P.d.v. de Tamsir
Je reconnaîtrai cette voix entre mille. Je me dépêche de répondre:
-Ngoné? C'est toi?
Elle ne répond pas cette fois.
-Allô?
Insisté-je et elle raccroche.
Non! Non c'est impossible! Elle ne peut pas être capable de faire ça, pas elle!
Sans dire un mot de plus avec la confirmation que je viens d'avoir je démarre à toute vitesse.
Je peine toujours à y croire!
Je me suis toujours dit qu'il y avait quelque chose qui clochait surtout le jour où de mes propres yeux je l'ai vu à cet aéroport. Je ne la confondrait jamais avec qui que ce soit, pas même sa sœur. J'étais certes brouillé mais une partie de moi était certaine qu'il s'agissait bien d'elle.
En plus comme par hasard il s'est avéré qu'Alima allait très souvent à ce même pays: ce ne pouvait être une coïncidence que tout juste après la mort de Ngoné, sa sœur est allé au Canada et que depuis elle s'y rendait très fréquemment.
Les cas de Déguène et Hamza ont suffi pour me faire comprendre qu'elle pouvait bien être toujours en vie, ce que je ne comprend pas par contre c'est pourquoi!
Durant tout le trajet je ne cesse de penser à ce qui pourrait bien être ses motivations. Pourquoi s'être moqué de moi, de nous? Pourquoi avoir abandonné son enfant? Pourquoi s'être joué de nos sentiments, nous qui avons tellement pleuré sa mort et qui comme des idiots nous rendions à sa tombe presque tout les vendredi pour prier pour elle, alors que tout ceci n'était qu'un fichu mensonge.
Une fois arrivé chez Malick, je me suis mis à sonner comme un fou et c'est justement lui qui m'a ouvert.
Je n'ai même pas pris la peine de le saluer tout en tentant de toutes mes forces de garder mon calme.
-Où est Alima?
Lui demandé-je dès que je le vois. Il a l'air confus de constater ma colère:
-Il y a un problème?
-Dis moi juste où elle...
Je n'eu pas à terminer ma question quand je l'aperçois qui sortait de la cuisine. J'ai presque poussé son mari pour marcher vers elle. Je lui montre son portable et c'est avec de gros yeux qu'elle regarde le numéro de Ngoné qui était en plein écran.
-Tu m'explique?
Lui craché-je alors qu'elle semble avoir perdu la langue. Ma patience a des limites.
-N'EST CE PAS À TOI QUE JE PARLE?
Crié-je encore une fois ce qui la fait sursauter.
Son mari dû intervenir de peur que je lui fasse du mal et je sais que j'en serais capable si elle ose me dire autre chose que ce que je veux entendre. Il me demande de plus en plus perdu et son regard se promenant d'Alima à moi.
-Qu'est ce qu'il se passe?
-IL SE PASSE QUE CETTE FEMME ET TOUTE SA FAMILLE NE SONT QUE DES MENTEURS! NGONÉ EST EN VIE? PAS VRAI?
Crié-je sous la stupéfaction de Malik qui garde la bouche entrouverte preuve que lui non plus n'était pas au courant de cette mascarade.
-Quoi? C'est vrai ce qu'il dit Alima?
Finit-il par lui demander alors qu'elle continue à battre des cils comme si elle n'en revenait pas de ce qu'il se passe.
-ALIMA...
Crié-je à nouveau avant qu'elle ne me coupe:
-Oui c'est vrai!
OK! C'est confirmé! J'ai presque envie de rire , même mon cerveau refuse d'analyser la situation.
-Mais je peux tout vous expliquer...
Reprend t-elle mais je ne la laisse même pas continuer.
-oh non! Vos explications vous pouvez vous les garder! Donc si je comprend bien, pendant tout ce temps que nous nous pleurions la mort de ta sœur, elle, elle se la coulait en douce à l'extérieur !
-Non Tamsir ce n'est pas ce que tu crois...
-C'est ce que j'ai vu ! Ce sont les faits mais ne vous en faites pas! Quand tu la rappellera, tu lui diras qu'elle peut rester là où elle est! Qu'elle y crève! Compris?
Lui fis-je savoir avant de lui jeter son portable et de repartir comme j'étais venu. Ha le cauchemar !
J'appelle Hamza aussitôt, j'espère qu'il n'était pas au courant car si tel est le cas, je suis prêt à couper les ponts avec lui, j'irai même jusqu'à oublier nos liens de parentés : s'il y a une chose que je n'arrive pas à supporter, c'est bien la traîtrise et le mensonge. Ils ont joué une fois avec moi, j'espère que cette fois ce sera la dernière.
Je l'attaque dès qu'il décroche :
-Tu étais au courant toi aussi?
-Quoi?
-Etait-ce une autre de vos plans sordides?!
-Mais de quoi est ce que tu parles?
-Je parle du fait que Ngoné est en vie!
-QUOI ? !
A son expression je compris qu'il était tout aussi choqué que moi. Je respire,rassuré de savoir qu'il ne faisait pas parti de ce manège.
-TAMSIR DE QUOI EST-CE QUE TU PARLES?
Reprend t-il et je me dépêche de lui répondre :
-Va demander à ta belle-famille!
Il raccroche aussitôt. Je compris alors qu'il essayer de comprendre ce qu'il se passe.
P.d.v. de Hamza
Le coup de fil de Tamsir m'a trouvé avec Daba et c'est sans prendre ni la peine de digérer la nouvelle, ni celle d'expliquer à mon invité ce qu'il se tramait que je suis sorti de la maison sans attendre une minute de plus.
J'ignore quel chemin j'ai emprunté pour me retrouver chez mes beaux-parents.
Comme toujours, c'est Cheikh le plus jeune de la maison qui vient m'ouvrir et par mon expression il a dû comprendre que quelque chose n'allait pas: il s'est passé des plaisanteries car je l'ai laissé en plant devant la porte pour me diriger à l'intérieur.
Là bas, je trouve sa mère en train de prier calmement et Alima qui gardait un air inquiet, assise à l'attendre. Je la salue brièvement avant de prendre place et de patienter comme elle.
Ces quelques minutes ont duré comme des heures: j'ai l'impression d'être à une délibération où j'attends le résultat à savoir si oui ou non ma femme est bel et bien en vie. Je veux juste avoir une confirmation même si je reste sceptique à l'idée.
Heureusement pour moi, son père, sûrement revenu de la mosquée fait son entrée dans la pièce, l'air pas du tout surpris de me voir.
Je me lève pour le saluer respectueusement et reprendre place en même temps que lui alors que sa femme qui venait de terminer sa prière, restait assise par terre, tout en nous suivant.
-Je suppose que Tamsir t'a parlé.
-Oui! Et je suis ici pour avoir une confirmation.
Répondis-je au père qui venait d'introduire par cette question juste après les salutations.
-Effectivement, ma fille n'est pas morte.
Me dit-il calmement alors que j'ai l'impression que mon cœur allait exploser face à cette révélation. Donc c'est vrai, je peine toujours à y croire! Ma femme est vivante!
Toutefois j'essaye de garder mon calme et de cacher ma joie et aussi ma colère envers eux.
Pourquoi nous avoir menti de la sorte et nous causer un si grand chagrin. Ma vie sans elle n'a été que pire catastrophe, et j'espère que ce cauchemar vient de prendre fin aujourd'hui.Je suis tellement heureux! J'imagine déjà notre petite famille au complet: elle, moi et ma petite Malado! Ça c'était inespéré, je me sens déjà comblé.
-Elle va bien?
Leur demandé-je d'une voix légèrement tremblante, soudainement empli de peur, peur qu'elle soit malade vu les circonstances dans lesquelles je l'ai vu pour la dernière fois.
-Aussi bien que toi et moi! Elle mène une vie tranquille là où elle est, macha'Allah.
Me répond-il. Là, c'est comme si je ressentais une once de jalousie, et l'incompréhension me ronge davantage. Pourquoi son père a l'air aussi calme et que veut-il dire par une vie tranquille? Elle n'oserait tout de même pas être avec quelqu'un d'autre.
Je respire pour garder tout mon calme car le leur m'énerve au plus haut point. Ils font comme si de rien n'était, comme s'ils ne réalisaient pas la gravité de la situation.
-Dans ce cas j'exige que vous me dites où elle se trouve et que ma femme me revienne dans les plus brefs délais.
Leur dis-je d'une voix ferme et insistant sur l'expression ma femme.
Comme je m'y attendais, c'est la mère de Ngoné qui s'avère être très impulsive qui me répond:
-Ça, ce sera à Ngoné d'en décider et personne ne va la forcer à faire ce qu'elle ne veut pas faire.
-Madame, je suis dans mon droit de demander des nouvelles de ma femme et je vous préviens, je n'hésiterai pas à user de la manière forte pour avoir ce que je demande!
Elle allait exploser cette fois mais son mari lui fait signe de se calmer et de me demander :
-Reviens ce Mercredi et tu auras tous les informations la concernant!
-Je les veux maintenant!
-Yaw meuno téy! On ne te donnera le numéro de Ngoné que lorsque cette dernière nous aura donné le feu vert!
Me répond Alima légèrement irrité. Que quand elle aura donné son feu vert? C'est quoi ces histoires ?
-Je vous laisse jusqu'à après demain et je vous jure que si je n'ai pas ce que j'exige, vous allez avoir de mes nouvelles.
P.d.v. de Déguène
Je n'arrive toujours pas à croire aux propos de Chérif. Son frère ne veut donc pas que je parte? Il veut que je reste? Est ce que ça voudra dire qu'il m'aime? Et qu'il veut à nouveau que tout redevienne comme avant comme je l'ai souhaité ? Je souris de toutes mes dents alors que Chérif semble plus détendu.
-Tu es sûr que Tamsir veut que je reste?
M'assuré-je les yeux luminants de bonheur. J'ai envie de sauter de joie, tellement je ne m'y attendais pas!
-Oui!
-Alors pourquoi ne me l'a t-il simplement pas demandé ? Chérif mba nakhoma?
Cette fois-ci il rigole:
-Crois moi! Tu le connais, il a toujours du mal à exprimer ses sentiments lui!
-Ha ça alors! Merci beaucoup en tout cas. Tu sais que je l'aime vraiment et que je ferais n'importe quoi pour lui quitte à abandonner tous mes projets!
-Je sais et vous souhaite vraiment d'être heureux ensemble.
Sourit-il à nouveau. Oh mon Dieu ! Serait-ce possible?
Bien sur que s'il me le demande je reste avec lui . Seulement il y a Hamza. Je suis confuse là! Tamsir, il est mon mari et le père de mes enfants. Avec lui j'ai une vie normale, la notoriété ainsi qu'une certaine estime, niveau sociale.
Alors que Hamza! Il est certes mon amour de jeunesse qui a su été là quand je ne sentais plus Tamsir mais qu'il en reste là! J'ai des sentiments pour lui mais une vie avec lui? Ce serait me séparer de mes enfants, vivre en cachette ou supporter le jugement de tout le monde car notre relation risque d'être mal vu par bon nombre de personnes, même si je me demande en quoi ça leur regarde. Franchement si c'est à moi la principale concernée que ça ne dérange pas qu'ils soient frères, je ne pense pas qu'ils en ont leur mot à dire.
Je ne saurais comment lui expliquer que je ne pars plus. Je ferais mieux de lui mentir en lui disant que Tamsir refuse de m'accorder le divorce, même si, dur à cuir comme je le connais il risquerait de me poser des problèmes: mais bon! Ça reste à voir.
Avec Chérif nous continuons à discuter jusqu'à ce que nous soyons interrompus par Tamsir qui fait son entrée et,...il n'a pas l'air d'aller bien là.
Tous les deux le regardons monter, sûrement dans la chambre, sans même nous adresser un regard. On se regarde, inquiets, avant de monter le retrouver et essayer de comprendre ce qu'il se passe.
Je suis la première à entrer dans la pièce où je le trouve assis sur le lit, fixant un point imaginaire. Chérif qui m'emboitais le pas, va jusqu'à lui pour lui demander:
-Il y a un problème?
Par son regard, je sentis que j'étais de trop et qu'il n'avait pas l'air de vouloir parler en ma présence, alors je fis semblant de les laisser discuter seuls avant de sortir et de me placer derrière la porte pour les écouter.
-Alors? Dis moi ce qu'il se passe encore?
-Elle est en vie! Elle n'est pas morte!
Lui répond Tamsir. Ne comprenant pas de qui ils parlent, je me penche davantage pour mieux entendre et heureusement pour moi, Chérif lui demande:
-Mais de qui tu parles?
-Ngoné bien sur!
QUOI?!
Je ne pris même pas la peine de les écouter davantage. Ngoné? La même Ngoné de Hamza et Tamsir ? Oh non! Dites moi que c'est faux? L'heure est vraiment grave: il faut que je réagisse, et ce au plus vite.
Merde! Pourquoi ne pouvait-elle simplement pas mourir une bonne fois pour toute cette fille! Ou simplement rester dans l'ombre et l'oubli!
Son retour est tout sauf bon présage. Je ne parle même pas de Hamza qui bien entendu va me renvoyer aux oubliettes, ça c'est sûr, mais Tamsir! Mon Dieu!
Il se peut bien qu'il veuille mettre un trait sur cette fille, surtout maintenant que nous sommes mariés et qu'il sait qu'elle est la femme de son frère mais...mais si elle venait à parler, à lui dire ce que j'ai fais, à lui expliquer que je l'avais fait inculper davantage et que c'est la raison pour laquelle elle ne pouvait être libérée!
Ils vont tous les trois m'en vouloir et ce serait ma fin, elle ne doit pas revenir, ou simplement elle ne doit pas parler.
Il me faut savoir où elle était pendant tout ce temps, si réellement elle n'est pas morte: pour cela, il me faut l'aide de quelqu'un : il me faut Asmar.