VI LE LION PEINTRE. Ce n’est pas que le lion ne sache peindre aussi, Mais jamais le bourgeois ne goûta sa peinture : « C’est mal léché, dit-il ; c’est trop cru, trop nature, Et par d’autres côtés encore peu réussi. Le lion tombe souvent dans le tort que voici : Il peint un lion bonhomme, en tranquille posture, Point du tout furieux, d’ordinaire stature : Et pourtant à le voir vous demeurez transi. Quoi de plus faux qu’un lion bonhomme ? Et de moins juste Qu’un petit lion qui fait transir l’homme robuste, Si bien que la main tremble en fouillant au carquois ?… Le vrai peintre du bon, voyez-vous, c’est le singe ! Il le fait gros, terrible… Et sans mouiller son linge, On peut le contempler. » Ainsi dit le bourgeois.


