P.d.v. de Tamsir
Je continuais de fixer la baie vitrée de mon bureau donnant une vue sur la rue, toujours en réflexion.
La porte s'ouvrant sans qu'on aie toqué, j'en conclut aussitôt qu'il s'agit de Chérif car il est le seul à s'octroyer ce privilège et sa voix ne fait que confirmer ce que je viens de dire.
-Bonjour!
-Bonjour! Tu viens d'arriver?
-Oui j'étais chez Malik, Alima a été agressée et on a dû arrêter nos visites pour aller voir comment elle allait.
-Rien de grave j'espère?
M'inquièté-je.
-Non! On lui a juste dérobé son portable et heureusement rien de plus.
-Je vois!
Lui dis-je simplement avant de me retourner enfin vers lui pour lui demander:
-Et comment avancent les travaux?
-Bien! Tu devrais même venir y jeter un coup d'œil.
-J'y manquerais pas.
Lui répondis-je en prenant place alors qu'il fait de même.
-Et...il y a autre chose?
Me demande t-il ayant sûrement remarqué qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
Je m'adosse à ma chaise:
-Rien à part que je suis la pire personne qu'il soit!
Il fronce les sourcils après ma phrase et demande:
-Qu'est ce que tu racontes?
-J'ai été ignoble avec Déguène.
-Je ne comprend pas!
-Elle n'a toujours eu que moi dans sa vie, sans père, ni mère. Elle m'a toujours considéré comme sa famille, elle a certes commis des erreurs dans sa vie, mais nous tous nous en commettons. Elle a pourtant essayé de se racheter, elle a tout donné, ne ménageant aucun effort pour mon bien et celui de mes enfants...mais j'ai tellement été égoïste que je l'ai blessé sans le vouloir ni même le savoir et...aujourd'hui elle veut divorcer et retourner aux États-Unis !
-Quoi ?!
Lâche t-il après mon monologue. Je ne dis rien et me contente de soupirer.
-Et maintenant? Tu comptes faire quoi?
-je ne veux pas qu'elle parte car non seulement les enfants ont besoin de leur mère mais en plus je ne veux pas la laisser seule. Je dois prendre mes responsabilités vis-à-vis d'elle car après tout elle est ma femme et comme je viens de te le dire, elle n'a que moi.
-Alors parles-lui. Je suis sûre que si tu la retiens elle n'ira nul part. Elle t'aime vraiment et ferait n'importe quoi pour toi!
-Je ne veux pas paraitre plus égocentrique que je ne le suis déjà. Je ne peux pas lui demander de rester alors qu'elle veut partir!
-Je peux lui en parler si tu veux!
-Et lui dire quoi?
-laisses moi faire rek!
-Fais-toi plaisir alors!
Lui dis-je avant d'être interrompu par un coup de fil. Je ne peux pas courir le risque de répondre devant lui alors je lui tends les documents sur lesquels nous travaillons actuellement :
-Allez tu peux entamer la réunion. Je vous rejoins après cet appel.
-D'accord!
Me dit-il avant de sortir.
P.d.v. de Cheikh Tidiane Mare (père de Ngoné)
Une fois devant la gigantesque demeure, je m'arrête pour la contempler à nouveau: qu'est ce que le temps passe vite! Dire que je me souviens encore de la dernière fois où j'ai posé les pieds ici et la manière dont j'en suis ressortie. Je souffle, comme pour évacuer tous ces mauvais souvenirs avant de me hisser devant la porte et de sonner.
C'est une jeune dame dont l'image m'a suffi pour savoir qu'il s'agissait bien de leur fille. Elle semblait sortir et m'accueille avec le sourire de sa mère:
-Bonjour!
-Bonjour jeune dame! Comment tu vas?
-Bien et vous?
-Ça va alhamdoulillah! Tu es tout le portrait de ta mère toi! D'ailleurs c'est elle que je suis venu voir.
-Elle est à l'intérieur, entrez je vous prie.
Sourit -elle à nouveau avant de se décaler et de charger à une autre jeune femme en uniforme de me mener à celle que je suis venu voir.
Celle-ci me dirige vers une salle, à la première étage, elle a à peine changée cette pièce ! Dire que je n'y ai pas posé les pieds depuis plus d'une trentaine d'années.
Je la trouve assise sur l'un des fauteuils, à son accoutrement on dirait bien qu'elle ne souffre d'aucune maladie.
Dés qu'elle me voit, elle me reconnu sur le champ et la surprise se lit sur sa face, certe ridée mais toujours aussi belle.
-M...mare!
Réussit-elle à dire.
Surpris d'apprendre qu'elle parle désormais, je la salue d'un signe de la tête, comme à mon vieil habitude et comme toujours elle m'a sourit tout en regardant la place en face d'elle pour que je m'y mette. Les mouvements ne lui sont plus aussi permis qu'au par avant: elle qui était si pleine de vie. Thieuy aduna!
Je secoue la tête en lui lançant un regard triste qu'elle me rend bien avant de m'asseoir.
-Heureux de constater que tu progresses dans ta thérapie.
Lui dis-je. Elle hoche la tête et je reprends:
-Je ne veux pas être long! Et espères que tu sais ce qui m'amène!
Elle fronce les sourcils: signe de sa nervosité, puis elle secoue la tête sûrement pour me demander de ne pas faire ce que j'ai en tête. Nous arrivons toujours à nous comprendre et cette complicité durera sûrement pour toute la vie.
-Certaines secrets ne doivent pas nous suivre jusqu'à la tombe, un enfant,c'est sacré!
-T...temps; laisses...moi...le...temps de le trouver...et de lui...dire!
-De leur dire, à tous les deux! Et si tu tardes à le faire, moi, je prendrai mes responsabilités !
Lui fis-je savoir sèchement. Trèves de secrets, le temps ne nous attend pas, nous ne sommes malheureusement pas éternels, et les mensonges non plus...
P.d.v. de Tamsir
Après avoir assisté à la réunion, je me suis dépêché d'aller à mon rendez-vous.
Comme j'ai tenu à ce que ça se passe dans la plus grande discrétion, je me suis garé à la station où il m'a indiqué avant d'éteindre le moteur et attendre dans la plus grande patience.
Près de dix minutes après, je vois le gars venir vers ma voiture et je lui fais signe de monter.
Il s'installe sur le siège passager avant de me tendre ce que je lui ai demandé.
-Tu es sûr qu'il n'y a plus de code?
Lui demandé-je et il hoche la tête:
-Comme vous m'avez demandé, j'ai attendu que ce soit déverrouillé pour le prendre et j'en ai profité pour enlever tous ce qui peut vous bloquer. Et voici la puce, je vous conseille de faire attention à ne pas être tracé!
-Ce n'est pas ça qui m'inquiète actuellement !
Je lui tends alors l'enveloppe contenant la somme qu'on a convenue et après l'avoir comptée, il me dit, satisfait:
-Si tu as encore besoin de moi tu sais où me trouver!
-Je ne préférerais pas en tout cas!
Il sourit avant de sortir de la voiture.
J'hésite pendant un moment avant d'ouvrir la boite et de tomber sur le portable. J'y remets la puce et le rallume. Le fond d'écran m'a suffi pour savoir qu'il s'agit bien de celui d'Alima.
Sans attendre je vais sur son répertoire mais n'y trouve pas grand chose. Aujourd'hui les gens communiquent plus via les réseaux sociaux alors je vais sur l'application watsap. Je vais voir sur les appels et remarque qu'elle passe régulièrement des appels sur un numéro de l'extérieur et l'indicatif me montre comme je m'y attendais que c'est du Canada. Mais ça ne suffit pas.
Sans réfléchir davantage, je compose le numéro et porte l'appareil à mon oreille.
Je n'ai jamais senti mon cœur battre aussi vite, et dès la quatrième sonnerie, on décroche :
-Oui sœurette!
J'écarquille les yeux sans le faire exprès: serait-ce possible?