Le silence dans l’entrepôt était lourd.
Le dossier posé sur la table semblait peser une tonne.
Éliane le regardait sans bouger.
Ses mains tremblaient légèrement.
Valéria, elle, restait parfaitement calme.
— « Ouvre-le », dit-elle doucement.
Adrian murmura :
— « Éliane… tu n’es pas obligée. »
Mais Éliane ouvrit le dossier.
Lentement.
À l’intérieur, plusieurs documents anciens.
Des photos.
Des certificats.
Des lettres écrites à la main.
Son regard s’arrêta sur une photo jaunie.
Un homme jeune y apparaissait.
Grand.
Le regard intense.
Étrangement familier.
Éliane fronça les sourcils.
— « Qui est cet homme ? »
Valéria répondit immédiatement.
— « Ton père. »
Le monde sembla s’arrêter.
Éliane releva les yeux.
— « Mon père est mort. »
Valéria secoua la tête.
— « Non. »
Adrian se raidit.
Alexandre observait la scène avec attention.
— « Ton père n’est pas mort », continua Valéria.
— « Il a disparu. »
Éliane sentit un frisson parcourir son corps.
— « Pourquoi ? »
Valéria s’approcha lentement.
— « Parce qu’il appartenait à la mauvaise famille. »
Adrian murmura :
— « Les Delacroix… »
Valéria hocha la tête.
— « Oui. »
Éliane regarda Adrian.
Puis Alexandre.
Puis la photo.
Tout devenait confus.
— « Attendez… »
Sa voix tremblait.
— « Vous voulez dire que… »
Valéria termina sa phrase :
— « Ton père est un Delacroix. »
Le silence devint total.
Alexandre murmura :
— « Incroyable… »
Adrian passa une main sur son visage.
Éliane recula.
— « Donc… »
Elle regarda Adrian.
— « Nous sommes… de la même famille ? »
Adrian répondit doucement :
— « Oui. »
Mais Valéria ajouta :
— « Pas seulement. »
Tout le monde se tourna vers elle.
Elle croisa les bras.
— « Ton père était l’héritier légitime des Delacroix. »
Alexandre fronça les sourcils.
— « Impossible. »
Valéria sourit.
— « Oh si. »
Elle regarda Éliane droit dans les yeux.
— « Ce qui fait de toi… »
Elle marqua une pause.
Puis dit :
— « L’héritière de deux empires. »
Le silence explosa presque.
Éliane n’arrivait plus à respirer correctement.
— « Deux ? »
Valéria continua calmement :
— « L’empire de ta grand-mère… »
Elle posa une main sur le dossier.
— « Et celui des Delacroix. »
Alexandre éclata de rire.
— « Donc toute cette guerre… »
Il regarda Éliane.
— « Était pour toi. »
Adrian fixa le sol.
Lucien n’était toujours pas là.
Mais soudain—
Un bruit de pas résonna derrière eux.
Tout le monde se retourna.
Une silhouette apparut dans l’entrée.
Blessée.
Mais vivante.
Lucien.
Éliane murmura :
— « Lucien… »
Mais quelque chose avait changé dans son regard.
Il s’avança lentement.
Puis dit calmement :
— « Vous êtes tous en train de regarder la mauvaise histoire. »
Alexandre fronça les sourcils.
— « Qu’est-ce que tu racontes ? »
Lucien regarda Éliane.
Ses yeux étaient graves.
Très graves.
Puis il dit :
— « Parce que ton père… est vivant. »
Le silence fut total.
Éliane sentit son cœur s’arrêter.
— « Quoi ? »
Lucien continua :
— « Et il arrive. »
La tension monta brusquement.
Parce qu’une seule question restait dans l’air :
Qui était vraiment le père d’Éliane… et pourquoi revenait-il maintenant ?
Le silence dans l’entrepôt était devenu presque étouffant.
Les mots de Lucien flottaient encore dans l’air :
« Ton père… est vivant. »
Éliane resta figée.
Son cœur battait si fort qu’elle pouvait l’entendre dans ses oreilles.
— « C’est impossible… »
Sa voix était presque un murmure.
Lucien s’approcha lentement.
Son visage portait les marques de la nuit : fatigue, blessures… mais surtout une étrange détermination.
— « Je ne mentirais pas sur ça. »
Alexandre croisa les bras.
— « Alors explique-nous. »
Lucien regarda chacun d’eux.
Puis il fixa Éliane.
— « Ton père ne s’est pas caché. »
— « Il a été caché. »
Adrian fronça les sourcils.
— « Par qui ? »
Lucien répondit simplement :
— « Par elle. »
Tous les regards se tournèrent vers Valéria.
Elle resta calme.
Presque trop calme.
Éliane sentit la colère monter.
— « C’est vrai ? »
Valéria soupira légèrement.
— « Oui. »
Le choc fut immédiat.
Alexandre lâcha un rire incrédule.
— « Incroyable… »
Adrian murmura :
— « Pourquoi ? »
Valéria regarda Éliane.
Son regard n’était plus froid.
Il était… presque protecteur.
— « Parce que ton père était en danger. »
Éliane serra les poings.
— « En danger de qui ? »
Valéria répondit doucement :
— « Des familles qui voulaient le tuer pour prendre le pouvoir. »
Alexandre secoua la tête.
— « Et tu veux qu’on croit que tu l’as sauvé ? »
Valéria le regarda avec mépris.
— « Je l’ai fait disparaître. »
Lucien ajouta :
— « Et elle a effacé son existence de presque tous les registres. »
Éliane sentit ses jambes faiblir.
— « Où est-il maintenant ? »
Valéria hésita une seconde.
Puis elle dit :
— « Pas loin. »
Soudain—
Des phares éclairèrent l’entrée de l’entrepôt.
Une voiture noire venait d’arriver.
Le moteur s’éteignit.
Personne ne bougea.
La portière s’ouvrit lentement.
Un homme descendit.
Grand.
Élégant.
Le temps sembla s’arrêter.
Éliane le fixa.
Son cœur se serra immédiatement.
Parce qu’elle reconnaissait ce regard.
Le même regard que dans la photo.
L’homme s’avança doucement.
Ses yeux ne quittaient pas Éliane.
Puis il murmura :
— « Éliane… »
Sa voix était grave.
Calme.
Mais chargée d’émotion.
Éliane sentit les larmes monter.
— « Vous êtes… »
L’homme s’arrêta à quelques mètres d’elle.
Puis il répondit :
— « Ton père. »
Le monde sembla basculer.
Alexandre murmura :
— « Eh bien… la partie devient intéressante. »
Adrian restait silencieux.
Lucien observait tout.
Mais l’homme continua :
— « J’aurais voulu te rencontrer autrement. »
Éliane tremblait.
— « Pourquoi maintenant ? »
L’homme regarda les autres.
Puis il dit les mots qui changèrent encore tout :
— « Parce que ton mariage approche… »
Le silence tomba brutalement.
Éliane fronça les sourcils.
— « Quel mariage ? »
Valéria sourit légèrement.
Alexandre la regarda.
Puis il dit calmement :
— « Le tien. »
Le choc fut immédiat.
Éliane recula.
— « Quoi ?! »
Alexandre continua tranquillement :
— « Ce mariage est la seule chose capable d’empêcher une guerre entre les familles. »
Adrian serra les mâchoires.
— « Tu ne peux pas faire ça. »
Mais le père d’Éliane ajouta :
— « Elle devra choisir. »
Puis il regarda Éliane droit dans les yeux.
Et dit calmement :
— « Entre Alexandre… et Adrian. »