Chapitre 7

1257 Mots
Elle fixa l’écran. Rose. La seule personne qui pouvait l’appeler à cette heure. Clara soupira, puis décrocha. — Rose ? — Salut… Désolée, Clara. Le boulot m’a complètement absorbée, je n’ai pas eu une minute pour passer te voir, murmura la voix au bout du fil. — Ne t’inquiète pas. Tout va bien de mon côté, j’allais bien avant et ça ira encore, répondit Clara calmement. Rose dirigeait sa propre marque de cosmétiques. Elle avait d’abord confié la production à une société externe, mais les problèmes s’étaient accumulés : formules ratées, prix trop élevés, qualité en baisse… À chaque fois, un nouveau contretemps. Finalement, après des mois de frustration, elle avait décidé de créer sa propre usine. Les journées n’avaient jamais été aussi chargées. Clara comprenait parfaitement. Un silence s’installa. Puis la voix de Rose se fit plus basse : — J’ai entendu dire que Lance… L’air se fit un peu plus lourd après ces mots. — Ce n’est rien, Clara. On a tous eu des histoires compliquées en grandissant. Tu te souviens à la fac, quand j’ai été larguée ? C’était toi qui m’avais remonté le moral, dit Rose. Clara détourna les yeux, muette. Rose souffla doucement avant de continuer : — Les gens passent dans nos vies. Mieux vaut ne pas s’attacher à ce qu’ils étaient ou ce qu’ils seront. L’important, c’est d’avancer. La vie est plus belle quand on l’accepte telle qu’elle vient. Lance n’était qu’un chapitre, rien de plus. Toi, tu mérites bien mieux. Les paroles touchèrent Clara. Sa main se crispa sur le téléphone, et une image familière surgit dans son esprit, lointaine et étrange. Le sourire qu’elle esquissa fut maladroit, comme si elle essayait de relier des choses disparates. — Clara ? Tout va bien ? demanda Rose. — Oui… tu as raison, murmura-t-elle. Rose sembla se détendre de l’autre côté du fil. — Parfait. Repose-toi, je dois filer. — D’accord. Alors qu’elle s’apprêtait à raccrocher, Rose la retint : — Attends, Clara. — Oui ? — Tu comptes rester dans l’entreprise de Lance ? Clara resta silencieuse un instant, surprise. Elle n’y avait pas réfléchi. — Le service R&D manque de bras, reprit Rose. Si tu veux quitter là-bas, viens me filer un coup de main. Je sais que Starlight International te prend déjà beaucoup, mais je suis submergée. Clara hésita un instant, puis répondit doucement : — Depuis qu’on s’est séparés, je n’ai plus vraiment de raison de rester dans sa société. Je me suis habituée à être occupée, ça ne me fait pas peur. Si tu as besoin de moi, je suis là. — Ah, ma belle, tu me sauves ! Peu importe ce que tu feras : m’aider, me tenir compagnie… Tout vaut le coup si tu es là ! L’enthousiasme rare de Rose fit sourire Clara malgré elle. — Tu exagères. — Pas du tout ! J’ai une chance incroyable de t’avoir. Tu es précieuse. — Bon, calme-toi. Tu n’avais pas des choses à faire ? — D’accord ! Rose raccrocha avec un soulagement évident. Clara se leva pour prendre l’air. Mais son téléphone sonna de nouveau. Un numéro inconnu, un fixe. Elle hésita, pensant à un client, puis décrocha. — Bonjour, Clara à l’appareil. — Je suis la dame que tu as croisée sous le gardénia. Nolan m’a dit que tu voulais me rencontrer. Le doute disparut aussitôt. — Oui, j’avais promis de vous appeler, mais j’ai tardé. Je suis désolée. — Ce n’est rien. L’important est que tu prennes soin de toi. Si tu es libre, viens. Je demanderai à Nolan de venir te chercher. Clara jeta un coup d’œil au ciel et répondit en souriant : — Très bien. Mme Halden raccrocha, se frotta les mains et se tourna vers Hélène. — Va chercher le jeune maître. Dis-lui de revenir dîner. — Bien sûr, madame, répondit Hélène en riant et s’éloignant. Clara décida de se changer par simple politesse. Après plusieurs jours à l’hôpital, elle réalisa qu’elle n’avait pas pris de vraie douche depuis longtemps et grimaca. Alors qu’elle hésitait encore, on frappa à la porte. — Madame Sorel, Mme Halden m’envoie vous chercher, annonça Nolan. — Très bien, j’arrive. Elle suivit Nolan, qui la guida par le même chemin qu’à leur première rencontre avec Mme Halden. En chemin, une petite porte dans la clôture attira son attention. Nolan l’ouvrit et la laissa passer devant. Elle découvrit un vaste jardin séparé de l’hôpital par une simple barrière. Des arbres majestueux, des arbustes parfaitement taillés et des massifs fleuris formaient un décor impeccable. Même sans connaissances en jardinage, Clara devina qu’un paysagiste expérimenté avait conçu cet endroit. La résidence, discrète mais raffinée, se révélait au milieu du cadre. — C’est ici que vit Mme Halden ? demanda-t-elle. — Oui, répondit Nolan simplement. Clara jeta un coup d’œil derrière elle : on voyait encore les façades de l’hôpital. — C’est un passage direct, expliqua Nolan. Mme Halden se sent parfois seule et aime passer voir les malades du parc. Ils suivirent le chemin jusqu’à la maison. — Madame, Mademoiselle Clara est arrivée, annonça Nolan. — Qu’elle entre ! Clara se hâta. Mme Halden lui saisit la main : rugueuse mais chaude, un contact qui fit tressaillir Clara. Elles traversèrent le salon spacieux, où quelques domestiques travaillaient silencieusement. La grandeur de la maison contrastait avec le calme intime qui y régnait, et Clara en fut troublée. — Excusez mon retard, dit-elle, gênée. — Ne t’inquiète pas. Savoir que tu viens me voir me met en joie pour plusieurs jours, répondit la vieille dame. Mme Halden la fit asseoir sur le canapé, tenant toujours sa main. Clara, émue par cette bienveillance, sentit presque le souffle lui manquer. Jamais personne ne l’avait traitée ainsi. Pendant des années, seuls les regards de mépris lui avaient été réservés, rappel de son nom : Sorel. — Pourquoi étais-tu à l’hôpital ? demanda Mme Halden. Clara fronça légèrement les sourcils. — Ce n’est rien, juste un petit accident. — Ma chérie, tu ne me dis pas tout, n’est-ce pas ? Les cils de Clara tremblèrent. La douleur monta, glaciale. Elle détourna la tête, fixant la fenêtre, la voix basse et pleine d’amertume : — Même si je parlais, personne ne me croirait. Alors à quoi bon ? — Tu te trompes, dit doucement Mme Halden. Tu vis trop enfermée dans ton cercle. Tu fréquentes toujours les mêmes gens, les mêmes regards. Tu dois t’arracher à cet environnement. Pourquoi rester dans un endroit étouffant et malveillant ? Les yeux de Clara s’illuminèrent un instant. Elle sembla saisir quelque chose d’essentiel, un simple indice suffisant pour comprendre. — C’est facile à dire, ma petite, mais ce n’est pas sans obstacles. Une fois décidée, il faut juste être patiente. Clara hocha la tête, pensive. Elles échangèrent encore quelques phrases, jusqu’à ce qu’Alyssa montre des signes de fatigue. Clara voulut se lever discrètement, mais la vieille dame l’arrêta d’un geste. — Ne pars pas encore, reste dîner avec moi avant de rentrer. — Eh… je… hésita Clara. — Allons, tu pourrais refuser une invitation de ta grand-mère ? insista Alyssa. Le regard brillant d’attente d’Alyssa ne laissait aucune échappatoire. Clara ne pouvait pas dire non. — Mais tu sembles fatiguée, fit remarquer Clara. — Et toi aussi. Pourquoi ne pas te reposer un peu ? proposa Alyssa en souriant. — Ce ne serait pas très convenable… tenta Clara. Alyssa ne la laissa pas finir et s’adressa à la domestique : — Hélène, conduis Mlle Sorel dans la chambre au bout de l’étage. Qu’elle puisse se reposer.
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