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1734 Mots
Le soleil perçait à travers les rideaux de la suite de l’Hôtel Carlton, projetant des rayons pâles sur le lit où Lydie était étendue. Un mal de tête lancinant pulsait à ses tempes, comme si son crâne avait été martelé toute la nuit. Elle ouvrit les yeux, grimaçant sous la lumière, et tenta de rassembler ses pensées. Son corps était lourd, ses muscles endoloris, et une vague nauséeuse remontait dans sa gorge. Où était-elle ? Les draps soyeux, l’odeur de propre mêlée de champagne, le murmure distant de la ville – tout cela lui était étranger. Elle se redressa lentement, repoussant une mèche de cheveux collée à sa joue. La chambre était magnifique, avec ses meubles élégants et sa vue sur les toits de Lille, mais elle n’avait aucun souvenir précis d’y être entrée. Des flashes lui revenaient : la musique assourdissante du New Club, les rires de Clara, le regard intense d’un homme… Luc. Son cœur se serra. Avait-elle vraiment suivi un inconnu ici ? Lydie balaya la pièce du regard, cherchant des indices. Son blouson en cuir gisait sur une chaise, sa robe noire froissée au pied du lit. Elle portait un t-shirt trop grand – celui de Luc, peut-être ? – et rien d’autre. Une vague de panique monta en elle. Où était-il ? Elle tendit l’oreille, espérant entendre un bruit dans la salle de bain, mais le silence était total. C’est alors qu’elle le vit : sur la table de chevet, une liasse de billets. Des euros, soigneusement empilés, à côté d’un verre de champagne vide. Elle fronça les sourcils, son estomac se nouant. Elle s’approcha, les jambes tremblantes, et compta rapidement. Deux cents euros. Une note griffonnée à la hâte accompagnait l’argent : “Merci pour la nuit.” Lydie sentit son souffle se couper. Merci pour la nuit ? Son esprit s’emballa, cherchant à combler les trous de sa mémoire. Elle se souvenait de danser avec Luc, de son sourire, de leurs baisers dans l’ascenseur, puis… plus rien. Avait-elle fait quelque chose de honteux ? Pourquoi cet argent ? Une pensée atroce la frappa : l’avait-il prise pour une prostituée ? « Non, non, non, » murmura-t-elle, secouant la tête comme pour chasser l’idée. Elle attrapa son téléphone sur le lit, ses doigts tremblants déverrouillant l’écran. Il était 9h30. Elle avait trois messages de Clara et un de Sophie. Elle ouvrit celui de Clara en premier : “Lydie, t’es où ? T’as disparu avec le beau gosse ! Envoie un signe de vie, stp ! ” Le suivant, envoyé à 3h du matin : “OK, t’es probablement en train de t’éclater, mais sérieux, dis-moi que t’es OK !” Et le dernier, à 8h : “Lydie, réponds, je flippe là !” Le message de Sophie était plus sobre : “T’es en sécurité ? Appelle-moi dès que tu peux.” Lydie sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle tapa un message rapide à Clara : “Je suis à l’Hôtel Carlton. Je vais bien, mais… viens, s’il te plaît. J’ai besoin de vous.” Elle envoya un message similaire à Sophie, puis posa le téléphone, ses mains tremblant toujours. Elle se leva, ramassant sa robe et ses chaussures. Elle se changea rapidement, évitant de regarder son reflet dans le miroir de la salle de bain. Chaque mouvement amplifiait sa nausée, et la honte la rongeait. Comment avait-elle pu être aussi imprudente ? Elle attrapa la liasse de billets, hésitant à la laisser là, mais finit par la glisser dans son sac. Elle ne savait pas pourquoi – peut-être pour comprendre, plus tard. Un coup discret à la porte la fit sursauter. « Service d’étage, » annonça une voix féminine. Lydie ouvrit, révélant une employée d’une trentaine d’années, poussant un chariot avec du café et des croissants. « Bonjour, madame. Le petit-déjeuner est inclus avec la suite. Où dois-je le poser ? » Lydie, déstabilisée, désigna la table près de la fenêtre. « Là, merci. » L’employée s’exécuta, jetant un coup d’œil curieux à Lydie. « Tout va bien, madame ? Vous semblez… un peu pâle. » Lydie força un sourire. « Juste une longue nuit. Ça va, merci. » L’employée hocha la tête, mais son regard s’attarda sur le verre de champagne vide et le lit défait. « Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez la réception. Bonne journée ! » « Merci, » murmura Lydie, refermant la porte. Elle s’effondra sur une chaise, fixant le plateau de petit-déjeuner. L’odeur du café lui donna un haut-le-cœur, mais elle se força à boire une gorgée, espérant que ça calmerait son mal de tête. Son téléphone vibra. Clara. “On arrive dans 10 min, Sophie est avec moi. T’es sûre que ça va ?” Lydie répondit : “Pas vraiment. Je vous explique sur place.” Elle attendit, les minutes s’étirant comme des heures. Enfin, un coup à la porte la tira de ses pensées. Elle ouvrit, et Clara se précipita à l’intérieur, suivie de Sophie. Clara, toujours en tenue de la veille mais avec un chignon désordonné, la serra dans ses bras. « Lydie ! T’es vivante ! OK, raconte tout ! » Sophie, plus réservée, posa une main sur l’épaule de Lydie, ses lunettes glissant sur son nez. « T’es sûre que t’es OK ? T’as une tête de déterrée. » Lydie éclata d’un rire nerveux, les larmes affleurant. « Merci, Sophie, super rassurant. » Elle les fit entrer, s’asseyant sur le bord du lit. « Je… je sais pas par où commencer. » Clara s’installa sur une chaise, croisant les bras. « Commence par le mec. Luc, c’est ça ? Il est où ? » Lydie déglutit, son regard fuyant. « Parti. Je me suis réveillée seule. Et… » Elle ouvrit son sac et en sortit la liasse de billets, la posant sur la table. « Il a laissé ça. Avec un mot. » Sophie fronça les sourcils, prenant la note pour la lire. « Merci pour la nuit ? Sérieux ? » Elle releva les yeux, choquée. « Lydie, qu’est-ce qui s’est passé ? » Lydie secoua la tête, les joues brûlantes. « Je me souviens pas de tout. On a dansé, on a bu, on est venus ici… et après, c’est flou. Je crois qu’on a… » Elle s’interrompit, incapable de dire le mot. « Mais pourquoi il a laissé de l’argent ? Il pense que je suis… quoi, une prostituée ? » Clara écarquilla les yeux, puis éclata de rire, avant de se reprendre face au regard blessé de Lydie. « Oh, ma puce, attends, je rigole pas de toi. C’est juste… absurde ! Ce mec est un crétin. T’es pas une prostituée, t’es Lydie, la fille la plus cool de Lille ! » Sophie, plus sérieuse, posa la note et prit la main de Lydie. « OK, respire. On va comprendre. Tu te souviens de quelque chose de précis ? Ce qu’il a dit, ce qu’il a fait ? » Lydie ferma les yeux, fouillant sa mémoire. « Il était… gentil. Charmeur. Il a payé le taxi, la chambre, tout. Il parlait pas beaucoup de lui. Juste qu’il était à Lille pour le boulot. » Elle rouvrit les yeux, frustrée. « Mais je me souviens pas de la fin. Juste qu’on était… proches. » Clara tapa du poing sur la table, faisant sursauter le plateau de petit-déjeuner. « Ce mec est un idiot. Laisser de l’argent comme ça, sans un mot ? Il mérite une claque. » « Ou une explication, » ajouta Sophie, plus mesurée. « Lydie, tu veux qu’on essaie de le retrouver ? Il a peut-être laissé un numéro à la réception. » Lydie secoua la tête, l’idée la terrifiant autant qu’elle la tentait. « Non. Pas maintenant. Je veux juste… rentrer. Oublier. » Sophie échangea un regard avec Clara, qui soupira. « OK, ma belle. Mais on va pas te laisser seule. On rentre ensemble, et on commande des pizzas. Deal ? » Lydie esquissa un sourire faible. « Deal. » Elles rassemblèrent ses affaires, et Lydie insista pour régler la chambre, même si Luc l’avait probablement déjà fait. À la réception, un jeune employé, différent de celui de la veille, les accueillit. « Bonjour, mesdames. Vous quittez la suite ? » « Oui, » répondit Lydie, tendant la clé magnétique. « C’est déjà payé, non ? » L’employé vérifia sur son ordinateur. « Effectivement, réglé par un certain M. Moreau. Tout est en ordre. Vous avez apprécié votre séjour ? » Lydie sentit son cœur manquer un battement. Moreau. C’était la première fois qu’elle entendait son nom de famille. « Oui, merci, » murmura-t-elle, pressée de partir. Dehors, l’air frais d’avril la ramena à la réalité. La Grand’Place bourdonnait de passants, et un café à l’angle servait des petits-déjeuners en terrasse. Clara, toujours pleine d’énergie, proposa de s’arrêter. « On a besoin de café. Et toi, Lydie, t’as besoin de calories. » Elles s’installèrent à une table, et un serveur jovial, la trentaine, s’approcha. « Bonjour, mesdemoiselles ! Alors, on récupère d’une grosse soirée ? » dit-il, un clin d’œil à l’appui. Clara rit, jouant le jeu. « Oh, t’as pas idée. Trois cafés, des croissants, et… t’as des pancakes ? » « Pour vous, je peux faire des miracles, » répondit le serveur, notant la commande. « Et toi, la miss au blouson en cuir, t’as l’air d’avoir une histoire à raconter. » Lydie força un sourire, gênée. « Pas vraiment. Juste besoin de café. » Il hocha la tête, amusé, et s’éloigna. Sophie se pencha vers Lydie. « Tu veux en parler maintenant, ou plus tard ? » « Plus tard, » murmura Lydie, fixant la table. « Je veux juste… comprendre. Mais pas tout de suite. » Clara posa une main sur la sienne. « On est là, OK ? Peu importe ce qui s’est passé, t’as rien fait de mal. C’est lui qui a merdé. » Lydie hocha la tête, reconnaissante mais toujours submergée par la honte. Le serveur revint avec leurs cafés, et elles burent en silence, observant la vie de la Grand’Place. Lydie savait qu’elle ne pouvait pas effacer cette nuit, mais pour l’instant, elle voulait seulement rentrer, se doucher, et prétendre que tout irait bien. Ce qu’elle ignorait, c’était que cette nuit avait déjà planté une graine, une conséquence qui changerait tout.
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