Chapitre 8

1173 Mots
Clara resta immobile, figée. Hélène aussi. La chambre au bout du couloir… c’était celle de Dorian, non ? Était-ce une erreur ? La sensation était presque violente, comme si on la poussait directement dans son lit. Non. Alyssa savait parfaitement ce qu’elle faisait. Elle la dirigeait volontairement là. Mais Dorian ne laissait jamais personne franchir ce seuil. Jamais. Si jamais il arrivait et la trouvait… elle serait expulsée sans ménagement. Rien que cette pensée lui fit frissonner. Hélène ouvrit la bouche pour rappeler cela à Alyssa, mais la fermeté du regard de la vieille dame la fit se taire. Elle tenta autre chose : — Souhaitez-vous que Mlle Sorel prenne un bain avant de se coucher ? Je peux préparer l’eau. Si elle devait vraiment dormir ici, autant être propre… Alyssa sourit, enchantée par la proposition. — Parfait ! Préparez-lui un bain immédiatement. Clara se sentit dépassée, mais face à l’insistance chaleureuse d’Alyssa Halden, elle ne pouvait refuser. Et au fond, un bain chaud lui ferait le plus grand bien. On la guida vers la salle de bain. Les domestiques venaient de terminer les préparatifs et quittèrent la pièce en silence, Hélène refermant doucement la porte derrière eux. Clara observa la chambre. Noir et blanc dominaient l’espace. Un grand lit double trônait au centre, les meubles et décorations affichaient des tons sobres, gris et ivoire. Un tapis noir recouvrait le sol sous le lit. Tout respirait la simplicité, la propreté et une élégance maîtrisée. Elle avança jusqu’à la salle de bain attenante, retira ses pantoufles et entra pieds nus. La maison ne l’impressionnait plus, mais la grande baignoire immaculée fit naître en elle un désir immédiat de s’y glisser. Elle se laissa tomber dans l’eau chaude, entièrement nue. Instantanément, la fatigue accumulée sembla disparaître. L’eau coulait sur sa peau comme une caresse, réchauffant lentement son sang glacé. Elle soupira de soulagement, s’adossa au rebord et ferma les yeux, enfin apaisée. Une vague de panique la surprit soudain, comme si elle se noyait. Clara ouvrit les yeux, glacée. Elle s’était endormie sans s’en rendre compte, son corps ayant glissé jusqu’à ce que l’eau effleure son nez. Elle se redressa brusquement, éclaboussant autour d’elle, les doigts crispés sur le rebord, respirant à grandes goulées. L’eau était encore chaude ; elle n’avait dormi que quelques instants. Mais la peur d’un accident la poussa à se lever, se rincer à la douche, puis enfiler un peignoir blanc que la femme de chambre avait préparé. Le vêtement ample flottait sur elle, laissant le haut de sa poitrine à peine couvert. Sans réfléchir, elle saisit un sèche-cheveux sur le meuble. Ses cheveux, négligés depuis quelques temps, gardaient leur teinte sombre naturelle. Trop longtemps attachés, ils s’étaient bouclés, quelques mèches tombant en désordre sur ses épaules fines, comme des algues. Son visage encore rougi par la chaleur du bain contrastait avec la pâleur de son cou. Entre la noirceur de ses cheveux, l’éclat du peignoir et la blancheur de sa peau, une sensualité involontaire émanait d’elle. Pourtant, Clara resta indifférente. Elle enfila ses pantoufles, sortit tranquillement et se dirigea vers le lit. En soulevant la couette, elle s’allongea. L’odeur fraîche des draps l’enveloppa immédiatement. Rien ne valait le plaisir de s’endormir après un bain. Il faisait encore jour. En bas, les domestiques s’activaient déjà pour le dîner, plus nerveux que d’habitude. L’après-midi, la porte de la villa s’ouvrit, rompant le calme. Le bruit attira l’attention de tous. Hélène se précipita pour accueillir l’arrivée. Un homme élégant entra, en costume sombre parfaitement ajusté. — Monsieur Dorian, vous rentrez plus tôt que d’habitude ? dit-elle, surprise, un léger sourire aux lèvres. Elle se doutait que la présence de Clara n’était pas étrangère à ce retour anticipé. — Hm, répondit Dorian froidement. Il ôta ses chaussures mais garda sa veste, pénétrant directement dans le salon. Sa simple présence fit circuler un souffle glacial, accentuant la chaleur discrète du sourire d’Hélène. Le salon était vide. Son regard balaie la pièce avant de se poser à nouveau sur la servante. — Mademoiselle Alyssa a invité Clara à dîner, expliqua-t-elle doucement. Elles se sont assoupies après le repas. — Elle dort ici aussi ? demanda-t-il calmement. — Oui. Elle n’a pas pu résister à l’insistance d’Alyssa, répondit Hélène, sourire teinté de résignation. Dorian comprit immédiatement : sa grand-mère avait encore trouvé un moyen de retenir la jeune femme. — Le dîner n’est pas prêt, poursuivit Hélène. Peut-être devriez-vous vous reposer un peu, jeune maître ? Après vos journées à l’entreprise et ce retour à la campagne, vous devez être fatigué. — Tout va bien, répondit-il en déboutonnant lentement sa veste. Il s’immobilisa un instant, observant Hélène, toujours souriante. — Tu devrais te reposer, dit-elle doucement. Sinon, Alyssa s’inquiétera. Il consulta sa montre : encore un peu de temps avant le repas. — D’accord. Il hocha la tête et monta l’escalier. Hélène le suivit du regard, sourit à sa disparition, puis se dirigea vers la chambre d’Alyssa. Dorian, cravate défait, ouvrit la porte de sa chambre. Il n’aimait pas que l’on touche à son espace. Même rarement présent ici, il sentit immédiatement une différence. Sa main s’arrêta sur la poignée, son regard accrocha le lit. Ses yeux sombres se glacèrent, fixant la silhouette allongée. Ses pas, amortis par le tapis, furent lents, précis, comme une intrusion dans son domaine. Son visage impassible traduisait sa tension et son refus. Pourtant, en approchant du lit, son regard se fit plus doux. La femme endormie respirait paisiblement. Ses longs cils, son visage nu, ses lèvres délicates : tout en elle captait malgré lui son attention. Son œil descendit. Le peignoir était trop grand, tombé sur son épaule, laissant apparaître la blancheur de sa peau et la finesse de sa clavicule qui se soulevait à chaque souffle. Dorian sentit son propre souffle s’accélérer. Surprise et attraction le traversèrent. Jamais il n’aurait cru cela possible, pourtant il se sentait désarmé. Il retira sa veste, la jeta sur le canapé, déboutonna sa chemise, sans la quitter des yeux. Il resta là, observant Clara dormir, impassible en apparence, mais touché par une tendresse inattendue. Pourquoi résister ? Elle finirait par être sienne de toute façon. Il s’assit au bord du lit, inclina la tête et effleura du bout des doigts ses mèches sur les tempes. Dans son sommeil, Clara perçut un parfum singulier : pur, comme du linge frais, traversé d’une note raffinée qui éveilla ses sens. Ses sourcils se froncèrent, habitude de parfumeuse. Une senteur d’encens, peut-être. Le trouble s’évanouit. Ses traits se détendirent. Elle se blottit contre l’oreiller, cheveux glissant dans le peignoir. Ce mouvement innocent fit naître un sourire sur Dorian, suivi d’un rire discret résonnant dans le silence. Cette proximité, l’odeur et le rire masculin réveillèrent Clara. Ses paupières s’ouvrirent brusquement. Une main était tendue vers elle, chaude contre sa joue. Elle inspira, pencha légèrement la tête, et croisa ses yeux. Un mélange de réserve et de vigilance y brillait. Dorian retira sa main, impassible. — Tu es réveillée ? — Toi… Pourquoi es-tu là ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
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