Les jours passaient, rythmés par les petites victoires et les doutes persistants. Léa et Dylan avaient appris à naviguer dans ce nouvel équilibre, entre l’incertitude de l’avenir et la certitude qu’ils voulaient vivre pleinement chaque instant. Malgré les moments de doute, un nouveau souffle semblait régner dans leur relation. Ils s’étaient trouvés dans la tempête, et ensemble, ils avaient construit un abri, aussi fragile qu’il pût être.
Cependant, même cet abri ne pouvait les protéger des réalités extérieures, des épreuves qui s’accumulaient lentement, mais sûrement. Le passé de Léa, même si elle avait trouvé le courage de le partager, n’était pas un fardeau qu’elle pouvait effacer d’un simple aveu. Le chemin qu’elle avait parcouru, les batailles qu’elle avait menées seule, demeuraient des cicatrices visibles dans son cœur et dans son esprit.
Un soir, alors que le ciel était d’un bleu profond, Léa se trouvait dans la cuisine, à préparer un dîner simple mais savoureux. Dylan était là, comme toujours, près d’elle. Ils s’étaient fait une promesse : ne jamais laisser le silence s’installer trop longtemps entre eux. Même quand ils étaient fatigués, même quand la peur d’un avenir incertain les paralysait. Ils parlaient, ils se soutenaient, et ils riaient autant qu’ils pouvaient.
"Je pense que c’est presque prêt", dit-elle en souriant, une lueur de satisfaction dans les yeux.
"Je suis sûr que ça va être délicieux", répondit Dylan, observant le mouvement fluide de ses mains, son calme apparent.
Léa posa les ustensiles et se tourna vers lui, la sérénité sur son visage cachant une légère inquiétude. "Dylan, je sais que ça fait un moment que l’on vit dans cette bulle de tranquillité, mais…"
Il la regarda, interrompant doucement ses pensées. "Tu veux dire, la réalité extérieure ?"
Elle acquiesça. "Oui. J’ai l’impression qu’on vit dans un monde à part, mais je sais que le monde autour de nous ne nous attendra pas indéfiniment. La question est : qu’est-ce qu’on va faire de tout ça ?"
Dylan se leva, se dirigeant vers elle, et posa une main légère sur son épaule. "On va continuer à vivre, Léa. Mais on va vivre pour nous, pas pour les attentes des autres."
Elle soupira, légèrement tendue. "Je veux y croire, Dylan. Mais tout ça, ces mois passés ensemble, ce n’est pas suffisant pour faire disparaître tout ce que j’ai caché. Ce n’est pas suffisant pour ignorer ce que la vie me réserve. L'incertitude… elle est toujours là, juste sous la surface."
Il la prit doucement par la main. "On a tout le temps devant nous pour le découvrir. Peut-être qu’on ne trouvera pas de réponses simples, mais on les trouvera ensemble."
Les mots de Dylan étaient pleins de conviction, mais Léa savait au fond d’elle que le plus grand défi restait à venir. L’inévitable confrontation avec la réalité. La maladie, la peur de l’échec, et peut-être, même, le rejet. Elle s’était convaincue, tout au long de ces mois, qu’elle pouvait protéger Dylan de la souffrance, qu’elle pourrait tout gérer, tout garder sous contrôle. Mais à présent, elle se rendait compte que le contrôle, ce n’était pas ce qui allait les sauver. C’était la vérité, brutale, mais nécessaire.
Ce soir-là, après le dîner, alors qu’ils étaient assis sur le canapé, Léa se tourna vers Dylan, son regard sérieux. "Tu sais, il y a des choses que je n’ai pas encore partagées avec toi. Et je crois que, pour nous, il est temps de tout mettre sur la table."
Dylan la regarda, son cœur battant un peu plus vite. "Tu peux tout me dire, Léa. Tu le sais, non ?"
Elle prit une profonde inspiration, les mots se bousculant dans sa tête. "Je suis en train de perdre ma bataille contre la maladie, Dylan. C’est une question de temps. Pas de mois, peut-être plus… mais il viendra un moment où tout va s’effondrer. Je suis malade, et même avec tous les traitements, je ne vais pas guérir."
Dylan serra ses mains autour des siennes, une douleur sourde envahissant son cœur à mesure que ses paroles se perçaient. Il avait toujours su, quelque part au fond de lui, que le temps qu’ils avaient serait limité. Mais l’entendre de sa bouche… cela sonnait différemment. C’était réel. Et il se sentait impuissant face à cette vérité.
"Je savais que tu me protégeais de cette réalité", murmura-t-il. "Mais ça ne change rien à ce que je ressens pour toi. Je ne vais pas partir, Léa. Je ne vais pas te laisser."
Elle baissa les yeux, une larme silencieuse roulant sur sa joue. "Je veux tellement croire que ça va s’arranger. Mais je ne veux pas que tu sois là, à mes côtés, par pitié. Je ne veux pas que tu me voies comme une malade, comme quelqu’un qui a besoin d’être sauvé. Je veux que tu sois avec moi parce que tu m’aimes, pas parce que tu penses que tu dois me sauver."
Dylan l’attira doucement vers lui, l’enveloppant de ses bras, la berçant comme une fragile promesse. "Léa, je ne suis pas là pour te sauver. Je suis là parce que je t’aime, telle que tu es. Et si la maladie fait partie de ton histoire, alors elle fait aussi partie de la mienne. Ensemble, on affrontera ce qui vient, peu importe ce que c’est."
Le silence s’installa entre eux, mais ce n’était pas un silence lourd, ni un silence de résignation. C’était un silence de compréhension, de réconfort, une promesse silencieuse qu’ils n’étaient pas seuls.
Le lendemain, Léa se leva tôt. Le soleil filtrait à peine à travers les rideaux, mais déjà, elle sentait cette énergie nouvelle grandir en elle. Dylan avait raison. La vérité, aussi dure qu’elle fût, n’était pas une fin en soi. C’était juste une étape. Peut-être que la bataille qu’elle menait ne serait pas gagnée, mais elle ne lutterait pas seule. Elle avait trouvé quelqu’un qui l’aimait, avec ou sans la maladie, et cela changeait tout.
Elle se tourna vers Dylan, endormi à ses côtés, un sourire paisible sur les lèvres. "On va y arriver", se dit-elle à voix basse, "ensemble."
Et, pour la première fois depuis longtemps, elle se sentit prête à affronter l’avenir. Peu importe ce qu’il leur réservait.