumis à des soins intensifs.            —  Rassure-toi! lui demanda-t-elle. Il n’a rien d’inquiétant. Son état physique ne nécessite aucune intervention chirurgicale ou autre médication contrairement à son état psychique un peu défaillant.            — Qu’y a-t-il au juste ? Parle-moi en clair, je n’aime pas les devinettes, dit-elle, l’air étonné.           — Driss n’est plus l’homme que je connaisse. Il souffre peut-être d’un problème qui ne peut être résolu que par ta présence à ses côtés.           — Pourquoi veux-tu que je sois à ses côtés puisque c’est toi seule qui devras jouer ce rôle de consolateur.           — A vrai dire Driss veut devenir bigame et il m’a envoyé te parler d’un projet de mariage qu’il compte contracter avec une personne qu’il a choisie lui-même.          —  C’est qui alors cette personne ? demanda Najat.          —  Ce n’est que toi et personne d’autre, répondit-elle et, moi, je suis venue te voir pour connaître ton avis, qu’en dis-tu ?             —  Puisque Driss veut me choisir comme sa deuxième femme, je suis d’accord là-dessus et je n’ai aucune réserve à émettre. Moi aussi, j’ai besoin de refaire ma vie et repartir de bon pied avec un autre homme qui me respecte et ne me prive pas de ma liberté et de mes droits conjugaux. Je n’aime pas que la même erreur, commise lors de mon premier mariage, se répète.           — J’aime bien ta franchise, lui déclara Meriem. Je vais annoncer ton consentement à Driss qui attend avec impatience ta réaction qui n’est que positive et satisfaisante. Le jour où nous serons prêts pour nous rendre chez vous, je te préviens.           —  Appelez-moi au téléphone, demanda-t-elle, Driss a déjà mon numéro de portable.            —  Ok ! Excuses-moi de t’avoir pris ton temps de travail. Ne dit pas à Jamila la nièce de mon mari que je suis venue te voir aujourd’hui à propos de ton remariage. A bientôt !                                                                                             VI                                                 Meriem était très contente d’avoir accompli sa mission. En prenant le chemin du retour à la maison à bord d’un taxi dont-elle ne connait pas cette fois-ci le conducteur, elle commença à imaginer la tournure que va prendre ce nouveau mariage de Driss, le bancal et sexagénaire, avec une quadragénaire divorcée et plus jeune que lui.                      Plusieurs scénarios lui passèrent dans la tête à la vitesse d’un défilement automatique de diapositives. Mais, il ne focalisa pour l’instant son attention sur aucun d’eux et préféra temporiser et attendre les nouvelles donnes qui s’ensuivront. Cependant, il n’en reste pas moins que cette femme qui ressemblait  typiquement à un mannequin à tous points de vue aurait  à coup sûr ébranlé toute la maisonnée jusqu’à la mettre en fin de compte sens dessus dessous.                     Dès qu’elle descendit du taxi, Driss qui l’attendait avec impatience l’aperçu par le balcon et il dégringola les marches de l’escalier si vite qu’il pût pour lui demander le résultat de sa visite. En le voyant accourir vers elle, Meriem le rassura en souriant et lui dit :             —  Prépare-toi dès maintenant pour une nouvelle chance et un supplément de responsabilité. Najat est tout à fait d’accord pour devenir ta deuxième femme et je pense que tu as toutes les raisons du monde d’invoquer Dieu pour qu’il bénisse par la naissance éventuelle d’un nouveau-né de sexe masculin.            —  Raconte-moi, lui demanda, que t’a-t-elle dit ? Comment a-t-elle pris la nouvelle ? Tu as vu Jamila ?              —  Non, lui répondit-elle. Je n’ai pas voulu la mêler plus qu’il ne faut à cette histoire qui ne concerne tout d’abord que toi et moi. Najat se rappelle bien de toi, elle a loué beaucoup tes qualités de bonhomie et n’attend de nous que d’aller voir ses parents pour demander sa main et obtenir leur consentement. Rentrons d’abord à la maison avant que personne n’entende notre conversation.                                                                                                       VII                                                        Le jardinier que Driss engageait à son service pour s’occuper du désherbage, tendre le gazon et l’irriguer, tendait l’oreille au moment de la discussion et  put capter tous les mots échangés. Le lendemain, de bon matin il propagea à sa façon  toute la nouvelle  disant que Driss le cafetier, projeta de se marier une deuxième femme pour tenter sa chance d’être béni par la naissance d’un garçon.                   Tout le voisinage fut surpris de le voir se marier à un âge un peu avancé et chacun commenta ce projet tout en l’encensant  ou le diabolisant de la façon qu’il mérite. Au café comme à l’extérieur, tous les camarades ou connaissances de Driss le félicitaient pour ce nouveau mariage en lui espérant une  vie pleine de bonheur et de garçons.                   Tout surpris, Il n’en croyait pas ses oreilles. Il  revint à la maison pour chercher le jardinier qui était, selon ce qu’il pensait, camouflé dans un coin du jardin  à écouter sa conversation avec sa femme à propos du mariage projeté. Dès qu’il l’aperçut, il se mit sans préalable à l’insulter et le traiter de tous les mots désobligeant en le menaçant de l’une de ses béquilles.                     Le jardinier qui ne put supporter ses paroles, n’hésita pas   à le bousculer contre un arbre. Driss tomba à la renverse et perdit connaissance. Le jardinier cria secours et on en vint à l’évacuer à l’hôpital.                     Ayant appris la nouvelle Najat et Jamila accoururent à son chevet et essayèrent de le consoler. Driss passa trois jours alité dans une chambre isolée. Najat qui ne se sépara un instant de son lit, lui prouva encore une fois ses bonnes intentions de devenir sa femme. Driss se sentit très satisfait d’avoir fait du bon choix. Profitant de la situation, il n’hésita pas à lui en toucher un mot à propos du sujet de mariage. Najat le rassura sans vouloir entrer dans les détails.                    En matière de catégorie et de type de femmes, Driss est du genre qui ne comprenait pas  et quand il voulait comprendre, il ne savait pas ce qu’il devrait comprendre. Il était tellement séduit et aveuglé par la beauté et le charme de cette femme qu’il n’avait même  pas pris la peine d’envisager l’hypothèse que ce mariage tardif avec une libertine pourrait l’entraîner dans la fange, entacher sa dignité et le souiller  moralement et rendre en fin de compte sa vie absolument décadente. Le fait  d’avoir un fils était pour lui une finalité impérieuse et profiter de la silhouette d’un mannequin l’était encore davantage pour rattraper le temps perdu                   Au, bout de trois jours passés à l’hôpital sous la surveillance de sa future épouse Driss s’est rétabli après son évanouissement accidentel. Il fut ramené chez lui en compagnie de Meriem, ses filles et jamila. Le jardinier regretta amèrement son acte irréfléchi. Il en vient de lui présenter ses excuses. Driss n’était pas rancunier pour lui en tenir rigueur et garder un sentiment d’animosité et d’inimitié. Le jardinier se pencha sur lui et l’embrassa si fort, les yeux tout en larmes. Driss était émotionnellement éprouvé et s’excusa lui aussi d’avoir mal agi. Les choses reprirent leur tour normal et tout le monde vaqua à ses occupations.                                                                                     DEUXIEME PARTIE                                                                                                  I                        Meriem reprit la situation de la maisonnée en main et décida fermement de congédier, à l’insu de son mari, le jardinier pour mettre un terme à ce genre d’agissement. Il lui paya sa rétribution et l’invita à quitter définitivement la maison sans avoir  à jamais la possibilité d’y retourner. Le jardinier fut ému et ne sut quoi dire devant la fermeté de Meriem. Il la remercia de l’avoir toujours bien traité pendant tout le temps qu’il avait passé leur service. Il plia baguage, promit de s’expier de sa faute et s’en alla.                   « Parfois dans la vie, disait le jardinier, qui monologua, en cours de route, comme s’il était sur scène, il nous arrive à nous tous de se comporter bêtement pour commettre des actes de folies regrettables  à l’encontre des personnes qui nous provoquent par mégarde ou exprès parce qu’elles se disent forts et puissants pour appliquer leur loi sans avoir cure de  l’enseignement à tirer  de « la dialectique du maître et de l’esclave ». Je ne pleurais pas, disait-il, d’avoir commis une faute de bousculer une personne bancale qui me menaça de but en blanc d’une béquille, pour le supplier de m’en excuser, mais sur mon sort d’ouvrier malheureux qui offre ses services à bas prix pour bosser comme un n***e et manger des bribes de pain et des restes de repas refroidis que la famille de Driss m’offrait en guise de récompense et moyennant le service rendu. Me punir pour avoir entendu leurs paroles ne peut être que du ressort des gens arriérés et dépourvus d’esprit de discernement et de maturité parce qu’ils vivent leur vie durant dans la confusion et le déséquilibre mental et parce que entendre n’est pas écouter. Ils auraient dû me boucher les oreilles et b****r les yeux avant de converser de leurs sales histoires de mariage ou autres. Forcer les choses pour aboutir à ses fins n’avait jamais débouché sur l’obtention du résultat escompté. Epictète l’un des philosophes grecs dont me parlait sans cesse mon frère que DIEU ait son âme en sa Sainte miséricorde disait dans le « Manuel » : « Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non ». Et moi, ajouta le jardinier, qui ne savait pas aligner ces phrases pour les citer correctement, je saisissais quand même l’idée maîtresse de ce que mon frère m’expliquer sur tous les phénomènes naturels et  plus particulièrement l’homme juste et injuste, bon et mauvais, bienveillant et malveillant, égoïste et  généreux,  avare et charitable. La liste est longue et je ne peux que simplifier les choses et dire qu’avoir un fils obligatoirement au lieu de cinq filles ne peut être réalisé que par une opération de clonage que l’humanité conçoit mal et réfute catégoriquement. »                    Quand le jardinier se rendait compte qu’il avait donné libre cours à ses idées, il se ressaisit et stoppa son imagination débridée dès qu’il rentra chez lui.                                                                                                 II                                               Driss mis au courant du renvoi précipité du jardinier s’en prit à Meriem et la qualifia de femme antipathique et sans cœur. Celle-ci ne broncha pas et garda le silence en subissant les remontrances de son mari qui comptait le garder malgré l’incident. Elle lui proposa un remplaçant plus compétent et dégourdi qui s’y connaissait mieux en matière de jardinage. Driss ne manifesta aucune opposition et lui laissa le choix d’en faire à sa tête et insista sur les dispositions à prendre pour dépêcher son mariage. Ils décidèrent d’aller voir les parents de Sa future épouse. Le taxi  qu’ils prirent, les déposa à l’adresse indiquée. La sonnette retentit, Najat ouvrit la porte de la maison. Elle les accueillit, l’air souriant, sans la moindre marque de protocole qui pourrait les gêner et les mettre mal à l’aise.               Dans la salle de séjour où ils furent guidés, Bahia la mère de Najat les salua et les invita à s’installer sur les canapés-lits en leur souhaitant la bienvenue.                     C’était une femme d’âge mûre, ni grosse ni mince, la taille normale, le ton sec, les yeux verts et  le regard perçant, les cheveux courts, le visage ovale, les vêtements chics et bien arrangés. Elle fut divorcée pour avoir été empêtrée dans le dévergondage et la fornication.                    Son mari qui était un homme juste et droit l’avait surprise avec son soupirant en train de s’embrasser dans la pénombre  au coin d’une rue. Elle exerçait le métier de « negafa » ou autrement dit habilleuse qui prend spécifiquement en charge  l’organisation des cérémonies des mariages en se conformant au respect rigoureux des traditions et rites nuptiaux. Elle se fait assister de trois à quatre autres « negafates (pluriel de negafa) » afin de bien s’occuper de la mariée, l’habiller, lui mettre des ornements, faire en sorte que les plis des caftans portés tombent toujours bien pour lui donner l’allure d’un paon qui se pavane, la queue bien déployée.                       Elle veille à ce que le changement des vêtements se fasse à intervalles réguliers et chronométrés du début de la soirée jusqu’au petit matin où la mariée est amenée à son nouveau foyer conjugal au milieu du cortège nuptial.                       En pratiquant ce métier qui lui rapportait pas mal d’argent, Bahia menait une vie qu’on pouvait dire mi-figue, mi raisin. Elle avait à son  service une bonne qui s’appelait Zineb, d’âge mûr. Elle  s’occupait activement  de la cuisine, du ménage et du shopping. Elle répond toujours au moindre appel ou geste de doigt. Najat l’appréciait beaucoup pour sa sympathie et son utilité de remplir son rôle à merveille. Elle était au fait de tous les secrets relatifs à sa vie privée et surtout ses relations clandestines avec son soupirant et l’accompagnait fréquemment là où elle veut aller. Najat lui demandait son avis sur les vêtements qu’elle s’achetait, les  robes qu’elles portaient, la coiffure et la manucure qu’elle se faisait. Zineb n’hésitait pas un instant à lui dire franchement ses impressions qu’elles soient de bon ou de mauvais acabit et Najat en faisait grand cas pour rectifier ce qui est rectifiable et améliorer ce qui est améliorable.                        Bahia dit à Zineb de se dépêcher pour amener aux visiteurs particuliers tout ce qu’il fallait. Elle s’exécuta illico en leur servant du thé à la menthe, des gâteaux au chocolat et un cocktail de jus d’orange.                       Driss était bien réjoui de l’accueil chaleureux et hospitalier qu’on lui a réservé en présence de sa première femme. Zineb leur exprima encore son enchantement en lançant à leur adresse:                           — Soyez les bienvenus chez nous, nous sommes très fiers de votre présence parmi nous et j’espère que des liens d’amitié et de fraternité s’établissent entre nous dès ce premier contact. Je sais déjà ce que vous avez derrière la tête et j’en très contente.               — Mon mari et moi te remercions infiniment de ton amabilité inconditionnelle et de la blancheur de ton âme et de ton cœur grand ouvert, lui dit Meriem. Nous ne sommes que des gens bien intentionnés et n’avons derrière la tête aucune autre idée désagréable qui puisse vous choquer tôt ou tard. Je vous rassure que ce n’est qu’à moi que revienne l’idée d’un nouveau mariage. Driss n’avait jamais pensé à devenir bigame un jour. Nous menons une vie toute simple qui ne souffre d’aucun complexe à l’exception d’un truc qui m’est irréparable que tu peux facilement deviner avec tant soit peu de raisonnement.            — Je l’ai déjà deviné, lui répondit-elle et je pense que se marier une deuxième fois sur consentement volontiers de sa première épouse n’est pas à mes yeux un pêché si toutes les conditions requises pour le permettre sont réunies. Chacun a le droit d’user de sa liberté de conscience de la façon qui lui convienne et moi je ne peux que saluer et encenser votre projet d’un deuxième mariage.           — Tu voulais dire que tu es d’accord pour que votre fille Najat devienne ma deuxième femme, lui demanda Driss, l’air soulagé et bien gai.             —  Et moi, je ne suis pas du tout d’accord pour me marier avec ce monsieur qui m’avait tourmentée à l’hôpital lors de ses deux hospitalisations, lança Najat, l’air sérieux.            —  Quoi ! S’exclamèrent, tous à la fois. C’est étrange ce que tu avoues, tu viens juste de me dire que tu attends ce remariage avec impatience, répliqua la bonne.                   —  Oui ! Je l’accepte, dit Najat, c’est une plaisanterie, ne serait-ce que pour tester vos réactions.            — Tu m’as surpris, lui dit Meriem. J’ai si vite cru que c’est un revirement de ta part. Puisque ce n’est qu’une plaisanterie de bon goût, poussons des youyous et prononçons les incantations d’usages contre le mauvais œil.            — Moi, je ne suis pas surpris des dires de Najat parce que je connais ses tournures  de phrases. Elle plaide toujours le faux pour savoir le vrai. Quand j’étais alité à l’hôpital, elle me faisant peur en me racontant des choses qu’elle simulait vraies. J’ai été toujours tombé dans le piège de sa caméra cachée et c’est ce côté complaisant  qui m’encourage à jeter mon dévolu sur elle pour en faire ma deuxième femme.           — Mais, disons-le franchement, répliqua Meriem, c’est aussi sa beauté et sa perfection physique qui te fascinent. Je sais mieux que quiconque que tu as un faible pour les femmes et surtout les plus jolies. Tu ne peux pas dire le contraire parce que Najat va le découvrir par elle-même et tu en seras démenti et diabolisé. Fais attention à ce que tu avances.           — Tu veux tout de suite révéler les secrets de mon petit jardin, lui répondit Driss, l’air souriant.             — Ton petit jardin ne m’est pas du tout inaccessible et ne le sera pas encore moins pour Najat qui va probablement conquérir ton cœur sans coup férir.             — Moi, je crois que c’est le contraire qui devra se passer. C’est lui qui doit se débrouiller pour conquérir mon cœur, renchérit Najat pour relancer la discussion.               — C’est une affaire entre vous deux, lui confirma, sa mère. Dès cet instant, nous n’avons aucun droit d’empiéter sur les plates b****s qui sortent de notre compétence.           — Je crois que nous avons assez rigolé, dit Meriem, revenons à l’essentiel et parlons de l’objet de notre visite.            — C’est déjà fait, répliqua Bahia, nous avons assez dit. Si tu veux ajouter d’autre chose, vas-y, nous t’écoutons avec plaisir.            — Nous n’avons pas l’intention de célébrer une fête de mariage de grande pompe, avoua Meriem, on va seulement se limiter à l’organisation d’une petite fête symbolique pour établir l’acte de mariage qui donnera le droit légal à Najat pour  rejoindre le foyer conjugal de son mari. Qu’en dites-vous ?            — Et moi que dois-je faire ? demanda la bonne, si ce n’est pas danser pour exprimer  mes sentiments de réjouissance à l’occasion de cet évènement qui devra s’annoncer grandiose, demanda la bonne, en faisant  éclater de rire tout le monde.           — Toi, répliqua Najat, tu va t’occuper de ma mère et quand tu ressens le besoin de danser, sers-toi du magnétophone en mettant tes CD de musique préférée et danse tant que tu veux. Je n’ai plus besoin de tambourinage ni de tintamarre. Je ne suis plus une gamine pour suivre tes fantaisies. As-tu compris Zineb ce que je veux dire ?            — J’ai bien compris, mais ce n’est pas ce que je veux moi, répliqua Zineb.            — Ce que tu veux ne te sera pas réalisé, faute de conditions opportunes, lança Najat à l’adresse de la servante.           — Zineb ! Ecoute ce que te dit Najat ! Et ne perturbe pas l’ambiance, conseilla Bahia. Si tu insistes vraiment à ce que ton rêve de danser soit réalisé, je te promets que la prochaine fois, je t’amènerai avec moi à une fête de mariage où tu peux danser et te défouler sans que personne ne t’en empêche. Les organisateurs de  cérémonies de mariage qui louent mes services sont des familles respectueuses et généreuses. Je te rassure que tu y seras bien gâtée. Qu’en penses-tu ?           — Je voudrais bien t’y accompagner, dit Zineb. Mais il faudra que je me fasse un peu belle et bien vêtu et parue comme je suis de la famille de la mariée.            — Ne t’en fais pas, je m’en charge. Tu seras vêtue du meilleur caftan et tu porteras des parures qui font partie du lot de mes bijoux personnels. Je te préviendrai une semaine plus tôt pour que tu fasses le nécessaire concernant ta coiffure et ta manucure.            — D’accord ! Merci, je te serai très reconnaissante de ce plaisir dont  tu n’as pas hésité de m’offrir l’opportunité.                   Meriem et son mari  fixèrent une date butoir à Bahia et Najat pour la cérémonie de l’établissement de l’acte de mariage. Celles-ci acceptèrent sans objection. Zineb demanderait à ce qu’elle soit présente elle aussi. Bahia l’en  rassura.                                                                                             III                                                  Driss et son épouse quittèrent la maison de Najat et sa mère après les avoir remerciées de leur esprit de convivialité et d’hospitalité. Un taxi qu’ils hélèrent les ramena jusqu’à l’entrée de la maison. Il était presque six heure du soir. Toutes leurs filles étaient là à les attendre. Elles voulaient prendre connaissance de l’objet exact de leur absence, mais aucune d’elle n’osa leur poser la question de savoir où ils étaient. Meriem ne voulait pas cacher la nouvelle à ses filles. Elle leur annonça que leur père va devenir bigame et que la future épouse vivra ici même avec elles. Elles reçurent cette information comme une déflagration de bombe. Aucune d’elle n’en crut ses oreilles. Elles ne s’attendaient jamais à voir leur père se marier à cet âge avec une autre femme. Elles se mirent, séance tenante, à gesticuler. Elles s’en prirent à leur mère en la rendant toute énervée. Elles s’écrièrent pour manifester leur déception et mécontentement.             Leur père qui passa au jardin pour voir le chien et s’assurer de l’état naturel des arbres et du gazon qu’on n’avait pas irrigués depuis le départ du jardinier qui s’était révolté contre lui et  l’avait bousculer à mort, entendit le bavardage inhabituel provenant de l’intérieur de la maison. Il comprit si vite que ses filles furent choquées d’apprendre de leur mère la nouvelle de son projet de mariage avec Najat. Il fit semblant de n’avoir rien entendu et continua à regarder la verdure des arbres et entendre le gazouillement de quelques oiseaux perchés sur les cimes des arbres.                      Il se posait la question de savoir si ce couple de cigogne qui couvait ses petits dans son nid s’inquiétait vraiment de leur sexe et si le mâle se mariait une deuxième femelle quand il saurait que ses petits étaient de sexe féminin.                      Mais, il revint à l’idée que ces oiseaux sont des animaux qui sont strictement programmés par la nature et ne peuvent en aucun cas du tracé de leur mode de vie. Il conclut en petit philosophe que l’homme en tant que tel n’est pas du tout programmé comme l’est en l’occurrence l’animal. Il est muni d’un cerveau fonctionnel qui fabrique des pensées en grande série et dont il se sert à bon ou à mauvais escient soit pour se plier à la volonté de la nature soit pour se rebeller contre elle.                     En se référant  à son cas, il se considéra comme étant un être faisant partie de la catégorie des hommes, qui ne voulaient pas admettre le fait accompli quand ils manifestaient leur mécontentement vis-à-vis d’un résultat purement naturel.                     Malgré ce raisonnement fortuit, Driss ne voulait rien d’autre que profiter de la beauté et du charme de Najat dont il se sentait envoûté jusqu’à la moelle des os.                     Dès que le calme revint, Driss rentra à la maison en feignant d’avoir rien entendu quand ses filles s’écriaient. Meriem ne voulait pas l’informer sur la scène de tout à l’heure que les filles lui avaient fait. Elle lui demanda, l’air éprouvé :           —  Tu étais où ?           — J’étais dans le jardin pour voir le chien et vérifier l’état naturel des arbres et du gazon et je vois qu’ils ont besoin d’eau sinon, ils vont mourir incessamment. Tu m’as promis de chercher un autre jardinier qui s’occupera de l’entretien et l’irrigation des arbres et en particulier le gazon qui commence à se jaunir. Où en es tu ? lui demanda-t-il.             — Je ne vais pas courir plusieurs lièvres à la fois et n’en attraper finalement aucune, répliqua-t-elle. Moi, je préfère agir en fonction des priorités sinon je gâcherai mes occasions et dévierai de mon vrai cheminement.            —  Et trouver un jardinier, n’est pas une priorité ? demanda-t-il, l’air irrité                            —  Et ton mariage n’en est pas une première ? Lui renvoya-t-elle la question.             — Tu veux polémiquer ou quoi ? s’écria-t-il ? Je n’ai pas la tête à ce jeu de question.            — Tu me parais tout agacé, qu’est ce qui te prend ? lui demanda-t-elle. Tu n’as pas l’air dans ton assiette. Peux-tu me dire à  tout le moins pourquoi tu fais cette tête ? Tout à l’heure tu étais aux anges et maintenant tu parais tout tourneboulé à cause de je ne sais quoi !           — Tu veux me dire que tu es une lectrice chevronnée des traits                                                                                                                       
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